Le premier triomphe d’Hitler

Traité avec le Vatican

Il y a 75 ans, le Troisième Reich et l’Église catholique ont fermé le « Concordat du Reich ». Un grand triomphe pour Hitler. L’accord visait à garantir que les catholiques « se mettent désormais sans réserve au service de l’Etat national-socialiste ».
Les cloches de Saint-Pierre sonnaient. Le 8 juillet 1933, à 18 heures précises, le cardinal secrétaire d’État Eugenio Pacelli, futur pape Pie XII, et le vice-chancelier allemand Franz von Papen placèrent leurs parapluies sous un traité qui devait désormais réglementer les relations entre l’Allemagne et le Saint-Siège. Douze jours plus tard, le « Reichskonkordat » était signé.

Son 75e anniversaire est sans cloches et sans grand cérémonial. Cette date n’est ni un « anniversaire », ni un jour de fête, bien que l’accord, confirmé par la Cour constitutionnelle fédérale, soit toujours valable. Dans la mémoire du 8 juillet 1933, la honte et la contrition se conjuguent à la recherche courageuse des causes :

comment cela a-t-il pu arriver ?

L’Eglise a négligé les préoccupations politiques

Un traité avec le Pape, de toutes choses, a apporté à Hitler son premier succès majeur de propagande de politique étrangère six mois après la « prise du pouvoir ». Le dictateur a pu se réjouir : il est désormais garanti que les membres de la confession catholique romaine « se mettront désormais sans réserve au service de l’Etat national-socialiste ».

D’autre part, le Vatican et les évêques allemands pensaient avoir arraché quelque chose au « très estimé Lord Chancelier du Reich », comme ils l’appelaient respectueusement Hitler – avec un traité qui, dans 34 articles, permettait à l’Église de régler ses affaires de manière indépendante, garantissait les facultés théologiques, les écoles confessionnelles et l’enseignement religieux comme sujet ordinaire d’enseignement. En retour, les évêques ont prêté serment d’office et de fidélité, et ils ont abandonné le catholicisme politique avec ses positions qui s’écartaient parfois de la ligne hiérarchique.

La conclusion du traité en tant que tel ne suscitera donc pas plus tard l’étonnement ; c’était la conséquence de la politique du pape Pie XI (Achille Ratti). De même qu’un alpiniste s’est assuré par des crochets d’escalade, de même le pontife a essayé de renforcer la position de l’église par des concordats, en Italie en 1929 avec Mussolini, en 1924 avec la Bavière, en 1924 avec la Prusse, en 1939 avec Baden et enfin en 1933 avec le Reich allemand ; son successeur Pie XII encore en 1947 décrit le Reichskonkordat comme  » la tentative pour sauver le pays par une extension spatiale et par un contenu dans un futur complètement incertain « . Rétrospectivement, ce qui a causé déception et amertume, c’est qu’au nom des avantages accordés à l’Église dans le domaine religieux et culturel, les préoccupations politiques contre un gouvernement dictatorial ont été ignorées.

Les évêques allemands ont fait des erreurs

Il s’est vengée que l’épiscopat, toujours dominé par la monarchie, avec sa distance intérieure par rapport à la modernité, n’avait pas encore trouvé une relation positive avec la démocratie. Leur dédain a été exprimé dans un télégramme du cardinal Michael Faulhaber de Munich à Hitler : « Ce que les anciens parlements et partis n’ont pas accompli en 60 ans, votre clairvoyance politique l’a réalisé en six mois d’histoire mondiale ». C’est aussi Faulhaber qui a rayé de la table les préoccupations concernant la disposition de dépolitisation de l’article 31 :  » Le Concordat est si important dans son ensemble que je ne pense pas qu’il devrait échouer à cause de cela « . Il y avait eu quelques voix d’avertissement. Par exemple celle du cardinal de Cologne Karl Joseph Schulte : « On ne peut pas conclure un concordat avec une dictature. »