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Journal du 10 octobre 2006

Le PDG et son directeur accusés de semer la terreur dans les rayons
Deux responsables d’un supermarché au tribunal pour harcèlement moral

Une série de cas de harcèlement moral survenue dans un supermarché de la région de Gournay-en-Bray sera jugée le 17 octobre. Dix-sept parties civiles se présenteront face à leur PDG et leur directeur toujours en poste. Du jamais vu au tribunal de Dieppe.

Depuis qu’ils ont reçu leurs citations à comparaître, les deux responsables d’un supermarché du pays de Bray multiplient les « entretiens individuels » auprès de leurs salariés. « Histoire de mettre un peu plus la pression sur eux », analyse une source proche du dossier. Un dossier hors normes jamais vu au tribunal de Dieppe depuis plus de vingt ans.

Accusés de harcèlement moral par le personnel de l’entreprise dont le turn-over avoisine les 90 % en trois ans, le PDG et son directeur sont convoqués au tribunal de Dieppe, le 17 octobre, pour répondre de leur attitude jugée dégradante vis-à-vis de leur personnel. De nombreuses lettres de salariés sont arrivées sur le bureau de l’inspection du travail puis du procureur de la République entre 2005 et 2006. Mais d’autres cas de harcèlement pourraient être révélés et remonteraient au début des années 2000.

Tentatives de suicide et dépressions nerveuses en série, rien n’a semble-t-il été épargné aux salariés du supermarché. Lorsque le procureur de la République a décidé de diligenter une enquête en 2005, les gendarmes de Gournay-en-Bray ont pu mesurer l’étendue du problème. Les investigations des militaires ont semnble-t-il permis de corroborer le rapport de la Direction du travail et de l’emploi ainsi que celui du médecin.

« Franc-parler » ou insultes ?

Quatorze dépressions nerveuses, deux tentatives de suicides, les salariés auraient tout subi depuis l’arrivée de leur nouveau PDG en 2000. Mais la citation devant le tribunal concerne uniquement la période située entre décembre 2005 et février 2006. Et même si les deux auteurs présumés contestent les délits, ils admettent du bout des lèvres leur « franc-parler ». Salariés en pleurs dans les rayons, insultes, orange lancée dans le ventre d’une employée, produits périmés déposés dans les présentoirs afin de faire accuser le responsable du secteur, toute la panoplie du harcèlement aura semble-t-il été déployée. Des chefs de rayon ont même dû balayer la cour tandis que leurs collèges se sont vu refuser des pauses pour se rendre aux toilettes.

Selon nos sources les responsables présumés estimeraient avoir eu affaire à des « salariés susceptibles ». Ils auraient par ailleurs donné un « conseil amical » à l’une des plaignantes lors de sa convocation à la gendarmerie afin que celle-ci retire sa déposition. Une pression permanente accompagnée d’une violence verbale et de propos ambigus à caractère sexuel dénonce le personnel. Autant de faits qui ont conduit à des licenciements pour fausses fautes graves et fausses attestations. « Depuis que le PDG et son directeur sont cités, ils font pression sur les salariés pour qu’ils se rétractent » explique une source proche de l’enquête. La semaine dernière, des témoins de complaisance auraient même été appelés à se rendre au tribunal. Histoire de minimiser les faits. Plusieurs anciens directeurs du supermarché brayon ont fait eux aussi l’objet de harcèlement. L’un d’eux aurait même tenté de se suicider.

L’une des victimes présumées a tenu un journal édifiant sur ses conditions de travail. Mais parce qu’elles ont une maison à payer, une famille à nourrir, les parties civiles ont longtemps gardé le silence. Ils ont même craint des violences physiques. Il aura finalement fallu une série de lettres en forme de prises de conscience individuelles pour que le parquet ouvre une enquête qui aboutira mardi 17 octobre à un procès correctionnel unique en son genre au tribunal de Dieppe.

L.H.

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