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Journal du 13 novembre 2009
A Neufchâtel-en-Bray
Un bébé de trois semaines
victime de maltraitance
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Elle était déjà connue des services sociaux à cause de son addiction maladive à l’alcool. Alors quand ils ont appris qu’elle était de nouveau enceinte, une surveillance rapprochée a été mise en place. La petite fille est née le 5 janvier 2008… Dès la sortie de la maternité, la mère et l’enfant ont été suivies par la PMI. Une surveillance d’autant plus rapprochée que quinze jours après la naissance du bébé, la sage-femme qui lui rend visite à domicile, trouve la mère fortement alcoolisée, incapable de s’occuper de la petite. Il y a aussi la pesée du 31 janvier : les assistantes de la PMI la mettent de nouveau en garde en découvrant que le bébé a perdu 20 grammes et qu’il a une cloque au pied, signe d’une brûlure occasionnée par un liquide chaud ou une cigarette. Le 4 février, la petite fille de trois semaines lui est retirée : elle est découverte dans un appartement sans chauffage, quasi déshabillée, rouge et portant des marques sur le visage et le corps. La mère quant à elle est fortement alcoolisée et tient des explications incohérentes. Le syndrome du bébé secoué Les examens réalisés par deux médecins légistes sont sans appel, la petite a une fracture du crâne due au syndrome du bébé secoué. Il y a toujours cette cloque au pied et des marques au visage comme si on lui avait serré fortement la tête. La mère, présente à l’audience, montre les signes d’une grande détresse psychologique, elle tremble et avoue avoir bu avant de venir à l’audience, « car je bois quand j’ai peur », dit-elle. Depuis qu’on lui a retiré sa fille, elle a suivi deux cures en alcoologie. « Je bois moins mais le chemin va être très dur », avoue-t-elle. Elle répétera à plusieurs reprises qu’elle n’a jamais voulu faire de mal à son bébé, qu’elle l’aime plus que tout. « Je m’en occupais bien, j’ai juste basculé ce jour-là, elle n’arrêtait pas de pleurer et j’essayais de la consoler ». Elle ne croie pas que les photos de la petite qu’on lui présente à l’audience sont celles de sa fille . « Ce n’est pas elle, c’est un autre bébé, même le père de la petite dit que c’est exagéré ! » Elle avoue enfin être rassurée : « La petite va très bien maintenant, je ne demande pas qu’on me la rende, je veux juste pouvoir la voir de temps en temps ». Le rapport psychiatrique est clair sur le sujet ; la prévenue présente des troubles de la personnalité dus à son intempérance alcoolique. Me Le Bihan, pour la partie civile, rappelle qu’heureusement l’ASE a fait son travail car la petite ne serait peut-être plus en vie actuellement : « Il y avait déjà des précédents, deux condamnations pour violence avec arme et le petit dernier qui avait fait l’objet d’un placement. Elle n’a pas encore pris conscience que son problème, ce n’est pas l’ASE mais elle, à cause de son alcoolisme récurrent ! » L’avocate signale également que la prévenue avait obtenu le droit de voir sa petite fille une fois par mois. « Mais elle s’est battue avec le personnel et à cause de son comportement, les droits de visite ont été suspendus ! » La partie civile sollicite que lui soit retirée son autorité parentale et qu’elle verse 700 e de frais de justice. Le parquet relève que dans des situations comme celles-ci, l’obligation de la société est de protéger les enfants : « Moi aussi j’ai été choquée par les photos, mais la maman doit aujourd’hui assumer les conséquences de ce qu’elle a fait, » déclare le substitut du procureur. Trop dangereuse Le substitut du procureur relève par ailleurs qu’elle a vu cette femme évoluer au fil des mois : « Elle a pris ses responsabilités et a suivi deux cures de désintoxication alors qu’auparavant c’était impensable pour elle. Elle va prendre conscience peu à peu qu’elle est dangereuse pour sa petite fille mais le chemin est encore long pour elle ». Le parquet requiert un suivi socio-judiciaire et l’obligation de soins pendant trente mois, peine assortie de deux ans de prison ferme si la prévenue ne suit pas les obligations qui lui sont faites. Me Dugart, pour la défense, se déclare agréablement surpris par la dimension humaine du réquisitoire : « Je connais bien la prévenue car elle faisait partie de mes tout premiers clients, je l’ai vue plus bas que terre, elle était tellement alcoolisée qu’elle avait du mal à entrer dans mon cabinet ! » L’avocat souligne que c’est le dossier de la honte pour une mère ! Mais il relève aussi que sa cliente a vécu un précédent mariage difficile : « Elle s’est mise à boire pour supporter les coups mais elle a aussi élevé trois enfants ». « Avec ce bébé, elle avait retrouvé l’espoir, une petite lumière et tout a basculé le jour de la pesée quand on lui a fait remarquer que le bébé avait perdu du poids. Elle a cru qu’elle était une mauvaise mère, alors elle s’est enfermée chez elle comme elle le fait d’habitude, et elle a bu… », poursuit la défense. L’avocat demande à ce qu’on préserve tout de même ce lien parental : « Elle change, doucement mais sûrement. Si vous lui retirez cette autorité parentale, c’est la fin de tout ». La prévenue a été condamnée à un suivi socio-judiciaire de trente mois assortis de deux ans de prison ferme et 3000 e de dommages et intérêts. |
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