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Journal du 4 décembre 2009

Greta Sturdza a créé le jardin Le Vasterival
il y a plus d’un demi-siècle

La mort d’une princesse

La princesse Greta Sturdza en juillet 2007.
L’une de ces rencontres exceptionnelles avec un personnage
hors du commun, pour les cinquante années
de son installation à Sainte-Marguerite-sur-Mer.

La princesse Greta Sturdza, propriétaire et créatrice du jardin Le Vasterival, est décédée lundi soir. Elle était une référence en botanique et ses compétences étaient reconnues à travers le monde. Retour sur une vie, une œuvre.

La princesse Greta Sturdza, propriétaire et créatrice du jardin Le Vasterival, à Sainte-Marguerite-sur-Mer, est décédée lundi soir. Une nouvelle qui, dès mardi matin, a provoqué du chagrin dans la communauté des botanistes et auprès de ses amis de Sainte-Marguerite et de Varengeville-sur-Mer, deux villages qui peuvent lui être reconnaissants d’avoir contribué à leur rayonnement international.

Dans la maison d’Albert Roussel

Greta Sturdza était une princesse d’origine norvégienne qui a hérité de son père un amour immodéré des plantes et de la nature qu’elle a pu découvrir toute jeune lors des promenades dans la campagne d’Oslo.

Après de multiples expériences dans différents pays, c’est en décembre 1955 qu’elle s’est installée à Sainte-Marguerite où elle a été séduite par la propriété d’une douzaine d’hectares sur laquelle est érigée la demeure du compositeur Albert Roussel.

Dès 1956, d’importants travaux sont entrepris et en 1957 les premières plantations sont faites. En un demi-siècle, elle a déniché les plus beaux spécimens d’hydrangéas, clématites, sorbiers, fougères, astilbes, rodgersias, magnolias, bouleaux… qui se partagent la vedette dans son jardin enchanteur. « Créer un jardin des quatre saisons et donner de l’intérêt en hiver en gardant en mémoire la proportion d’un tiers de persistants pour deux tiers de caducs pour le printemps-été, nous avait confié en juillet 2007 la princesse à propos de son pari. Il me semble important de réunir des plantes qui contrastent mais s’harmonisent, des plantes d’intérêt botanique, mais en même temps jolies. Je trouve également important, et cela dans n’importe quel jardin, grand ou petit, d’avoir un sentiment d’abondance. Il faut donc planter serré mais ne jamais oublier la transparence.La taille et les éclaircies sont donc essentielles ».

Une princesse couronnée de titres

Reconnue par ses pairs et au-delà des frontières nationales, la princesse Sturdza était vice-présidente de la Royal Horticultural Society et présidente d’honneur de l’International Dendrological Society. Elle a été décorée officier de l’ordre norvégien royal de Saint-Olav, de la Veitch memorial gold medal et a reçu le titre d’officier du Mérite agricole et de chevalier des Arts et Lettres. Elle était également membre de l’académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen, présidente d’honneur des Parcs et Jardins de Haute-Normandie.

« La princesse Sturdza était une grande botaniste, une grande scientifique, c’était sans doute la plus grande sommité des jardins en France, dit son ami et voisin Antoine Bouchayer-Mallet. Elle était quasiment un membre de la famille : elle était très amie avec ma grand-mère, Mary Mallet. »

En effet, lorsque le grand-père d’Antoine est décédé en 1964, la princesse Greta et son époux le prince Georges se sont montrés très présents auprès de la veuve Mallet. « Ils l’ont beaucoup soutenue et épaulée, ce qui a permis à ma grand-mère d’ouvrir le Bois des Moutiers dans les années 70 » poursuit-il. Mary Mallet et Greta Sturdza avaient toutes les deux la même passion, celle des plantes pour leur beauté, leur harmonie.

Les deux femmes affichaient une certaine complémentarité avec chacune leur approche des jardins. Antoine Bouchayer affirme que « le milieu des botanistes a perdu une paperesse des jardins, un personnage hors du commun avec un charisme étonnant et qui avait une passion communicative ».

« Elle allait de l’avant »

Le jardin Le Vasterival accueillait des passionnés par centaines chaque année venues du monde entier. « Il ne faut pas oublier que Le Vasterival, c’est la princesse elle-même qui l’a créé de toutes pièces, c’est son œuvre personnelle, insiste Antoine Bouchayer. Elle a réalisé des travaux colossaux d’agrandissement sans compter, sans limitation, elle allait de l’avant. »

Une autre grande figure de la botanique s’est montrée touchée par le décès de la princesse Greta Sturdza, l’architecte paysagiste varengevillais Pascal Cribier. « On se rendait souvent visite, dit-il. Je l’ai revue pour la dernière fois l’été dernier ». Pascal Cribier estime que la princesse Greta Sturdza a influencé tous les plus grands jardiniers d’Europe. « Elle était inouïe par sa générosité, par sa connaissance des végétaux et l’accueil qu’elle réservait à ses visiteurs, salue-t-il. Elle a créé une vraie dynamique dans les jardins nouveaux en France et inventé la transparence des jardins en taillant souvent, ce qui fait qu’on voit les arbustes et les plantes se superposer et ça, c’était unique au monde. »

Et tous ceux qui l’ont côtoyée, de près ou de loin, savent ô combien elle attachait d’importance à ses semblables. « Les barrières sociales n’existaient pas avec la princesse Sturdza. Pépiniéristes, jardiniers, passionnés, tous se retrouvaient autour d’elle. » La princesse Greta Sturdza était âgée de 94 ans. Elle a écrit il y a quelques années un livre de référence : Un jardin pour les quatre saisons. Elle faisait preuve d’une confiance et d’une gratitude immenses envers Sybille, son chef jardinier.

Aurélien Bénard

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