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Journal du 15 septembre 2009

La vieille dame a mis tous les chauffeurs de Stradibus sur son héritage
L’incroyable legs
de la « petite dame » qui prenait le bus

Tout le personnel de Stradibus, régie des transports dieppois, est tombé des nues en apprenant la nouvelle. L’une des usagers des transports, une vieille dame âgée de 86 ans, l’a fait bénéficiaire sur son testament comme plus de… deux cents légataires ! Une histoire aussi incroyable qu’émouvante.

Forcément, lorsqu’on naît un 25 décembre, on doit, quelque part, se sentir une âme de père Noël. Voire de mère Noël en l’occurrence.

C’est en tout cas le qualificatif qui vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on découvre le très beau geste qu’a eu Jeannine Vromant, une adorable retraitée dieppoise habitant résidence Sainte-Catherine, qui a vu le jour le 25 décembre 1922 à Roubaix.

Lorsqu’elle s’est éteinte voilà quelques semaines, son notaire d’Arras a dû s’y reprendre à plusieurs fois pour mesurer l’ampleur de son legs (voir encadré). Plus de deux cents personnes sont en effet bénéficiaires de sa libéralité couchée dans son testament.

Mais, plus fort encore, c’est qu’elle y a inclus « Stradibus, pour l’ensemble de son personnel, entre quarante et cinquante personnes, stipule l’acte testamentaire avec cette petite précision insolite : Y compris chauffeur indou ». Car la vieille dame a tenu à ce que ce chauffeur ne soit surtout pas oublié : « Elle l’appréciait tout particulièrement, confie quelqu’un qui le connaissait très bien, mais il n’était pas hindou du tout ! »

« Vous aurez une surprise mes petits chauffeurs ! »

Et la « petite dame » comme l’ont baptisée les conducteurs de bus, d’expliquer les raisons de son geste : « Presque aveugle, la plupart des chauffeurs ont eu l’extrême élégance, depuis 1992, de s’arrêter à ma hauteur, me voyant très handicapée. Encore merci à eux… » Et, détail magnifique, elle se décrit pour tous ceux qui ne se souviendraient pas d’elle : « Rappeler mes deux cannes blanches et, souvent, un imperméable blanc ». Précision souvent inutile tant les conducteurs la connaissaient bien : « Elle nous avait dit : “Vous aurez une surprise, mes petits chauffeurs, quand je ne serai plus là…” Et quand on la croisait chez Auchan elle nous achetait des chocolats » confie l’un d’entre eux.

La succession de Mlle Vromant a été confiée à Me Francis Bécu à Arras. L’homme de loi s’est donc retrouvé à la tête d’une tâche passablement titanesque au regard du très grand nombre de légataires desquels il attend une réponse pour clore la procédure. Encore faut-il qu’ils soient clairement identifiés et, le cas échéant, qu’ils répondent.

Il apparaît en tout cas que chaque légataire est susceptible d’hériter d’une somme tournant aux environs de 1 500 e.

Chez Stradibus, son directeur, Benoît Rigaud dit avoir été sollicité par cette dame « il y a trois ou quatre ans de cela. Elle m’avait dit qu’elle avait comme projet de léguer une partie de ses biens aux salariés de Stradibus, confie le directeur qui avoue avoir fort heureusement été assis lors de la nouvelle. Je ne savais vraiment pas comment réagir, je tombais de haut ».

Devenue « l’oncle d’Amérique »

Puis les mois et les années s’écoulent, paisiblement, la « petite dame » restant immanquablement fidèle à ses chauffeurs et à son réseau dieppois.

« Nous avons été quelques semaines sans la revoir et c’est en recevant le courrier notarié que nous avons su qu’elle était décédée. Vraiment, ça nous a fait quelque chose car elle était d’une grande gentillesse et s’était attiré la sympathie de tous les chauffeurs sans exception. Je suis même quasiment sûr qu’elle utilisait notre réseau depuis ses origines ».

Benoît Rigaud n’a pas voulu faire état de ce geste exceptionnel de la « petite dame » pour ne pas le galvauder. Pourtant, ce geste est une très belle preuve de la qualité du service des transports dieppois. « C’est certain que c’est très valorisant pour notre entreprise. »

Ce qui est tout aussi certain c’est que c’est du jamais vu chez Stradibus. « Ça fait vraiment partie des très belles histoires aussi bien pour l’entreprise que pour tout le personnel. Cette dame est devenue en quelque sorte notre “oncle d’Amérique” sourit le directeur qui se souvient qu’elle a toujours vanté la qualité de l’accueil des chauffeurs et du service.

Une époque où il n’y avait pas de stress

Et d’avancer une explication à ce geste : « Ses références remontaient à plusieurs années. Quand on voit à quelle vitesse se dégradent les relations, c’est effarant. Cette dame a connu une époque où il n’y avait pas trop de stress, quasiment pas d’incivilités… un environnement globalement agréable. Si la qualité de l’accueil des chauffeurs est toujours identique, Benoît Rigaud admet qu’à certains endroits ou certaines heures l’ambiance n’est pas franchement détendue. En revanche, prenez le bus à Neuville ou Janval le matin vers 10 heures et vous y verrez des discussions passionnées qui s’y déroulent, c’est fabuleux ! »

Des chauffeurs aux mécanos en passant par le personnel administratif, la « petite dame » aux deux cannes blanches n’aura oublié personne à la régie des transports et, par son geste, a salué de très belle manière ces petits riens de tous les jours qui représentent pourtant beaucoup.

Laurent Rebours

« Un travail… pharaonique ! »

Maître Francis Bécu dit avoir consacré une bonne partie de son été au seul dossier de la succession de Mlle Vromant, « un travail pharaonique » admet-il aisément mais sur lequel il planche pourtant seul car il lui est nécessaire de s’imprégner totalement de toutes les données qui lui parviennent de toutes parts.

« C’est bien la première fois que je suis confronté à un tel dossier où l’on rencontre plus de deux cents légataires. Dans son testament elle réclame un délai mais ce délai va être particulièrement conséquent ! »

Difficile de faire court en effet lorsqu’il s’agit de troquer sa casquette de notaire pour celle d’un limier façon Sherlock Holmes ! Car les pistes pour retrouver les héritiers sont parfois franchement ténues.

« Quand elle mentionne un simple prénom avec juste quelques maigres indices ou bien une profession, c’est dur de remonter jusqu’au bénéficiaire ».

Pour les légataires qui se trouvent sur Arras voire Tourcoing, les connaissances de l’étude aident énormément. Il en est tout autrement pour Dieppe par exemple, « l’endroit où elle avait fait le choix de s’installer pour y passer sa retraite après avoir été négociatrice immobilière chez nous pendant quelques années ».

La générosité de Jeannine Vromant s’est portée sur l’ensemble du personnel de Stradibus mais également sur des employés d’administrations, des pharmaciens, un architecte… « Dans une administration dieppoise, elle a voulu récompenser cinq personnes mais qui étaient difficilement identifiables sauf qu’elle mentionnait le « commis-coursier » C’est par ce biais que l’on a remonté la piste ! ce qui est très dur c’est que bien souvent elle cite des personnes qu’elle a connues voilà quarante ou cinquante ans ».

Au final, un incroyable saupoudrage de tout son patrimoine « estimé à environ 300 000 e qui lui provenait essentiellement d’héritages ». De plus, par ce procédé, elle évite que ce patrimoine parte pour l’essentiel à l’Etat.

A l’étude, entre deux rendez-vous, signatures et actes divers, Me Bécu reçoit jour après jour les réponses des légataires. Sur deux cents missives il dit attendre encore quelque quatre-vingts réponses. « Certains voudraient que cela aille plus vite mais il faut respecter un délai raisonnable ».

L. R.

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