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Journal du 4 décembre 2009

Tribunal :
Ils avaient sévi dans les régions dieppoise et rouennaise
Cambriolages en famille :
3 ans de prison pour les prévenus

La taille des dossiers atteste l'importance des vols commis
entre novembre 2008 et février 2009

Le tribunal de Dieppe avait à juger, mercredi, onze personnes impliquées dans des vols et des recels. Les deux principaux protagonistes ont écopé de trois années d’emprisonnement. En détention provisoire, ils sont repartis en prison.

Cent quarante-sept scellés chez l’un des cambrioleurs, cent vingt-huit chez un second, vingt-huit faits différents, dix-sept parties civiles et onze prévenus ! Le tribunal correctionnel de Dieppe avait à démêler, mercredi, une vaste affaire de vols et de recels.Dans le box se trouvaient Morgan Cohu et Radé Jaksinic, tous deux placés en détention provisoire, les neuf autres – essentiellement les receleurs pour la plupart épouses sou concubines – étant sous contrôle judiciaire.

Les faits qui leur sont reprochés remontent, pour les plus anciens, à novembre 2008 et, pour les plus récents, à février 2009. Entre ces quatre mois, toute une série de cambriolages ont été commis, pour la plupart dans la région rouennaise mais aussi dans le pays de Bray et la région dieppoise.

Objets revendus en Belgique

Bijoux, matériel hi-fi ou informatique, numéraire, lingots d’or et même médailles du Travail et bons au porteur... Morgan Cohu et Radé Jaksinic, tous deux membres de la communauté tsigane, n’hésitaient pas à faire main basse sur tout ce qu’ils trouvaient. A chaque fois, le mode opératoire était le même : fouiller l’ensemble des pièces des maisons visitées pour emporter un maximum d’objets qu’ils revendaient, notamment en Belgique.

Ce sont des écoutes téléphoniques qui ont permis leur interpellation en février 2009. Et lors des perquisitions, cent vingt-huit objets volés ont été retrouvés au domicile de Morgan Cohu, cent quarante-sept autres chez les parents de Radé Jaksinic.Pendant l’instruction, les deux hommes ont reconnu en grande partie les faits. Mercredi, tous deux ont expliqué devant le tribunal correctionnel avoir effectué ces vols par nécessité : « C’était pour subvenir aux besoins de ma famille », souligne Morgan Cohu. « Mon patron ne me payait plus, il me devait huit mois de salaire et moi, j’avais trois enfants à nourrir », justifie pour sa part Radé Jaksinic.

Une dot de 40 000 euros pour le Gadjo

Quelques semaines après les premiers vols, une troisième personne rejoint cette association de malfaiteurs. Il s’agit de Gabriel Prigent. Ce dernier flirte avec la sœur de Radé. Amoureux, il dit avoir demandé sa main à son père qui lui a réclamé 40 000 e de dot. N’ayant pas cette somme, il lui aurait été proposé de participer aux cambriolages pour s’acquitter de cette somme.

Une version démentie, mercredi, par la jeune femme : « C’est faux, mon père n’a jamais réclamé cet argent car un mariage aurait été impossible entre nous deux : il n’est pas de notre communauté ». Elle affirme par ailleurs que sa relation avec Gabriel Prigent n’était « pas consentie » et qu’elle « avait couché avec lui sous la menace, il me faisait peur ». « Pourtant vous acceptiez ses cadeaux coûteux. Vous ne vous demandiez pas d’où ils venaient ? », interroge le président. « Non, car j’aime les surprises », répond la jeune femme.

« Délinquance d’habitude »

Dans la famille Jaksinic, il y a le frère, la sœur mais aussi les parents, Darké et Lubjica, tous deux poursuivis pour recel. Cent quarante-sept objets provenant des cambriolages ont en effet été retrouvés dans leur vaste maison à Saint-Hellier.

Sur l’origine de ces objets, tous deux disent ne rien savoir : « Nous avons neuf enfants, quatorze petits-enfants, la maison est grande, ça rentre, ça sort, je ne contrôle pas tout ce qui se passe, d’autant que je suis malade et qu’actuellement, je me soucie surtout de ma santé », explique Darké Jaksinic. « Mais certains objets étaient encombrants. Il y avait des écrans plats, un Karcher®… Même dans une grande maison, vous deviez bien les remarquer », insiste le président. Quant à la somme de 40 000 e réclamée à Gabriel Prigent, Darké Jaksinic dément toute dot : « Il est venu me demander la main de ma fille mais j’ai refusé ; je ne veux pas qu’elle épouse un Français ».

Pour le parquet pourtant, il ne fait aucun doute que chez la famille Jaksinic, la délinquance était organisée : « C’est une délinquance d’habitude qui va s’égrener sur plusieurs mois pour garantir les ressources d’une même famille.Une source souterraine de revenus qui perturbe l’économie nationale et même au-delà puisque certains des objets étaient revendus en Belgique ».

Il réclame pour les deux principaux protagonistes trois ans d’emprisonnement et deux pour Darké Jaksinic. Pour sa femme, il requiert une année avec sursis. Pour Gabriel Prigent, il réclame dix-huit mois de prison dont quinze avec sursis, une mise à l’épreuve de trois ans, l’obligation d’indemniser les victimes et de travailler. Pour les autres prévenus, les peines requises varient de trois mois avec sursis à trois ans dont deux avec sursis.

Après trois heures de délibéré, le tribunal a globalement suivi les demandes du parquet : Morgan Cohu et Radé Jaksinic ont été condamnés à trois années de prison ferme. Il a en revanche été plus sévère pour le père qui écope de trente mois ferme et pour Gabriel Prigent, condamné à dix-huit mois de prison dont six avec sursis. Ingrid Cohu est comdamnée à trois ans de prison dont deux avec sursis pour recel. Tous devront en outre rembourser leurs victimes.

M. DS.

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