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Journal du 17 novembre 2009

Tribunal
Cottévrard : accusé de tentative d’assassinat
8 ans ferme pour le « bon fils »

« Je vais le tuer ». Raynald Hautecœur, 44 ans, demeurant à Cottévrard (canton de Bellencombre), a écopé de huit ans ferme pour tentative d’assassinat sur son frère, Jean-François Hautecœur, 48 ans.

Les faits remontent à 2007. C’est dans la résidence familiale que Raynald Hautecœur est passé à l’acte. Un dimanche soir, il a armé son fusil de chasse de deux cartouches et a tiré à bout portant sur son frère. Ce soir-là, Raynald Hautecœur avait bu « pour se donner le courage de le faire ». Il avait 2,82 g d’alcool par litre de sang et il titubait lorsqu’il a tiré. L’homme est chasseur, donc bon tireur.

C’est probablement grâce à l’alcool que Jean-François Hautecœur est vivant car l’arme de calibre 12 ne laissait aucune chance. La cartouche est tirée à 1,50 m, elle est venue se loger dans le bras gauche de la victime, qui en a depuis perdu définitivement l’usage.

« Famille je vous hais »

L’affaire est une sombre histoire de famille qui ne se supporte plus. Le huis clos qui dégénère. Dans ce procès, le constat est clair et les rôles inversés : « C’est le gentil qui paye pour le méchant. Ce n’est ni un crime passionnel, ni une fatalité, ça fait vingt-cinq ans que ça dure. Finalement Jean-François Hautecœur est le symptôme du dysfonctionnement de la famille en général. Comment faire autrement ? », résumera l’avocate générale.

Selon les témoignages des sept frères et sœurs qui défileront un à un à la barre, Jean-François Hautecœur était devenu trop insupportable : « Il insultait la mère ». Alors à juste titre, il fallait arrêter tout ça, la situation devenait « psychologiquement mortifère », selon l’expert psychologue. Jean-François est décrit par les membres de sa famille comme l’ours mal léché, quelqu’un qui n’aime pas qu’on l’embête.

Selon les experts, « proche de la déficience intellectuelle », il est sensible à la justice et à l’injustice, il réclamera sa part de l’héritage « du père » décédé depuis peu de temps. Surnommé « Charlot », c’est celui qui incarne le mal dans la famille. Celui que l’on ne comprend pas, le marginal.

« C’est lui la victime »

« Je vais le tuer », lancera à plusieurs reprises Raynald Hautecœur avant de passer à l’acte. Pour défendre « la mère » des insultes quotidiennes du mauvais fils. « J’ai tiré dans le but de le tuer », avouera l’accusé lors des dépositions. Il ne reviendra jamais de cette version.

Pour le clan Hautecœur, la question n’était pas de savoir pourquoi il avait commis ce geste, mais ils déclareront : « Nous avions tous accepté l’idée de cette solution mais nous étions très surpris que ce soit lui qui se soit chargé de cette tâche. Le pire, c’est que c’est le gentil qui va trinquer ». Personne ne semble se rendre compte de la violence des faits, dans la famille Hautecœur, « on n’entend pas, on ne voit pas, on ne parle pas », plaidera l’avocate générale, déconcertée par la légitimité que porte la famille à l’égard du geste de l’accusé. Et de conclure :  « C’est lui la victime, c’est Jean-François Hautecœur ».

À l’issue des deux jours de procès aux assises de Rouen, Raynald Hautecœur est déclaré coupable à l’unanimité de tentative d’assassinat contre Jean-François Hautecœur. Il écope de huit années d’emprisonnement.

M. T.

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