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Journal du 22 avril 2008
Syndicat des bassins versants
Saâne, Vienne et Scie
Yvonne Lebourg
contrainte de laisser son siège !
| Le choc : Yvonne Lebourg, présidente
depuis trois mandats, doit laisser son siège ! Avec 54 voix contre
35, Jacques Thélu lui succède. La cause semble être un manque de
dialogue, mais l’ex-présidente parle de « cabale politique » menée
contre elle. Jeudi soir. Les délégués des 103 communes du Syndicat des bassins versants Saâne, Vienne et Scie s’installent. L’atmosphère est tendue. Ce soir, ils devront élire le bureau. Parmi eux, beaucoup de nouveaux visages et, dans un coin, Eric Lheureux, pancarte en main portant le nom de l’association Estuaire Saâne Plus dont il est fondateur, à qui certains élus adressent quelques discrets signes complices. « Je le perçois comme un affront » De nouveaux délégués qui paraissent plus investis, et qui posent des questions concernant les projets. Yvonne Lebourg répondra en citant les actions menées, mentionnant que « le dossier de l’estuarisation est ficelé et que les études complémentaires sont faites ». Le débat amorcé s’arrête net. C’est peut-être là l’erreur . Au sortir des suffrages, sur 96 votants, la présidente et fondatrice du syndicat n’obtient que 35 voix contre 54 pour Jacques Thélu. C’est le choc. Le silence est total, le malaise palpable. Yvonne Lebourg, avec le recul, se confie : « Je le perçois comme un affront. J’en suis très peinée après tout le travail que j’ai mené, impliquant la privation de la vie familiale et des moments très difficiles ». Ces derniers temps, il a beaucoup été reproché à Yvonne Lebourg d’agir sans concertation et de ne pas répondre aux inquiétudes grandissantes, notamment concernant le projet d’estuarisation de la Basse-Saâne. Il semble, en effet, que la création de l’association Estuaire Saâne Plus a fait mouche. Juste avant les élections, Eric Lheureux, son président, avait adressé une lettre aux municipalités des 103 communes concernées rappelant les questions soulevées auxquelles il n’avait toujours pas été donné de réponse. Le merlon de la discorde Ces interrogations portent principalement sur le bien-fondé de la réalisation d’un merlon de 6 kilomètres, qui ressemblerait davantage « à un projet touristique qu’à une lutte contre les inondations », sur les éventuelles expropriations impliquant préjudices moraux et financiers, ainsi que sur les coûts d’entretien qui incomberaient aux communes. Lors de la première réunion publique de l’association le 12 février, les habitants de Longueil étaient déjà venus nombreux solliciter davantage d’informations. Yvonne Lebourg n’y avait pas assisté, précisant aujourd’hui : « Cela n’entrait pas dans mes prérogatives. M. Lheureux, qui était le premier à demander une intervention suite aux inondations de 1999, s’oppose aujourd’hui à un projet qui y répond et qui découle de professionnels compétents ». Au 29 mars, date du courrier adressé aux municipalités par l’association, aucune nouvelle réponse n’avait été accordée : « L’association Estuaire Saâne Plus pense que d’autres solutions existent, que ce projet peut être amélioré dans l’intérêt des riverains et des contribuables, et demande à être intégrée au projet. Nous sommes au stade de l’avant-projet, il est encore temps de demander plus d’information et de concertation, ceci dans l’intérêt de tous ». Pourtant, pour la fondatrice du syndicat des bassins versants, qui a, il faut le reconnaître, mené à terme de nombreuses réalisations permettant de lutter contre les inondations, son éviction ne serait pas due à un manque d’information ni de concertation, mais issue « d’une affaire politique, d’une cabale menée contre moi. On a payé un secrétaire pour démarcher ! ». Affaire politique, désir de pouvoir ou demande d’éclaircissement non prise en compte ? Tout ce que l’on peut constater c’est que Jacques Thélu, aujourd’hui président, parle de « répartition des tâches et de davantage d’information publique ». « Est-ce la place d’un bassin versant ?» A la réaction d’Yvonne Lebourg, le nouveau président réplique : « Je ne suis pas un politique. Je pense que si j’ai été choisi c’est par mes interventions antérieures lors des réunions. Je voulais des explications auxquelles je n’avais pas de réponse. Je vais instaurer un dialogue, en y associant le public qui est dans l’interrogative et étudier de près le projet d’estuarisation ». A ce jour, les études en amont, concernant la faune et la flore, les conséquences d’un éventuel merlon (passage dans les propriétés privées, coût de l’entretien, dératisation etc..), le bien-fondé des choix effectués ne semblent pas assez clairement expliqués. C’est la tâche à laquelle le nouveau président dit vouloir s’atteler dans un premier temps : étudier les études pour en connaître les éventuelles failles, en rendre compte et, si nécessaire, trouver d’autres solutions. D’autre part relever dans ces études ce qui dépend réellement de la compétence d’un syndicat de lutte contre les inondations, les projets se greffant autour de l’estuarisation, débordant dans sa dimension touristique des compétences de base. « Ce projet me semble extravagant avec encore beaucoup d’inconnu tant sur le coût que sur l’entretien. D’autre part est-ce bien la place des bassins versants d’assumer un pareil projet ? Il est temps de faire un bilan, de réfléchir ensemble sur la continuité de certains travaux, les inondations viennent toujours de l’amont et non de l’aval ! » Techniquement, le président des bassins versants, par ailleurs président du syndicat des eaux et assainissement de la région d’Ouville-la-Rivière, parle d’utiliser davantage l’hydraulique douce au cours de travaux en amont. Le nouveau président sous observation L’association Saâne Estuaire Plus, à l’égard de l’ex-présidente, précise ne pas être « contre le fond mais la forme » et continue son action en attendant davantage d’éclaircissements : le nouveau président devra tenir parole. Toujours est-il que d’ores et déjà, Jacques Thélu a opté pour répartir les tâches au sein du bureau : « Cela va être un travail d’équipe, les vice-présidents ayant chacun un rôle ». Lors de l’élection Jacques Thélu a d’ailleurs signifié son souhait de choisir des élus disponibles et représentant chacun une vallée : Gérard Jouan, maire de La Chaussée, a été élu 1er vice-président (80 voix), Pascal Heluin, délégué de Bacqueville 2e vice-président, François Pointel, maire de Saint-Denis-sur-Scie, 3e vice-président. Les autres membres du bureau, par vallée, sont : vallée de la Saâne, Gilles Paumier, Jean-François Bloc et Denis Fauvel ; vallée de la Vienne, Emmanuel Dupuis, Philippe Wemaere et Blandine Das ; vallée de la Scie Johnny Doom, Stéphane Halley et Catherine Hennebert. |