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Journal du 18 avril 2008
Association Buchenwald, Dora et
Kommandos
Voyage de la mémoire
pour les collégiens dieppois
| Dès 1993, Charles Pieters organise un
premier voyage pour quelques Dieppois en direction de Buchenwald,
son lieu de déportation de mai 1944 à avril 1945. Il s’agit, dans
son esprit, de transmettre la mémoire des années d’horreur de la vie
dans les camps de concentration mis en place par le régime nazi. Depuis trois ans, sous l’impulsion notamment de Sébastien Jumel, alors vice-président du conseil général chargé des collèges, et grâce à l’octroi d’une subvention, c’est une quarantaine de collégiens seinomarins, élèves volontaires de 3e, qui s’inscrivent pour ce devoir de mémoire. Il y a deux semaines, le hall de la mairie de Dieppe a accueilli dix-sept collégiens dieppois ainsi que leurs parents et deux professeurs accompagnateurs, Virginie Bassereau, professeur de sciences au collège Alexandre-Dumas et Agnès Leforestier, documentaliste au collège Claude-Delvincourt. Le maire les reçoit, entouré de Charles Pieters, président d’honneur de l’association Buchenwald Dora et Kommandos, de Guy Landragin, président et responsable du voyage, et des principaux des quatre collèges. Trois lycéens membres de l’association ont déjà fait le voyage il y a deux ans. Fouler des lieux où l’horreur était à son paroxysme Ils sont rejoints par vingt-deux autres collégiens de Saint-Etienne-du-Rouvray, Saint-Valery-en-Caux, Le Tréport et Harfleur. Tous ces élèves et accompagnateurs sont volontaires pour fouler les lieux où l’horreur a atteint son paroxysme, pour tenter de comprendre l’inimaginable inventé par l’homme au service d’une idéologie fasciste. Après quatorze heures de route, le groupe est accueilli dans une auberge de jeunesse dans le centre ville de Weimar. Cette ville de 62 000 habitants est située dans le Land de la Thuringe. C’est l’un des sites culturels les plus importants d’Allemagne depuis qu’y ont résidé, entre autres, Bach, Goethe, Schiller et Liszt. En milieu de matinée, Albert Girardet, 83 ans, ancien déporté, les rejoint. Jurassien, militant syndical, il a été déporté près d’un an à Dora, après un transit dans le camp de Buchenwald. Son père et son frère aîné ont subi le même sort. C’est la deuxième fois en quinze jours qu’Albert accompagne des jeunes. En effet, le Département de l’Oise a choisi d’envoyer cent jeunes dans le cadre du devoir de mémoire. Albert est fatigué ; il est accompagné par Carsten Kahle, jeune ingénieur Berlinois au CERN à Genève et vivant en France. Petit homme d’apparence fragile, Albert, comme d’autres déportés qui peuvent encore témoigner, tient à transmettre aux jeunes ce qu’il a vécu, afin que ceci ne se reproduise plus. Cette mission que les déportés militants se sont assignée leur donne la force de poursuivre et de continuer encore. De Buchenwald à Weimar, le car parcourt le même chemin que celui emprunté par les déportés. La voix d’Albert se fait grave, l’émotion est intense et étreint les corps et les cœurs. « La voie ferrée, longue de 8 km, a été construite en trois mois, jour et nuit, pour un travail de quatorze heures par jour. » La « Blutstrasse », la route du sang, les conduit jusqu’à un quai et le terminus d’une voie ferrée. Terminus pour la ligne, mais aussi déjà la fin du voyage pour de nombreux passagers de ces wagons surpeuplés où plusieurs sont déjà morts durant l’interminable voyage. Le portail franchi, le camp de Buchenwald impressionne par son immensité balayée par les vents. La nature n’a pas repris ses droits sur celui-ci. La froideur du lieu glace le sang. Mais c’est le crématoire qui nous attend, les fours, gueules ouvertes, sont là. Chacun se recueille, se demandant comment l’être humain peut mettre en œuvre une telle sauvagerie. Des photos nous montrent les amas de cadavres entassés sur deux mètres de hauteur, attendant les flammes. Faut-il encore décrire l’horreur de la salle de dissection, le petit camp, l’écurie où furent assassinés 8 000 soldats soviétiques au moyen d’une balle tirée au travers d’une toise censée les mesurer lors d’une visite médicale, ceci au mépris des conventions internationales concernant les prisonniers de guerre. Sur la route du retour se dresse un immense ensemble architectural inauguré en 1958 devant 50 000 personnes. Devant la stèle représentant la France, une gerbe est déposée. Trois lycéens dieppois, Théophile Gaudry, Maxime Moulas et Romain Poyer, le petit-fils de Charles Pieters, se sont chargés de cette gerbe et de celles qui seront déposées à Ellrich et à Dora. La veille du retour est entièrement consacrée à la visite du camp de Dora. Le ciel est bleu, comme une offense à la tragédie des lieux. Sur la place d’appel, Albert nous présente la topographie générale du camp. Le bunker, où les prisonniers vivaient leurs dernières heures avant d’être pendus. Les SS dans leur cruauté les conduisaient vers le poteau d’exécution avec un mors aux dents, afin qu’ils ne puissent hurler leur haine. Mardi soir, devant la gare de Nordhausen, Albert les quitte. Plusieurs garçons et filles l’étreignent chaleureusement avec une grande émotion. Tous vont retrouver le ciel normand. Son accent jurassien leur manque. « Nous pensons à lui comme aux 20 000 déportés de toutes nationalités et confessions qui proclamèrent sur la place d’appel de Buchenwald le 19 avril 1945 : notre idéal est la construction d’un monde nouveau dans la paix et la liberté ». Guy Landragin Pratique : Pour de plus amples informations : site national de l’association Buchenwald Dora et Kommandos : www.buchenwald-dora.fr Comité régional : téléphone : 06 60 28 78 36. L’assemblée générale du comité régional se réunira samedi 26 avril au foyer Victor-Hugo à Dieppe. 11 h 15 : rassemblement au foyer Victor-Hugo. Départ en cortège vers le monument. 11 h 30 : dépôt de gerbe au monument de la Déportation, parc François-Mitterrand. 14 h 30 : assemblée générale au foyer Victor-Hugo. |