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Journal du 1er avril 2008

Les avocats déplorent le manque d’instruction dans le dossier
Un trafic de stupéfiants au cœur de Dieppe

Deux des trois prévenus dieppois ont été condamnés à une peine d’emprisonnement pour transport, acquisition, détention et offre de produits stupéfiants. Il s’agissait surtout d’héroïne et de cannabis. La défense a déploré « le manque d’instruction dans ce dossier » et la méthode employée par les policiers pour faire parler les prévenus. L’un des trois prévenus a été relaxé.

Un petit réseau de trafiquants d’héroïne et de cannabis a été démantelé la semaine dernière par les policiers dieppois. Trois hommes ont été présentés devant le tribunal correctionnel de Dieppe, jeudi soir, dans le cadre d’une comparution immédiate. Deux ont été condamnés à une peine d’emprisonnement et un a été relaxé.

C’est à l’occasion d’un banal contrôle routier que les policiers ont arrêté un véhicule avec trois personnes à bord. Lorsqu’ils s’approchent de la voiture, ils voient le passager arrière dissimuler quelque chose. Lors du contrôle, ils trouvent de la méthadone, de l’héroïne et du cannabis. Le conducteur a été relâché et le passager arrière a été auditionné. Les enquêteurs soupçonnent, selon les témoignages qu’ils ont recueilli, que c’est un Dieppois dénommé Brice Claire, 40 ans, qui est le fournisseur. Les policiers vont faire de la surveillance et s’aperçoivent qu’il est fréquemment chez Jean Mulon, 39 ans, et qu’un certain nombre de personnes défilent chez lui. Les policiers se rendent directement dans le studio de Jean Mulon. Ce dernier est en compagnie de Brice Claire. À l'intérieur, les enquêteurs retrouvent une dizaine de képas – il s’agit de l’emballage des doses prêtes à être vendues, ce mot signifie paquet en verlan – sur un meuble informatique. Mulon, RMIste, dispose d’une somme de 580 e en liquide sur lui et vit dans un environnement très confortable. Jeudi soir, la présidente du tribunal correctionnel s’étonnait « du confort incontestable » du prévenu : ordinateur, télévision à écran plasma, une Playstation 3®, un home cinéma, des balances… Jean Mulon rétorqua qu’il s’agissait d’une part de ses économies personnelles et que sa mère l’aidait beaucoup matériellement.

Ils s’approvisionnent à Canteleu

Lors de son audition chez les policiers, Jean Mulon a reconnu consommer du cannabis mais ne pas en faire un trafic, ce qu’il maintient lors de l’audience en correctionnelle. Brice Claire, quant à lui, reconnaît consommer de l’héroïne et affirme que les substances retrouvées chez Mulon lui appartiennent. Elles étaient destinées à alimenter les consommateurs de Dieppe et sa région. Lui aussi est RMiste. La présidente du tribunal lui demande où il trouve les fonds pour financer ces produits stupéfiants et où il s’approvisionne. « J’ai de l’argent de côté, j’ai fait un emprunt à ma banque et j’ai un crédit Cofidis ». C’est à Canteleu que Claire et Mulon s’approvisionnent, auprès d’un certain Momo. «C’est étonnant. À chaque fois qu’il y a une affaire de stup’, tous s’approvisionnent chez Momo à Canteleu ».

Pour remonter la filière, les policiers se seraient servis du nom du chauffeur arrêté lundi 24 mars lors du contrôle routier. Celui-ci est un ancien toxicomane bien connu des services. Il connaît Claire et Mulon. Ces deux-là pensent que c’est lui qui les a dénoncés aux dires des enquêteurs. Le duo Claire-Mulon confie alors aux policiers que ce troisième homme est un consommateur et intermédiaire. « Au début, on a cru qu’il nous avait balancés d’après ce que nous a dit l’inspecteur de police alors on a voulu se venger. Tout était faux en réalité».

« L’enquête n’est pas terminée »

Dire le faux pour connaître le vrai. Une vieille pratique qui n’a toutefois pas plu aux avocats. Me Capitaine, qui défend les intérêts du troisième homme (celui qui a été relaxé), montre son mécontentement : « Je suis choquée des méthodes employées. Mon client a demandé des confrontations et il n’en a pas eu. Même s’il est un vieux toxico, il a le droit de faire valoir ses droits. Et de poursuivre : L’enquête n’est pas terminée de l’aveu même des policiers. Les policiers écrivent même qu’il faudrait encore plus d’investigations. Ce qui aurait permis au procureur de mieux se pourvoir ». Elle a ensuite précisé que son client allait chercher au quotidien une dose de méthadone au centre spécialisé de Neuville-lès-Dieppe et qu’il tente de s’en sortir. Pourtant son analyse d’urine a réagi positivement à certaines substances. « Une prise de sang aurait été plus précise, lance Me Capitaine. Quand il y a eu l’interpellation, mon client a indiqué qu’il a des problèmes de rein et prend des médicaments à base de codéine. Cela a-t-il des incidences sur les tests urinaires ? »

Me Palmas, avocate de Claire et Mulon, partage l’avis de Me Capitaine : « C’est étonnant que cette affaire passe en comparution immédiate alors qu’elle nécessite une instruction plus grande. Il y a toute une euphorie dans ce dossier alors qu’il manque une instruction ». Pendant l’audience, la présidente a précisé que d’autres protagonistes de ce réseau, notamment des consommateurs, feront l’objet de poursuites judiciaires.

A. B.

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