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Journal du 4 avril 2008
226 000 e auraient été
détournés aux dépens d’Allo Rapid’Services
Epoux Caron : chacun détournait de son
côté
| Les époux Caron étaient jugés mardi pour
détournements de fonds au préjudice de l’association dieppoise Allo
Rapid’Services qui travaille à l’insertion de Rmistes. Selon les
enquêteurs, plus de 200 000 e auraient été détournés entre 1997 et
2003. Un employé de l’association était également poursuivi à la
barre. « Chacun faisait ses petits détournements dans son coin. Vous étiez un couple quasiment parfait », lance un brin narquois le président du tribunal lors du procès des époux Jean et Chantal Caron, mardi après-midi au tribunal de Dieppe. Ces deux prévenus étaient poursuivis pour avoir, entre 1997 et avril 2003, détourné de l’argent au sein de l’association dieppoise Allo Rapid’Services qu’il présidait et dont elle était la directrice. Si le total des sommes détournées est difficile à évaluer – entre 159 000 et 226000 e selon les enquêteurs pour toute la période et 81 000 selon les comptes des époux Caron (mais uniquement d’avril 2000 à 2002) – le mode opératoire ne fait pas de doute. En effet, en 2003, lorsque le commissaire aux comptes et le comptable de l’association ont mis au jour le pot aux roses, Jean Caron n’a pas nié les faits. Il déclarait au trésorier de faux transports de Rmistes et lui présentait donc de fausses demandes de remboursement dans le cadre de l’action « Aide à la mobilité » proposée grâce à des subventions du conseil général. Mais si la demande de remboursement et le talon du chèque comportaient bien le nom d’un Rmiste (vrai ou faux nom), le chèque, lui, était libellé au nom de Jean Caron, par lui-même… Il n’avait plus qu’à le déposer sur son compte personnel. Un couple surendetté Un compte personnel mis à mal par de nombreux crédits revolving. Le couple était endetté à hauteur de 70 %. Leurs problèmes d’argent datant des années 70 s’étaient accentués après la vente aux enchères de leur maison. Chantal Caron, découvrant le système mis en place par son époux dans leur comptabilité personnelle, a tenté de doubler la mise. Sans en avertir son mari, elle aussi (puisqu’elle pouvait signer les chèques au nom de l’association en tant que directrice) s’est mise à détourner de l’argent selon la même méthode. De plus, elle a tenté un nouveau coup double en mettant au point un autre stratagème mais cette fois avec Henri Vasselin, chef de travaux. Lui aussi devait répondre de ses faits devant la justice mardi et se trouvait à la barre aux côtés des époux Caron. Ils arrivaient à récupérer une part de l’argent des chantiers et à se la partager en deux. L’idée avait été suggérée, selon Henri Vasselin, par Jean Caron, lorsqu’un jour il lui avait réclamé une augmentation. Me Garraud, l’avocat du chef des travaux explique que M. Caron a trouvé la solution en lui demandant de « faire du gras » sur les chantiers, de confier les chèques à son épouse qui les encaissaient et lui donnait un petit billet en guise de prime. Une fois l’affaire dévoilée, Henri Vasselin, « victime lui aussi des Caron » selon son avocat a remboursé l’association à hauteur de 26 000 e. Jugement rendu le 10 juin De son côté, Me Dakin, l’avocat du couple Caron, souligne que selon lui « la société est la principale victime et surtout qu’aucun euro n’a été spolié à l’égard des bénéficiaires du RMI ». Il explique également que « dès que les faits ont été révélés, Jean Caron a fait tomber le masque et a même avoué ses agissements lors du conseil d’administration. Aujourd’hui il est soulagé ». Et surtout il a tenté d’expliquer pourquoi le couple a été amené à détourner de l’argent : « Le couple en surendettement ne s’est pas relevé après la saisie immobilière de sa maison. Lorsqu’on est aux extrémités financières, les barrières morales ne tiennent plus… » Pour le procureur, « les faits sont d’autant plus graves que le détournement a été réalisé au sein d’une association visant à aider un public en difficulté sociale. Il y a bel et bien des victimes : les RMistes et les clients qui utilisaient les prestations d’Allo Rapid’services ». Elle réclame douze mois de prison avec sursis à l’encontre d’Henri Vasselin, « qui n’est pas l’instigateur du subterfuge ». Pour Jean et Chantal Caron, elle demande vingt-quatre mois de prison dont vingt-deux avec sursis et mise à l’épreuve pendant trois ans et l’obligation d’indemniser les victimes ainsi que l’interdiction de gérer une association pendant cinq ans. Ils ont déjà effectué tous deux environ deux mois de prison dans le cadre de la détention provisoire. Le jugement de l’affaire sera rendu le 10 juin prochain. V. W. et M. P. |