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Journal du 4 avril 2008
Jonathan Wadoux avait été brûlé
vif quai Henri-IV à Dieppe
Le crime était presque parfait
| Depuis mercredi, David Delestre comparaît
devant la cour d’assises de Rouen pour meurtre. Le 9 juin 2005, il
avait mis le feu à la couverture de Jonathan Wadoux qui dormait sur
un banc public à Dieppe. Grièvement brûlé, ce dernier était décédé
quatre jours plus tard. Un accusé qui reconnaît les faits et une mère de famille en larmes. Ce sont les deux moments forts qui ont marqué dès le début du procès. Le visage émacié, en tee-shirt manches courtes malgré des températures encore fraîches, dans le box des accusés, David Delestre s’adresse à la cour : « Je n’ai pas voulu le tuer, monsieur le Président, mais j’ai voulu le foutre à l’hôpital pour me venger ». Depuis mercredi matin et jusqu’à demain vendredi, David Delestre comparaît devant la cour d’assises de Rouen pour homicide volontaire. Cet Eudois âgé de trente-huit ans est accusé d’avoir brûlé vif Jonathan Wadoux, un marginal dieppois de trente-deux ans. Les faits remontent au 9 juin 2005. Ce jour-là, à 3 h 20 du matin, un homme est retrouvé en feu sur la dunette du quai Henri-IV, à Dieppe. Brûlé à 80 %, il décédera quelques jours plus tard, le 13 juin, à l’hôpital Saint-Antoine de Paris. D’après les premières constations, aucune trace d’hydrocarbure ni de violence n’a été retrouvée et les conclusions de l’autopsie évoquent l’hypothèse d’une mort accidentelle : ivre au moment des faits, Jonathan Wadoux se serait endormi avec sa cigarette allumée qui aurait mis le feu à la couette synthétique dans laquelle il dormait. « Je pensais qu’il allait se débattre » Ce n’est que sept mois plus tard, en janvier 2006, que l’affaire sera finalement élucidée après une minutieuse et longue enquête des forces de l’ordre. Quelques jours après l’incendie, ces derniers apprennent en effet qu’il y a eu une bagarre entre plusieurs SDF. Une bagarre dans laquelle est impliqué David Delestre, lui-même sans domicile fixe. Entendu par les policiers qui le font sortir de sa prison de Longuenesse où il purge une peine pour dégradation de bien d’autrui par incendie, David Delestre reconnaît qu’il a eu des différends avec Jonathan Wadoux. Quelques jours auparavant, ce dernier lui « a mis une branlée », raconte-t-il. Le 9 juin, sachant que Jonathan Wadoux devait dormir sur un banc quai Henri-IV « il a mis le feu au niveau de la tête et s’est éloigné en attendant l’arrivée des secours. Il a dit qu’il voulait lui donner une leçon, l’envoyer faire un tour à l’hôpital mais pas le tuer », témoigne à la barre Nicolas Hotte, le capitaine de police qui a pris sa déposition. Des aveux sur lesquels David Delestre va revenir pendant l’instruction, expliquant au juge qu’il les a faits sous la pression policière. « C’est faux, assure Nicolas Hotte, David Delestre a avoué spontanément et en moins de deux heures ». D’ailleurs sans ces aveux, il est probable que l’affaire n’aurait jamais été résolue. Malgré les fortes suspicions, les forces de l’odre n’avaient en effet aucune preuve matérielle contre David Delestre. Mercredi matin devant la famille de la victime, l’accusé a reconnu les faits tout en précisant qu’il « avait mis le feu sur un coup de tête » mais qu’il pensait que Jonathan Wadoux « allait se débattre. J’aurais cru qu’il aurait pu vivre encore ». Il raconte aussi que ce soir-là, tout comme la victime, il avait beaucoup bu. « Il n’en serait pas là s’il avait reçu plus d’amour » Décrit par les experts psychiatriques comme étant une personne qui « souffre d’une déficience intellectuelle liée à un alcoolisme chronique et ancien », David Delestre a connu un parcours chaotique. Domicilié à Eu, il est le deuxième d’une fratrie de six enfants. En échec scolaire puis professionnel, il est aussi le mouton noir de sa famille. « David n’a pas été le plus aimé des enfants. Mes parents n’ont pas été assez attentifs, ils l’ont abandonné », confirme l’une de ses sœurs. Une carence affective qui pourrait expliquer son immaturité et son alcoolisme. David Delestre commence à boire à l’âge de quinze ans et de plus en plus. « Quand il buvait, il devenait méchant et il nous faisait peur car il pouvait être d’une grande violence ». Il avait aussi tendance à régler ses conflits par des actes de pyromanie. « Mais quand il était sobre, il était gentil », décrivent ses proches qui expliquent aussi qu’il « était très influençable et incapable de se gérer seul. Il a eu trop de mauvaises fréquentations, s’il avait été encadré et soigné, s’il avait reçu plus d’amour de ses parents, il n’en serait pas là ». Dans le box des accusés, David Delestre ne comprend visiblement pas tout ce qui se dit. Quand on l’interroge, ses déclarations sont confuses, incomplètes, parfois contradictoires. La seule chose sur laquelle il ne varie pas depuis le début, c’est qu’il « n’a pas voulu tuer Jonathan Wadoux, juste lui donner une leçon pour les coups subis ». C’est la raison pour laquelle son avocat, Me Etienne Noël, va demander une requalification de l’affaire en coups mortels. Si le tribunal accepte, il encourt jusqu’à quinze ans de réclusion contre trente pour l’homicide volontaire. Le verdict est attendu demain vendredi. Maria da Silva |