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Journal du 13 mai 2008

Avec un plein de carburant de plus en plus cher
Des pompistes sous haute tension

S’il est une profession qui est en première ligne alors que le pouvoir d’achat des Français dégringole et que la morosité est de mise, c’est bien celle des pompistes. Ceux-ci vivent aujourd’hui des situations tout simplement surréalistes et avouent parfois leur impuissance.

Mais pourquoi veux-tu épouser un avocat, le pompiste que tu fréquentais, lui, avait une situation d’avenir… » Il y a quelque temps, cette publicité télévisée se voulait ironique mais a fait grincer des dents bien des pompistes qui sont loin de rouler sur l’or. Pourtant les dégâts sont bien là dans l’opinion publique et, à la pompe, les employés vivent souvent des situations parfois tendues, verbalement ou physiquement.

« Je ne sais pas si vous vous rendez compte mais des gens nous engueulent alors que nous ne sommes pour rien dans la hausse des prix du carburant. Certains deviennent même très agressifs lorsqu’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent » évoque l’employée d’une station-service qui cite au passage comme exemple un automobiliste faisant un plein à 80  euros un week-end avec une carte d’entreprise valable uniquement en semaine. « C’est tout juste s’il n’en est pas venu aux mains, heureusement que ma collègue était là pour l’empêcher de partir sans payer ».

Un simple exemple, un de plus de la tension ordinaire qui est désormais de mise dans les stations-service et qui ne va visiblement pas en s’arrangeant : « Globalement on peut dire que l’on rencontre de plus en plus de clients qui sont à la limite de l’irrespect, d’autres sont franchement excités ! »

Un constat que confirment les gérants de la station-service Total, avenue des Canadiens, Corinne Brunet et Marc Thurotte. Deux ans et demi qu’ils se sont installés à Dieppe après une carrière dans une autre forme de commerce. Lorsqu’ils sont arrivés ils ont d’emblée accepté d’être payés par chèque, « alors que le gérant précédent refusait catégoriquement et l’avait même affiché ». Le résultat ne s’est guère fait attendre : les professionnels et particuliers sont revenus en masse à la station… mais également les contraintes liées à ce moyen de paiement.

Beaucoup cachent ça à leur famille

Le système s’est considérablement assoupli mais en contrepartie les gérants ont dû ouvrir un classeur, celui des impayés. Depuis le début de l’année, Marc Thurotte gère déjà « un nombre incommensurable » de chèques sans provision ou volés et il n’hésite pas à se démener pour tenter de les recouvrir, ce qui est loin d’être évident, « mais sinon c’est à 100 % grevé sur le compte de notre société ».

Pour autant, le gérant estime être finalement plutôt chanceux lorsqu’il écoute ses collègues de la région parisienne ou du sud de la France « qui ne sont jamais en contact avec le client, ils sont toujours derrière une vitre blindée ! » Ici, le contact est encore privilégié et les clients apprécient. Tout comme ils apprécient que les chèques soient acceptés. Mais l’imagination de ceux qui ne veulent pas payer leur carburant est sans limite.

Hormis ceux qui démarrent en trombe, d’autres la jouent plus subtil : « Récemment un gars est parti sans payer. On a relevé son immatriculation, c’était en fait une plaque de tracteur agricole ». Et surtout, la grivèlerie d’essence a complètement changé de physionomie. « Elle a toujours existé mais avant c’était souvent des jeunes qui le faisaient par bravade. Aujourd’hui on se retrouve face à des pères de famille qui volent par nécessité ». Dernier exemple en date, le propriétaire d’une Renault 25 avait déjà par deux fois dérobé de l’essence. A la troisième, l’employée sort rapidement pour relever la plaque et là elle découvre une couverture qui pendait du coffre, masquant l’immatriculation. Mais grâce à quatre chiffres entr’aperçus à l’avant, les gendarmes ont pu intercepter le contrevenant. « C’était un homme d’une quarantaine d’années, père de famille, complètement désemparé, qui m’a payé ensuite les trois pleins… Beaucoup cachent ça à leur famille ».

Globalement, ainsi en première ligne, les pompistes se retrouvent en prise directe avec la morosité de notre société, la chute du pouvoir d’achat, le stress… Le carburant est devenu vital, un bien de première nécessité de plus en plus difficilement accessible « et c’est sûr que cela ne va pas aller en s’arrangeant ! »

Les chèques, un vrai problème

Que peuvent faire les pompistes ? Prendre des crédits comme cela se voit ailleurs ? « C’est impossible ici car nous avons une clientèle de passage et je ne peux pas faire ça à la tête du client. J’avais bien pensé faire des imprimés de reconnaissance de dette mais je ne sais pas si légalement je peux le faire ». En revanche, nombre de clients demandent une faveur, celle de voir les chèques encaissés un peu plus tardivement dans le mois. Une chose est sûre, Marc Thurotte est totalement favorable à l’abolition des chèques : « J’ai rencontré des personnes qui ont trois carnets et qui en usent jusqu’au bout alors que rien n’est provisionné, alors les ardoises s’accumulent… »

« C’est une sorte de roulette… »

L’une des solutions pourrait venir d’un prépaiement. C’est d’ailleurs ce qui est fait dans sa station à partir d’une certaine heure le soir, « mais là encore les clients prennent parfois ça très mal, « je n’ai pas une tête de voleur » nous balance-t-on à la figure ! Nous sommes toujours les mauvais dans l’histoire… A partir de 20 heures, les stations sont fermées, il faut régler par carte bancaire, il n’y a plus personne pour prendre les chèques. Même chose le dimanche… Alors, c’est une sorte de roulette, il faut juste espérer que nous n’allons pas tomber sur des impayés, des chèques volés ».

Marc Thurotte évoque le jeudi 1er mai : « Tout était fermé. Nous, nous sommes ouverts toute l’année, sept jours sur sept, jours fériés compris. Les clients ont défilé et il y aura dans le lot des impayés, sûrement ». Autre caractéristique, les très petits remplissages, avec des sommes variant de 3 à 8 euros, juste histoire de faire quelques kilomètres. Sur son bureau, le gérant montre un paquet de rouleaux de piécettes de 0,01 à 0,05 euros, histoire de payer un plein de scooter à quelques euros.

A quelques kilomètres de l’avenue des Canadiens, un salarié de la station Total d’Ouville-la-Rivière dresse un constat des plus similaires, notamment sur les toutes petites sommes désormais utilisées pour rajouter quelques litres dans le réservoir, « et souvent les clients s’en excusent ! Ils sont gênés de prendre aussi peu ». Les crédits d’essence avec, en guise de garantie, les documents du véhicule (cartes grises notamment) ne sont plus tolérés « car on en a vu certains qui ne sont jamais revenus ». En revanche, déposer les chèques à la date demandée est d’un usage courant.

Les grandes surfaces sont a priori moins touchées car certaines refusent les chèques et, à partir d’une certaine heure elles ne fonctionnent que par carte mais il arrive de voir certains clients opérer des marches arrière pour quitter prestement des pistes de station.

Laurent Rebours et Maria Da Silva

Et le gaz s’envole

Présidente de l’Union nationale des retraités et personnes âgées de Neuville, Denise Picard évoque dans un communiqué la hausse du prix du gaz et la baisse du pouvoir d’achat dont les conséquences sont de plus en plus incompatibles avec des retraites se réduisant comme peau de chagrin.

« Au 1er janvier, 1,1 % pour les pensions de retraite, 4 % pour le prix du gaz. Au 1er juin, 0 % pour les pensions, 5,5 % pour le prix du gaz… Depuis plus de soixante ans l’UNRPA défend les intérêts des retraités et personnes âgées et les grands principes de solidarité et elle dénonce cette nouvelle augmentation du prix du gaz que rien ne justifie si ce n’est l’appétit financier des actionnaires de GDF » présente la présidente.

Celle-ci revient au passage à novembre 2004, date à partir de laquelle « le prix du gaz a augmenté de 31 % ! Pour la même période, le montant des pensions des treize millions de retraités et de personnes âgées n’a même pas progressé de 5%. C’est une nouvelle atteinte au pouvoir d’achat des pensions de tous les retraités dont sept millions perçoivent moins de 1 350 euros, près d’un million sont au minimum vieillesse (628 euros) ou au minimum contributif (579 euros)… Combien d’entre eux seront dans l’obligation de se restreindre sur le chauffage, voire de ne plus se chauffer ? »

Une situation jugée au final inacceptable, « surtout au regard des bénéfices réalisés par GDF, 2,5 milliards d’euros ».

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