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Journal du 14 mars 2008

Le communiste Sébastien Jumel va présider
son premier conseil municipal
Les premiers pas du camarade devenu maire

Ce vendredi soir, Sébastien Jumel doit être officiellement désigné maire de Dieppe en succession d’Edouard Leveau. Les onze adjoints doivent également être nommés. Rencontre avec celui qui va présider aux destinées de la cité d’Ango pour les six années à venir et qui marque le retour du PCF aux affaires dieppoises.

Première promesse électorale non tenue… En entrant dans le bureau de Sébastien Jumel des effluves de cigarette témoignent du fait qu’il n’a pas encore stoppé sa consommation, promesse faite pourtant le soir du premier tour en cas de victoire. « Bon, ce sera pour vendredi soir ! »

Submergé d’appels de sympathisants et de sollicitations de journalistes, le futur maire de Dieppe, qui doit donc être élu vendredi soir, avoue qu’il prendrait bien un peu de repos. Ce sera pour plus tard. Alors il enchaîne les interviewes : Europe 1, RTL, TF1… « C’est l’explosion, je n’en reviens pas mais je suis profondément heureux de partager ce bonheur, les habitants m’interpellent de partout et, comme je l’ai déjà dit, je veux être le maire de tous les Dieppois, sans exclusive et dans le respect des institutions… »

• Maire de tous les Dieppois : Sébastien Jumel le martèle et l’affirme désormais dans un visuel qui sera communiqué prochainement : il sera le maire de tous. « De tous les habitants, sans distinction. Il se défend d’ailleurs d’être au service d’un parti. Je m’intéresse juste à ce que les gens veulent. Dans sa dernière ligne droite, c’est le thème qu’a porté la liste opposée, devenue agressive. Mais plus ils étaient agressifs, plus j’ai laissé passer… »

Et, pour appuyer son propos, il signale qu’à la suite du coup de tabac qui a frappé les côtes, « je suis allé à Puys et, par anticipation certes, j’ai contacté les services techniques et les pompiers. Puys n’est pas vraiment un quartier populaire. D’ailleurs, je progresse, voire passe devant, dans des bureaux acquis d’ordinaire à la droite ».

• Chefs d’entreprises : Le futur maire va-t-il être un interlocuteur en phase avec des chefs d’entreprises parfois réticents à voir arriver aux manettes un militant du PC ? « J’ai reçu le message d’un opérateur portuaire qui m’a soutenu. Autour du Livre blanc j’ai fédéré des acteurs du port. Quel est le bilan de la droite en termes d’installation d’entreprises en sept ans : zéro ! Avec le conseil général nous avons tout de même redressé le transmanche. Un chef d’entreprise investit quand il a confiance dans la capacité des infrastructures et collectivités publiques. Et Sébastien Jumel de promettre de valoriser des atouts comme Brighton & Hove, Eurochannel, la zone Louis-Delaporte, un nouvel hôtel d’entreprises, le développement du numérique et de l’ADSL. Il affirme même faire tomber des tabous lorsque je pars discuter avec le patron de la SNCF et celui de Saipol. Et dans son équipe il estime avoir des « compétences » : Hugues Falaize, Lucien Lecanu, Marie-Pierre Ogel, Bernard Brébion… »

• Image : Sébastien Jumel estime ne pas avoir d’image à changer concernant le PCF, « la posture est pour moi naturelle, sans effort ».

• Chasse aux sorcières : Un leitmotiv de la campagne, le PC une fois au pouvoir placerait des hommes et des femmes à lui aux commandes… « No comment ! J’ai dit et je redis que je ne ferai pas ce que la droite a fait durant sept ans. Seuls des « postes fonctionnels », c’est-à-dire liés à la fonction de maire, seront modifiés : directeur général des services, directrice des services techniques, directeur de cabinet, directeur de la communication… Ce que la loi prévoit, quoi ! Je suis très attaché à la fonction publique, ce que l’on demande à un fonctionnaire c’est d’agir selon le service public ».

• Appelez-moi Sébastien ! : Alors, va-t-on découvrir M. le maire avec voiture, chauffeur, costume, cravate… « Je ne changerai pas de personnalité mais je vais évidemment respecter la fonction. Il faut savoir parfois porter la cravate si l’on se trouve avec un préfet, lors d’une cérémonie, etc. Mais ce qui est sûr c’est que je continuerai à emmener mes enfants à l’école tous les matins, ce sont des moments précieux. Quant au chauffeur, il peut être parfois utile pour aller d’une réunion à l’autre… Mais il se présente comme un homme de 36 ans, avec la culture de mon âge, très attaché au partage des responsabilités. C’est le message que j’ai rappelé aux colistiers, un collectif sur lequel j’entends m’appuyer pleinement. J’ai été seul pendant sept ans et je continuerai à être un maire de terrain… et que l’on appellera toujours Sébastien ! »

• « Je n’oublie pas d’où je viens » : Son père était soudeur, sa mère travaillait dans une maison de retraite, Sébastien Jumel voit le jour dans la banlieue du Havre, à Caucriauville. « J’ai eu la chance de pouvoir faire des études supérieures malgré un milieu très modeste avec des parents formidables qui se sont saignés… D’où mon attachement depuis au service public de l’éducation. Sa conscience puis son engagement politique, il les forge à 16 ans en s’imprégnant de la pensée de Pierre Bourdieu dans son ouvrage de référence sur la reproduction, qui se fait selon le patrimoine social, culturel… J’étais en 1re et j’ai vu à quel point des copains bénéficiant d’un même potentiel physique, intellectuel, pouvaient aller dans le mur. Je me suis rendu compte à quel point la société était injuste. Je ne suis pas pour une société égalitariste mais une société où tout le monde doit avoir ses chances ».

• Parcours : Etudiant à Sciences-Po d’Aix-en-Provence, il y passe un DEA de droit public puis intègre un cabinet d’avocats pour financer ses études. En parallèle il est chargé de travaux dirigés et maître de conférence. De retour en Seine-Maritime, il tombe en 1994 sur la proposition de directeur de cabinet à Dieppe. « Je me souviendrai toujours de cette vue de l’avenue Gambetta sur le ferry. Des instants d’émotion qui ne m’ont jamais quitté… Enfin si, durant deux semaines, en 2001, quand on a perdu la Ville. Mais après deux semaines de spleen, j’ai repris la bataille ! »

En 1997, victoire aux législatives, il devient assistant parlementaire affecté à la commission des finances jusqu’en 2002. A cette date il rejoint Daniel Paul, jusqu’en 2004. En parallèle il est conseiller général de Dieppe-Ouest et en 2004 vice-président du Département; « j’arrête alors d’être attaché parlementaire ».

Sur sa carrière, totalement dominée par les engagements politiques, il estime avoir vécu des années « très formatrices, aussi bien aux côtés de Christian Cuvilliez que de Daniel Paul… » – Durant l’interview le téléphone sonne, c’est justement Daniel Paul qui l’appelle pour lui demander son… soutien au Havre pour sa réunion de jeudi. La tendance est inversée – « Ces années m’ont permis de développer les contacts avec les autorités, les préfets… Nous avons obtenu de nombreux crédits d’Etat, j’ai porté de multiples dossiers. Mais l’école de la vie est tout aussi formatrice. Pourtant, jamais je n’ai pensé à un déroulement de carrière ! »

Quelles vont être les priorités du nouveau maire de Dieppe dès son élection? Quelles orientations entend-il donner rapidement à la cité aux quatre ports? Comment compte-t-il gérer l’après-Leveau ? Va-t-on le retrouver aux instances nationales du PCF ? Faut-il craindre une hausse des impôts ? Réponses…

• Priorités : Le futur maire promet d’emblée de se pencher avec son conseil sur « l’état des lieux des finances communales. Je ne vous cache pas que nous avons quelques inquiétudes… Scénario déjà bien étudié pour dénigrer la précédente municipalité ? Sébastien Jumel s’en défend : Non, je pense que nous risquons d’avoir peu de marges de manœuvre. Il va falloir également revoir l’organisation du personnel, dresser une photographie de la situation locale… Ensuite ? Tout est prioritaire. Je veux une ville vivante et démocratique ».

Il souhaite aussi faire de Dieppe une cité « qui soit respectée dans les instances nationales et pense au niveau de l’Agglo : Lear à réindustrialiser, le port à remettre en avant, Regma, le centre hospitalier à défendre – je vais rencontrer le directeur –. Et de vouloir également défendre l’ensemble des services publics, la CPAM, l’URSSAF, la CAF, le logement avec l’Agglo, car il y a encore 1 500 logements à réhabiliter, l’amélioration de l’habitat à relancer, il faudra lutter contre les marchands de sommeil et les propriétaires défaillants… Un programme qui passe par le Val d’Arquet ainsi que Dieppe-Sud, deux assiettes foncières évidentes, toujours dans le cadre du développement portuaire. Ce qui est prévu aux Voiles du Tonkin, c’est du grand standing, il faut aussi des logements accessibles pour tous ceux qui ne peuvent plus suivre financièrement mais sans aller jusqu’à des constructions massives de logements sociaux ».

Dans sa ligne de mire, Sébastien Jumel pense aux salariés modestes, « ceux qui paient tout et n’ont droit à rien. Dans nos réponses locales nous allons intégrer ces données. Il pense ainsi créer une convention avec le CROUS à Rouen à destination des étudiants dieppois modestes. J’ai connu cette situation-là et, quand on gagne 1 500 e par mois, avec des enfants, le budget énergie, nourriture, logement est considérable ».

• Impôts locaux : L’audit qui sera réalisé sur les finances locales est-il un prétexte pour justifier une future hausse de la fiscalité locale ? « Bien sûr que non, les impôts locaux ne seront pas augmentés, ils sont d’ailleurs déjà trop lourds. Le foncier est ici bien supérieur à la moyenne départementale. Le gouvernement devra envisager une réforme de la fiscalité locale ».

• L’Agglo : La prochaine et cruciale étape dans l’avenir du bassin de vie dieppois. Le futur maire de Dieppe reste évasif sur le sujet : « J’attends que le suffrage universel se soit exprimé partout, dans l’ensemble des communes. On se réunira ensuite avec les maires ».

Et de réaffirmer qu’il n’y aura pas de position hégémonique de la Ville de Dieppe sur l’Agglo. Peut-on imaginer Christian Cuvilliez aux commandes ? Sébastien Jumel dément. Il ne voit pas comme un handicap le fait que la Ville phare ne soit pas à la tête de l’Agglo, « il faut être toutefois force de proposition, la question n’est pas de concentrer tous les pouvoirs ».

• Jean Bazin président de commission ? : La tête de liste de Dieppe-Ensemble avait promis de laisser à l’opposition la présidence de la commission des finances en cas de victoire.

Et l’inverse ? « Franchement, qu’est-ce que ça change ? C’est du pipeau, de la com’, rien de plus… Mais l’opposition sera respectée. De toute façon ce sera difficile de faire pire que ce que la droite a fait. Les débats seront transparents avec toujours, au cœur, la démocratie : conseil des aînés, des écoles, cellule d’observation… ça va donner du souffle. Nous aurons aussi de la gestion urbaine de proximité pour tous les petits tracas du quotidien. Et de stigmatiser le réaménagement du centre-ville, de la Grande-Rue, la place du Puits-salé est l’exemple du projet raté. Ils ont décidé de supprimer les bancs, il ne faut pas connaître Dieppe pour faire ça ! »

• Installation : Les premiers pas du futur maire à l’hôtel de ville ont eu lieu jeudi à 16 heures dans le bureau d’Edouard Leveau qui lui a confié les gros dossiers qu’il a en cours, palais de justice en tête. « Nous restons conformes aux usages républicains et puis il y a tout un tas de détails techniques comme l’organisation des prochains bureaux de vote ».

Les rapports avec l’ancien maire semblent s’être détendus ces dernières semaines, « il m’a même écrit ».

Sur la victoire de dimanche dernier, il réaffirme qu’il s’agit de celle « de la gauche unie et non pas d’un seul parti, il n’y a pas de hold-up du PCF ! »

Et pour vendredi soir, il reconnaît qu’il va ressentir « beaucoup d’émotion ».

• Le PCF : Avec une telle victoire, haut la main, dans un contexte national désastreux pour le Parti communiste après l’élection présidentielle de 2007, on peut aisément imaginer que Sébastien Jumel risque d’être courtisé par les instances nationales. « Ma feuille de route c’était Dieppe, point. On m’a déjà proposé plusieurs fois de jouer un rôle national mais j’ai toujours décliné l’invitation… Et puis, qui trop embrasse mal étreint ! Je suis très bien comme je suis et je vais déjà avoir beaucoup de boulot ici, il faut que je sois à la hauteur des espoirs… »

• Département et Région : Vice-président du Département, Sébastien Jumel dit pouvoir compter sur un allié efficace en la personne de Didier Marie, « je ne me suis pas privé de défendre certains dossiers jusqu’à présent ».

Sébastien Jumel va également siéger au Syndicat mixte du port de Dieppe, présidé par Alain Le Vern pour lequel il admet « ne pas avoir d’atomes crochus mais nous travaillerons au service de l’intérêt général. Dieppe est la troisième ville du département et elle a apporté beaucoup de voix à la gauche départementale, il ne faut pas l’oublier… Que Dieppe soit bien représentée au sein du conseil général est essentiel ».

Vers une
« réorientation des Bains »

Au chapitre de ses priorités, Sébastien Jumel a d’emblée affirmé sa volonté de « réorienter les Bains. Le dossier de la station balnéaire me soucie beaucoup et je vais faire en sorte que cet outil soit déjà corrigé de tous ses problèmes de conception et ensuite nous allons remettre à plat la gestion ».

La Ville, à ses yeux, « finance très largement la délégation de service public et le futur maire de Dieppe qui sera installé ce soir de contester les chiffres de fréquentation de l’établissement. Je ne suis pas franchement sûr de leur réalité».

Au passage, il dénonce « l’hérésie du parking du front de mer » et entend développer « les financements croisés ainsi que les aides, en provenance de l’Europe notamment ».

Sans oublier le rôle essentiel de l’Agglo « qui doit être davantage porteuse des projets. Nous avons 8 Me de transfert de taxe professionnelle… Il ne s’agit pas de tordre le bâton à l’inverse mais d’avoir une meilleure approche. »

Quel va être le choix des adjoints ?

La séance de ce vendredi soir a pour objectif de désigner les onze adjoints – le maximum prévu par la loi – qui vont composer ce nouveau conseil. Sébastien Jumel reste muet sur le détail, préférant jouer la carte du suspense. La répartition des postes a été actée lundi soir et, conformément à ce qui a été décidé dès la création de l’union, six délégations doivent revenir au PCF : finances, personnel communal, urbanisme, démocratie locale, solidarité et affaires économiques. Six autres sont dévolues au groupe Dieppe A-Venir (PS et Verts) : éducation, jeunesse, sports, culture, environnement et aménagement du territoire.

Sébastien Jumel lâche juste qu’Hugues Falaize sera 1er adjoint et Bernard Brébion maire délégué de Neuville. D’après nos informations, Marie-Catherine Gaillard serait pressentie pour prendre en charge les finances, Lucien Lecanu le personnel communal et Thierry Levasseur le sport. Pour la culture, verra-t-on Sabine Audigou, à l’environnement Jolanta Avril ou Jacques Boudier, à l’éducation Eric Tavernier ? Rien ne filtre…

Propos recueillis par Laurent Rebours et Aurélien Bénard

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