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Journal du 22 avril 2008
A Varengeville, un concept de
maison quasi unique en France
Sa maison en bois se « chauffe »
presque toute seule !
| Architecte de profession, Bruno Ridel
avait une idée derrière la tête depuis bien des années. Il vient de
la concrétiser avec sa propre habitation : une maison en bois qui
suit le concept des maisons « passives » déjà bien implanté en
Allemagne et qui atteint des records en économie d’énergie. Dans son cabinet eudois En Act où il exerce avec deux associés, l’architecte Bruno Ridel travaille en très grande majorité sur des projets à destination de collectivités locales mais aussi pour des logements sociaux ou des bâtiments en accession à la propriété. L’offre à destination des particuliers est donc plutôt restreinte, « sauf sur des projets très ciblés mais jamais sur le même créneau que les constructeurs » relève-t-il. Et son constat est sans équivoque sur l’apport de plus en plus marqué du bois dans les constructions contemporaines. « Il y a quand même, globalement, une vraie prise de conscience de la nécessité de recourir à des matériaux plus sains et offrant un gain énergétique accru ». Une prise de conscience qui existe notamment chez les élus qui, pour certains, décident de construire en respectant la norme « HQE » pour « haute qualité environnementale », c’est-à-dire répondant à une série de critères liés notamment au site de construction et au programme envisagé. Prochainement, des logements sociaux en ossature bois verront le jour à Gournay-en-Bray, des bâtiments « basse consommation ». Mais depuis plusieurs années Bruno Ridel caresse le rêve d’aller bien plus loin dans cette démarche qui, au-delà des aspects techniques, répond à une véritable philosophie de vie et d’harmonie avec le milieu environnant. Rarissime en France Alors, pour sa maison familiale qu’il est en train de construire à Varengeville-sur-Mer, il s’est appuyé sur le concept élaboré outre-Rhin par le « Passiv House Institute ». En clair, une « maison passive ». « Le concept n’est pas récent puisqu’il a vu le jour à la fin des années 90 mais s’il s’est développé en Allemagne, Belgique, Pays-Bas, etc. En France, en revanche, il est quasi unique en son genre. On ne recense que trois maisons à ce jour ! » Le concept de « maison passive » se traduit très concrètement par un chiffre édifiant : 15 kW. La consommation énergétique nécessaire par mètre carré et par an requise pour une telle habitation. A mettre en parallèle avec les quelque 180 kW de moyenne que l’on retrouve dans une maison traditionnelle ! Même si cela paraît simple, la mise en œuvre technique d’une telle bâtisse est loin d’être évidente et Bruno Ridel a fait appel aux compétences d’un créateur d’entreprise qui était dans la même démarche que lui mais à destination des bâtiments professionnels pour peaufiner son « bébé ». L’équivalent d’un seul radiateur Une « maison passive » c’est avant tout un retour à des fondamentaux parfois oubliés : les apports caloriques naturels, ceux du soleil. En clair la maison est orientée plein sud avec des baies vitrées au sud, à l’est et à l’ouest et peu d’ouvertures au nord. Ensuite l’habitat est parfaitement isolé avec injection de ouate de cellulose (du papier recyclé traité) et des murs de 35 cm d’épaisseur jusqu’à 40 cm dans les recoins de toiture et sous les combles. Les menuiseries sont en triple vitrage. Autre nécessité primordiale : une parfaite étanchéité à l’air grâce à des panneaux de bois sans colle à l’intérieur et d’autres panneaux à l’extérieur. Une étanchéité sanctionnée par des tests draconiens avec hautes et basses pressions. Enfin, il faut déterminer les besoins caloriques de la famille… « Et c’est comme cela que nous avons découvert que pour apporter suffisamment de calories aux 150 m2 de la maison avec -7 °C à l’extérieur, 3 500 W suffisent ». L’équivalent d’un seul et unique radiateur ou, dans le cas présent, d’un poêle à bois. Reste à ventiler, un impératif. Ici, Bruno Ridel a opté pour un système à double flux de ventilation, camouflé dans les toilettes, qui aspire l’air vicié (provenant de la salle de bains, de la cuisine…), récupère ses calories au passage et redistribue de l’air sain. L’air frais peut être récupéré à l’extérieur ou, s’il fait trop chaud ou trop froid, dans un « puits canadien », en l’occurrence un tuyau de 35 mètres de long enfoui à 1,50 mètre de profondeur où il fait toujours environ 11 °C. Et pour que la chaleur ne soir pas excessive lorsque le soleil donne en été, des avancées de toit sont nécessaires pour éviter un angle trop abrupt avec l’astre à son zénith. La « maison passive », c’est avant tout une masse de petits facteurs (isolation, panneaux solaires, récupération de l’eau pluviale…) qui, mis bout à bout, finissent par porter leurs fruits. L’architecte réfléchit déjà à pousser davantage encore le concept. Mais là, nous arrivons dans la « maison positive », celle qui produit sa propre énergie ! Laurent Rebours Des coques aux charpentes Jean-Baptiste Coviaux, charpentier de marine de son état, a opéré un (léger) virage dans son art en s’orientant dans les constructions en bois. Son truc, c’est notamment la technique de la « plate-forme frame » directement issue des USA « et qui consiste à monter au sol des pans entiers avant de les installer, tout est fait sur place ». En ce moment il met la dernière touche à une maison entièrement en ossature bois de 164 m2 et peaufine des bardages à 45°, « ce qui est loin d’être évident et qui prend beaucoup de temps mais le résultat en vaut la chandelle ». Jean-Baptiste, afin de développer son activité, envisage de mettre sur pied une association qui répondra aux sollicitations de tous ceux qui veulent monter leur maison en bois et proposer ainsi ses services : « Je fais tous les styles sauf les rondins et je m’occupe de l’ossature, de la charpente, des bardages, des menuiseries extérieures… » Dans la cour de la maison, une vieille coque de goélette accuse le poids des ans… Il serait étonnant que la passion du charpentier ne revienne pas au galop entre deux bardages ! Pratique : Pour tout renseignement 02 35 57 43 81. Consommations énergétiques de chauffage • Maison ancienne avant 1975 : > 450 kWh/m2/an • Maison conforme à la réglementation thermique actuelle (RT2005) : de 151 à 230 kWh/m2/an. • Maison labellisée très haute performance énergétique (THPE) : de 51 à 150 kWh/m2/an. • Maison labellisée Effinergie : > ou égal à 50 kWh/m2/an. • Maison passive : > ou égal à 15 kWh/m2/an. • Maison à énergie positive : < à 0 kWh/m2/an (productrice d'énergie). Un BTS dédié aux maisons en bois Au lycée du Bois d’Envermeu : un BTS a été crée spécialement pour les futurs constructeurs de maisons en bois. Parmi les quatre filières professionnelles proposées par le lycée du Bois, l’une s’adresse plus précisément aux futurs professionnels de la maison en bois et vient de s’enrichir d’un BTS « systèmes constructifs habitat bois ». Créé à la rentrée 2007, il est le signe que ce type d’habitation est véritablement en plein essor. Le lycée proposait déjà le CAP constructeur bois et le bac pro technicien constructeur bois. Ainsi via des contrats d’apprentissage, des jeunes peuvent aujourd’hui recevoir une formation supérieure pour acquérir des compétences dans l’étude et la réalisation de solutions constructives en bois, en deux ans, dont 40 semaines au lycée et 64 semaines en entreprises. Pour suivre cette formation, il faut être titulaire d’un bac S, ou d’un bac technologique STI option génie mécanique ou génie civil, d’un BT agencement, d’un bac pro technicien… A la fin de leurs études, les étudiants peuvent postuler pour être réalisateur d’ouvrages bois et matériaux associés, chef de chantier, conducteur de travaux, etc. n Pratique : Pour tout renseignement sur les filières proposées par le lycée du Bois : rue du Général-de-Gaulle, 76630 Envermeu. Tél. : 02 32 06 30 40 Ou sur Internet : www.lyceedubois.fr |