Archives


Journal du 15 avril 2008

Le mouvement explose au lendemain de la contestation étudiante
Mai 68 : la région dieppoise
en première ligne

Au lendemain de la contestation étudiante réprimée dans la violence, les salariés dieppois descendent dans la rue pour manifester leur solidarité. Aussitôt après le défilé, la Cellophane, entreprise arquaise, décide la grève. C’est la première à entrer dans le mouvement de mai 68. Témoignages.

Si je devais résumer l’époque en quelques mots, je parlerais de solidarité, responsabilité, d’ouverture vers les autres et d’explosion de vie ». Avec un large sourire, Georges Trébot ne se fait guère prier pour parler de mai 68. Bien au contraire. Revenir quarante années en arrière lui rappelle de biens agréables moments même si les temps ont, parfois, été difficiles.

En mai 68, il avait 27 ans et travaillait à la Cellophane, une entreprise arquaise spécialisée dans l’enregistrement des images et la fabrication de matériel pour restituer ces images et qui appartenait au groupe Rhône-Poullenc. Ni ouvrier, ni cadre supérieur, il s’occupe de l’organisation. « Lorsque j’ai été embauché en 1965, j’étais loin de l’activité syndicale et elle était d’ailleurs quasi inexistante », raconte-t-il. Deux années plus tard pourtant, il est désigné représentant syndical CGT auprès du comité d’entreprise.

Direction autoritaire

« La direction était très paternaliste pour mieux cacher son autoritarisme », se souvient Georges Trébot. Les augmentations de salaires et les promotions se font « à la tête du client », le changement d’organisation du travail « sans concertation ». Parmi le personnel, et en particulier les ouvriers, la frustration est grande « d’autant qu’un mouvement de grève avait eu lieu en 1963. Les ouvriers avaient débrayé pendant quinze jours sans rien obtenir au bout du compte », confie Georges Trébot.

Dès janvier 1968, la contestation gronde à la Cellophane. « Nous étions décidés à faire un très, très gros coup pour revendiquer une hausse des salaires, l’arrêt des discriminations et la liberté syndicale », poursuit le responsable syndical. En douce, les salariés préparent un mouvement de grève pour juin 1968. « Mais il nous fallait tirer les leçons de l’échec de la grève de 1963. Nous nous sommes préparés pour pouvoir tenir le plus longtemps possible », raconte Georges Trébot. Les salariés font alors imprimer 100 000 billets de tombola pour les distribuer dans toutes les coordinations des autres usines du groupe.
« L’objectif était que les ouvriers les vendent au moment de la grève en solidarité avec les travailleurs d’Arques », raconte Georges Trébot. Mais la contestation étudiante va précipiter le mouvement. Le lundi 13 mai, comme la majorité des salariés en France, les employés de la Cellophane descendent dans la rue pour manifester contre les violences policières qui avaient eu lieu à Paris.

« Sequestré » par ses patrons

Le soir même, ils décident d’avancer leur mouvement de grève et le vendredi qui suit, à 20 heures, ils sont les premiers dans la région dieppoise à occuper leur usine. « Ce jour-là, la direction m’avait retenu dans son bureau. Elle pensait qu’en gardant le leader, les ouvriers n’allaient pas débrayer ». Mais comme convenu, les salariés stoppent le travail à 20 heures.

Le dimanche matin, ils obtiennent de la municipalité une motion de soutien et la garantie que les enfants seront nourris à la cantine scolaire. Ils obtiennent aussi la solidarité des commerçants qui viennent les réapprovisionner à l’usine. « Nous leur avions fait comprendre que s’ils ne nous soutenaient pas, après la grève, nous ne serions plus leurs clients. Nous leur avions dit aussi que si nous obtenions le double de notre salaire, nous viendrions dépenser le double dans leur magasin », sourit Georges Trébot. L’occupation de l’usine va durer quatre semaines, jour et nuit. Au bout du compte, les ouvriers de la Cellophane vont voir leur salaire presque doubler, les promotions se font au mérite et la liberté syndicale est reconnue avec un local mis à la disposition des délégués.

« Nous étions bien sûr très heureux mais cela ne s’est pas fait sans heurts », se souvient Georges Trébot. Pendant les deux années qui ont suivi, la direction « a été très, très dure avec un harcèlement moral permanent ». Pour sa part, Georges Trébot a reçu au total vingt-neuf lettres de licenciement, au point d’en faire craquer l’inspecteur du travail. « Mais j’ai toujours été réintégré », s’amuse-t-il aujourd’hui.

Les fonctionnaires aussi

Jeune technicien aux PTT (Poste, télégramme et télécommunication), Gérard Jacqueline a lui aussi été un des acteurs importants de mai 68 à Dieppe. Il se souvient que la ville était déjà sous pression bien avant les événements. En 1967 en effet, l’entreprise Allis-Chalmers, spécialisée dans la fabrication de véhicules agricoles, annonce le licenciement de plus d’une centaine de salariés et des milliers de personnes descendent dans la rue pour manifester. Autant dire qu’en mai 68, les Dieppois ne se font donc pas prier pour s’associer aux manifestations étudiantes.

Le 13 mai, a lieu la première grande manifestation. D’autres suivront, tout aussi importantes. « Tous les deux ou trois jours, les militants se retrouvaient place Nationale et cinq à six mille personnes défilaient dans les rues. Il faut dire qu’Irénée Bourgois (à l’époque à la tête de l’Union locale CGT) savait galvaniser les troupes », raconte Gérard Jacqueline. Les manifestants sont particulièrement organisés : le matin est consacré à l’activité militante – « nous allions dans les entreprises pour remonter le moral des troupes » – se souvient Gérard Jacqueline ; l’après-midi les militants s’occupent des charges administratives et de se ravitailler en nourriture auprès des agriculteurs. « Il y avait une belle solidarité et tout se passait dans une ambiance bon enfant », poursuit Gérard Jacqueline.

« Dans notre contestation, nous étions malgré tout responsables. Les éboueurs, par exemple, avaient accepté de ramasser les déchets ménagers tout en affichant des banderoles de soutien à la grève. Partout où c’était nécessaire, nous nous arrangions pour qu’il y ait un service minimum comme à l’hôpital et aux télécom où il y avait un technicien en permanence pour empêcher que la centrale téléphonique ne tombe en panne », ajoute l’ancien élu. Bien sûr, il y a bien eu quelques échauffourées avec des casseurs de grève qui voulaient en découdre, « mais ça n’a jamais été bien loin », assure Gérard Jacqueline.

Au niveau national comme à l’échelon local, le mouvement a pris une telle ampleur que l’Etat n’assume plus ses responsabilités. A Dieppe, le sous-préfet charge l’Union locale CGT d’approvisionner les médecins, infirmières, etc. en carburant. « Les gens venaient à l’Union locale chercher les bons d’essence. C’est le sous-préfet qui nous a initiés à la gestion de la Ville », s’amuse Gérard Jacqueline. Trois années plus tard lors des élections municipales, ce sont les syndicalistes qui sont en effet élus à la tête de Dieppe. Parmi eux, figurent Irénée Bourgois, maire, et bien sûr Gérard Jacqueline.

Maria da Silva

Bien avant mai 1968
Dieppe était déjà sous pression

L’Institut CGT d’Histoire sociale de la Seine-Maritime fait paraître ce 15 avril un livre sur les événements de mai 68. Une trentaine de pages sont consacrées à Dieppe. Vous apprendrez ainsi que la ville était déjà sous pression bien avant la contestation étudiante. D’où une mobilisation très forte et très rapide des ouvriers.

A l’appel des organisations syndicales CGT, CFDT, FEN, FO et UNEF, le 13 mai, deux mille travailleurs, enseignants et étudiants se rassemblent place du Puits-Salé à Dieppe. Ils s’élèvent contre la brutale répression policière qui a frappé les étudiants à Paris. Un cortège se forme pour défiler dans les rues. Les 16 et 17 mai, la grève déferle dans la région dieppoise. La CGT distribue à la porte des entreprises un tract qui appelle à la grève générale.

Le 18 mai, les 444 ouvriers de Vinco votent l’occupation de l’usine. Ce même jour, les dockers du port de commerce décident de cesser le déchargement des cargos et la ligne transmanche Dieppe-Newhaven se met en grève. Le 20 mai, c’est au tour des P.T.T, du personnel communal, des agents EDF, de la sécurité sociale et de la caisse des allocations familiales de rejoindre le mouvement. Partout le travail s’arrête et l’occupation des usines se fait dans le calme et l’outil de travail est entretenu.

Le 21 mai, la grève est quasi générale dans la région dieppoise avec des entreprises privées et publiques occupées par leur personnel : 850 dockers, 618 salariés chez Vinco, 195 chez Robbe, 257 aux Ateliers et chantiers de la Manche, 119 aux Chantiers de Normandie, 170 à la sécurité sociale, 80 à la CAF, 102 chez EDF-GDF, tout le personnel des PTT à l’exception de six standardistes. A Offranville, Arques-la-Bataille, Saint-Nicolas-d’Aliermont, Val-de-Saâne… Partout les entreprises sont occupées par leurs ouvriers.

9 millions de grévistes

A Dieppe, à la place de l’actuel centre Jean-Renoir où les syndicats sont logés dans des baraquements, c’est l’effervescence et place Nationale les meetings se succèdent. Cinq à six mille personnes défilent tous les deux ou trois jours dans les rues. Au grand dam des commerçants qui défilent eux aussi un dimanche matin pour demander aux ouvriers… de reprendre le travail ! Car bien sûr, c’est toute l’économie qui est bloquée. Le 22 mai, une motion est remise au sous-préfet. Les grévistes réclament une augmentation générale des salaires, traitements, pensions et retraites ; le retour progressif aux quarante heures hebdomadaires payées quarante-huit ; l’abaissement de l’âge de la retraite ; l’extension des libertés syndicales et l’abrogation des lois antisociales.

Le 25 mai, alors que neuf millions de grévistes occupent leur usine en France, s’ouvre au ministère des Affaires sociales à Grenelle une conférence tripartite qui réunit les membres du gouvernement, le patronat et les syndicats. Le 27 mai au matin, le gouvernement communique à la radio l’augmentation de 35 % du SMIC, l’augmentation générale des salaires de 10 %, l’augmentation du salarire minimum agricole de 56 %, la création des droits syndicaux à l’intérieur de l’entreprise et une réduction progressive de la durée du travail avec pour objectif d’atteindre la semaine des quarante heures.

Rien n’arrêtait les grévistes de Mai 68
Ils ont défilé avec leur fils
dans le landau

Que de souvenirs chez ces jeunes retraités qui, à l’époque, avaient posé leurs dossiers pour défiler. A la clé, bien des anecdotes.

Mai 68. Voilà bien des souvenirs pour les tout jeunes retraités ! Même ceux dont on disait qu’« ils étaient planqués » parce qu’ils travaillaient dans la bureaucratie. A cette époque, ils ont laissé de côté leurs dossiers pour rejoindre le cortège. « C’était impressionnant. Il y avait au moins trois kilomètres de défilé, se souvient ce nouveau retraité de la Caisse primaire d’assurances maladie de Dieppe. Le parvis de la gare n’était parfois pas assez grand pour accueillir tout le monde ». Entré deux ans auparavant à la Sécurité sociale, lui aussi voulait une société plus solidaire et des salaires permettant de vivre correctement. « À la Sécu, la CGT était majoritaire. Le syndicat a convaincu beaucoup de fonctionnaires à descendre dans la rue. Ceux qui ne descendaient pas et regardaient par la fenêtre étaient assurés d’être hués ». Malicieux, les cadres de la Sécu avaient créé un syndicat indépendant pour permettre au personnel qui le désirait d’aller travailler. « Ceux qui n’ont pas fait grève n’étaient pas nombreux. Ils ne voulaient surtout pas perdre d’argent. Mais finalement, même les grévistes ont été payés quand les grèves ont été terminées. Je peux vous dire que les non-grévistes étaient outrés ».

Des défilés, ce jeune père de famille en 1968 en conserve quelques souvenirs anecdotiques. « Nous habitions un appartement à Dieppe. Ma femme venait d’accoucher, sourit-il. Quand on est passé devant l’immeuble, ma femme est venue nous rejoindre avec le landau pour défiler. C’était un grand moment ». À Dieppe, les défilés étaient pacifistes et aucun débordement particulier n’est à relever. « C’était vraiment l’unité. Il y avait un côté très convivial. Je me souviens que l’après-midi, nous allions jouer au foot avec les gars de chez EDF, des Chantiers de la Manche… ».

Autre souvenir, alors que nombre s’estompent, celui d’un dénommé Marcel Brianchon. « Il se baladait toujours avec une sorte de chariot dans lequel il avait tout son barda. Une fois, il était en tête de défilé, les communistes lui avaient planté un drapeau rouge dans son chariot. Les gars gueulaient : « Marcel au pouvoir ! Marcel au pouvoir ! ». Lui était cinquante mètres devant nous et il levait les bras à chaque fois qu’il passait devant une administration ».

L’après-Mai 68

Tous ces événements ont finalement été payants pour les grévistes. « On n’a pas fait grève pour rien. Après, nos salaires ont augmenté et on avait obtenu des primes : un quart de salaire en plus en mai et septembre. Cette augmentation de notre pouvoir d’achat a en quelque sorte relancé l’économie nationale. Et je pense que ces événements ont surtout été profitables aux ouvriers agricoles qui étaient sous-payés. Eux aussi ont dû voir la différence ».

Aujourd’hui, les Français ont le moral en berne. Le coût de la vie augmente fortement – surtout depuis le passage à l’Euro – alors que les salaires, eux, n’évoluent pas à la hausse. Pourrait-on assister à un nouveau Mai 68 version 2008 ? « Je pense que ça se justifierait plus encore aujourd’hui. Les conditions de vie des classes ouvrières sont encore pires, dit-il. Mais à l’époque, les syndicats étaient beaucoup plus puissants et je pense que la situation est telle qu’il faudrait craindre des débordements ». Certes, mais d’autres facteurs entrent en compte et retiennent les salariés à descendre massivement dans la rue : d’abord les ouvriers ont des crédits à rembourser. Ce qui était plus rare à la fin des années 60, et ils ne peuvent se permettre de faire grève trop longtemps. Les mentalités changent également : les entreprises travaillent pour beaucoup pour répondre aux exigences des actionnaires et non plus pour simplement produire et faire travailler des gens. On est vraiment à une autre époque…

A. B.

Déjà membre de l’union locale CGT
Guy Sénécal « face à la pensée unique »

En 1968, Guy Sénécal était employé à la sécurité sociale. Du plus loin qu’il se souvienne, il faisait du classement dans les bureaux.

Mais, il était déjà très investi dans l’action. C’est avec cœur et conviction que le jeune homme avait manifesté contre la guerre du Vietnam. Et à 24 ans, il était déjà syndicaliste, membre du bureau de l’union locale CGT.

Alors même que le mouvement de Mai 68 en était à ses prémices, il était déjà prêt à défendre ses valeurs : « Mai 68, c’était lutter plus pour gagner plus » affirme le maire communiste d’Arques-la-Bataille.

Rapidement, comme beaucoup de ses collègues, il cesse le travail et occupe les bureaux de la sécurité sociale.

Pourtant, il passera finalement peu de temps dans les locaux de la Sécu « où les gens faisaient ce qu’il fallait pour occuper la boîte ». Naturellement engagé dans le mouvement politique et syndical, Guy Sénécal se retrouve plutôt dans les locaux de l’union locale CGT. « Je me souviens que nous ne dormions pas beaucoup. Il y avait beaucoup de réunions et beaucoup de discussions » assure Guy Sénécal. Il était question d’avenir, de poursuite du mouvement et surtout de l’organisation des manifestations « notamment sur la place Nationale qui était bourrée de monde ».

Avec toute la naïveté de sa jeunesse et surtout sûr que son combat est juste, il se rend régulièrement aux portes des entreprises pour convaincre les ouvriers de suivre le mouvement. La force de conviction avait été payante devant les portes de l’entreprise CTA où de nombreux ouvriers avaient choisi de stopper le travail.

Seul face aux antigrévistes

C’est ainsi qu’un jour, il s’est retrouvé aux portes de l’entreprise Alpine Renault : « Sans me rendre compte, j’y étais allé seul » se souvient Guy Sénécal. Il se retrouve donc seul face à toute une bande d’antigrévistes prêts à en découdre : « J’ai été sauvé par un responsable qui les a convaincus de ne pas me taper dessus. Et courageusement, je suis parti en courant » souligne Guy Sénécal.

Ce sera le seul exemple un peu « chaud » des mouvements. Toutes les manifestations se passant dans le plus grand calme : « Au niveau de l’Etat, il y avait un flou. Et sur Dieppe, il y avait une ambiance extraordinaire. C’était une véritable bouffée d’oxygène pour les gens » assure le maire qui précise : « Tout s’est toujours très bien passé parce que tout le monde y veillait. Les gens échangeaient des idées qui n’étaient pas toujours les concordances mais les discussions évitaient de se taper dessus ».

« Réagir face à la pensée unique »

Même s’il vit plus dans le présent et surtout l’avenir que dans le passé, Guy Sénécal reconnaît « qu’après Mai 68, les choses n’ont plus jamais été comme avant. Il y a eu un changement dans les mœurs : la manière d’appréhender les problèmes, les rapports entre les hommes et les femmes mais pas seulement ». Evidemment, il y a aussi eu de gros progrès sociaux : « Certains salaires, revenus ou avantages ont augmenté de 30 à 50 %. Ça a changé la vie des gens » souligne le maire d’Arques-la-Bataille.

Mais plus que toutes ces évolutions, pour Guy Sénécal, Mai 68, c’est avant tout une prise de conscience : « Les gens se sont rendu compte qu’il était toujours possible de réagir face à la pensée unique. Jusqu’alors, on nous disait qu’il n’y avait qu’une façon de faire les choses et là, ils se sont tous mobilisés pour montrer qu’on pouvait faire autrement ».

Et sans faire de liens trop rapides, il relève : « Le mouvement des Roumains chez Dacia ou des jeunes contre la suppression des postes dans l’Education nationale ont à voir avec ça » et il ajoute : « Depuis que le monde est monde, il y a une constante : les gens ont toujours manifesté pour améliorer leur sort. Le problème est juste de savoir qui porte le mouvement… »

S. B.

Un livre sur les événements
en Seine-Maritime

Secrétaire à l’Institut CGT d’Histoire sociale de la Seine-Maritime, Gilles Pichavant est l’auteur de l’ouvrage Mai-Juin 68 en Seine-Maritime qui paraît ce mardi 15 avril. Entretien.

Les Informations dieppoises : Selon vous, pourquoi Dieppe a adhéré aussi rapidement au mouvement contestataire étudiant ?

Gilles Pichavant : 1967 avait déjà été une grande année de lutte à Dieppe. L’entreprise Allis-Chalmers avait annoncé plus d’une centaine de licenciements, une manifestation avec plusieurs milliers de personnes avait eu lieu et un comité de défense de l’emploi avait été créé. En février 1968 aussi, il y avait eu un grand mouvement des marins pêcheurs. Dans un contexte donc déjà très tumultueux, Dieppe était très à l’écoute de ce qui se passait à Paris.

I. D. : La première entreprise à débrayer a été la Cellophane, puis les autres ont suivi tout de suite après. Quelles étaient les revendications des salariés ?

G. P. : Nous étions à la fin des trente glorieuses et pendant toutes ces années, alors qu’il y avait de l’argent dans les entreprises, les salaires ont stagné. Dans le même temps, il y a eu l’instauration des premières franchises médicales avec les médicaments remboursés à 65 % et non plus 90 %, l’instauration de la TVA qui a fait augmenter les prix, etc. La contestation étudiante et la répression policière ont été les déclencheurs mais les ouvriers étaient déjà très remontés, ils voulaient une hausse des salaires.

I. D. : Les avancées sociales ont été considérables…

G. P. : Oui, les salariés ont remporté une belle victoire en travaillant moins pour gagner plus. Le SMIC a augmenté de plus de 30 %, les salariés sont passés à quarante heures de travail hebdomadaires au début des années soixante-dix et la quatrième semaine de congés payés a été généralisée. Enfin, l’activité syndicale dans l’entreprise a été autorisée avec la mise à disposition de locaux.

I. D. : Quels sont les enseignements de mai 68 ?

G. P : Ils sont multiples. Mai 68 a permis la syndicalisation, l’expression démocratique des revendications, la maîtrise du mouvement par les acteurs eux-mêmes, la liberté de parole…

Propos recueillis par Maria da Silva

Pratique :
Mai-Juin 68 en Seine-Maritime, 150 pages dont une trentaine sur les événements dieppois, 10 e. En vente à partir de ce mardi 15 avril à l’Union locale CGT de Dieppe, 2 bis rue d’Ecosse et prochainement dans les librairies dieppoises.

Accueil Recherche Titres de la Une archives98.htm archives99.htm archives2000.htm archives2001.htm archives2002.htm archives2003.htm archives2004.htm archives2005.htm archives2006.htm Archives2007.htm Archives2008.htm