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Journal du 9 mai 2008

La société dieppoise est placée en redressement judiciaire
TOE Transmanche : Le pétrole s’envole,
le monde du transport s’enlise

Dans la cour de l’entreprise dieppoise TOE Transmanche, plusieurs semi-remorques sont prêts à partir pour de lointaines destinations. En attendant, les salariés s’affairent à les préparer, à réparer les bâches déchirées, volontairement ou pas, à bichonner les mécaniques des 40 tonnes, même si le moral n’est pas au beau fixe.

TOE Transmanche, c’est à ce jour cent vingt salariés, CDD compris, quatre-vingts poids lourds et une centaine de semi-remorques. Une belle flotte en perpétuel mouvement et dont les déplacements sont suivis en direct grâce à la géolocalisation. « Notre créneau, c’est le lot complet, c’est-à-dire le transport direct, d’au moins vingt-quatre tonnes de marchandises, vers le destinataire avec, à chaque fois, de grands trajets où il faut sans cesse réinventer les parcours » présente Claude Delassise, P-DG de la société depuis qu’il l’a rachetée à Transalliance en 2006.

Cette forme d’activité engendre donc deux types de dépendances : d’une part à la conjoncture économique, d’autre part à la concurrence internationale. Ni l’une ni l’autre de ces dépendances ne sont aujourd’hui favorables dans le domaine des transports. TOE Transmanche effectue en effet des déplacements à l’international sur de grandes distances et se retrouve donc directement concurrencée par les entreprises de transport espagnoles, portugaises ou des pays de l’Est. « On ne peut pas faire face à ça ». Impossible en effet de lutter face à des conditions sociales nettement en deçà de ce qui est pratiqué chez nous et des salaires de 250 à 300  euros.

Lorsqu’il a racheté l’entreprise en 2006, Claude Delassise dit avoir dû redresser la barre à tous les niveaux « car nous n’étions plus performants économiquement, socialement et commercialement ! » Le patron dit être habitué aux gros challenges et celui de remettre la société dans les clous en était un, « mais je n’ai pas l’habitude de baisser les bras et j’aime y associer tout le personnel ». Dans cette entreprise, le déficit affiché fin 2005 avoisinait les 820 000  euros, « après un contexte de perte durant plusieurs années ». L’année suivante, elle était de nouveau sur de bons rails mais la perte d’un gros client qui, à lui seul, représentait 40 % du chiffre d’affaires a fait tout basculer. « Et en 2007 ça a été la catastrophe à nouveau, une inversion de cycle » avec surtout un surcoût considérable dans le résultat d’exploitation des frais autoroutiers et de carburant.

3,3 millions de litres de gasoil par an !

Avec des péages autoroutiers en hausse constante (2 centimes d’euro du kilomètre) et le prix du litre de gasoil en expansion permanente, les chiffres atteignent des hauteurs vertigineuses. Claude Delassise cite en exemple le mois de mars 2008 « où l’on a enregistré 12 000  euros de surcoût rien que pour le gasoil, sachant que ce n’était pas le pire mois. Cela représentait une hausse de 40 000  euros par mois par rapport à l’année précédente… Et pour comparer avec l’année de référence de 2004, nous étions à une hausse mensuelle de 106 000  euros ! »

D’autres chiffres donnent tout simplement le tournis et indiquent l’ampleur de l’impact que peut engendrer une hausse d’un seul centime : en 2007, TOE Transmanche a consommé 3,3 millions de litres de carburant pour 9,39 millions de kilomètres parcourus… Facture globale de 2007 : 2,825 M euros de gasoil ! Et l’année 2008 s’annonce mal avec la dérive des prix des produits pétroliers.

Depuis le 17 avril, l’entreprise basée dans la zone de Rouxmesnil-Bouteilles a été placée en redressement judiciaire. Une situation qui n’est pas facile à encaisser mais son responsable veut se battre jusqu’au bout. « Nous avons ici un vrai savoir-faire avec des salariés qui sont de bons professionnels, de même qu’un outil de travail exceptionnel, aussi bien avec la flotte qu’avec les bâtiments sur 16 000 m2 qui nous servent également pour du stockage. Il nous faut explorer toutes les pistes de redressement, être moins dépendants du « lot complet », tout optimiser ». D’autant que la procédure de redressement est intervenue « avant que les choses n’empirent. Nous avons bien communiqué avec nos clients, nous n’en avons pas perdu un seul et tous les fournisseurs nous suivent », assure Claude Delassise.

Le redressement peut durer de six à dix-huit mois. « L’actionnariat est ici unique et aucun bénéfice ne sera pris tant que l’on n’aura pas redressé la barre, nous gagnerons tous ensemble », ajoute le responsable de TOE Transmanche qui vise notamment des développements en direction de l’Angleterre et vers de nouveaux trafics. Car pour ce qui est de la baisse du prix du carburant, c’est loin d’être gagné.

Laurent Rebours

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