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Journal du 17 octobre 2008

Trente et une interventions des sapeurs-pompiers
ces six dernières années
Maudite côte de la forêt d’Arques !

Dans la nuit de dimanche à lundi, la côte de la forêt d’Arques a fait une nouvelle victime. Les aménagements routiers sur cet axe semblent insuffisants pour réduire le nombre d’accidents. On dénombre en effet une vingtaine de morts depuis ces trois dernières décennies.

Je suis en colère ! C’est honteux de voir qu’il y a autant d’accidents dans cette côte et que personne ne réagit ». À Saint-Nicolas-d’Aliermont, Madeleine Coulon est encore sous le choc : sa fille Sylène, 25 ans, a été blessée et le petit ami de celle-ci, Thomas Bourotte, 27 ans, est mort sur le coup, dans la nuit de dimanche à lundi, au beau milieu de la côte de la forêt d’Arques-la-Bataille. Un lieu particulièrement accidentogène tant en descendant qu’en montant. Et même si rien n’est encore officiellement établi quant aux circonstances de l’accident du week-end dernier, la vitesse semble à chaque fois remise en cause. « La vitesse est limitée à 90 km/h mais même en respectant cette vitesse, c’est dangereux, ça dérape, raconte Jacques Coulon, le père de Sylène. C’est une route glissante avec une très mauvaise inclinaison ». À pareille époque, les feuilles mortes sur la chaussée ou la traversée des animaux sauvages augmentent le danger. « L’Administration devrait faire des choses pour éviter justement que des accidents se produisent, dit la maman. La DDE pourrait mettre une silhouette à chaque endroit où il y a eu un mort comme ça se fait dans d’autres régions. Ça ferait peut-être ralentir les automobilistes. Et de poursuivre quant aux traversées d’animaux : Une clôture pourrait être installée tout au long de la route comme le long des autoroutes ».

Hier jeudi, Sylène Coulon confiait par téléphone qu’elle quittait le centre hospitalier de Dieppe dans le courant de l’après-midi. « J’ai demandé à rentrer chez moi. Je souffre encore, je ne pourrais pas assister aux obsèques de Thomas, à Thionville. Les médecins m’ont déconseillé de faire une si longue route ». Elle revient sur cet accident où, elle aussi, a bien failli y laisser la vie. « Cette côte est dangereuse. Il faut y faire quelque chose. Je ne me souviens plus de ce qui s’est passé dimanche soir. Il y avait du brouillard… Et de poursuivre : Il m’arrive parfois d’aller sur cette route avec une Clio de société. Je sais qu’à certains endroits, en roulant normalement, l’arrière de la voiture chasse. J’aimerais que ça change, je suis même prête à m’investir pour aider si c’est nécessaire ».

Le maire déplore la situation

La dangerosité de la côte de la forêt d’Arques-la-Bataille est prise très au sérieux par les collectivités. « La commune ne gère pas cette route car elle est départementale, explique Guy Sénécal, maire. Mais cet axe se trouve sur le territoire d’Arques et je ne reste pas insensible aux accidents qui s’y produisent. Je déplore d’ailleurs cette situation ». Lutter contre les accidents sur cette route départementale est l’un des chevaux de bataille du premier magistrat. Le conseil général a mis en place par le passé une commission départementale de sécurité routière pour examiner les problèmes de circulation de cet axe et un certain nombre d’aménagements ont été réalisés. «Pose de barrières de sécurité en bois, marquages au sol sonores et dégagement paysager des bords de la route sur une largeur de 80 cm » énumère Guy Sénécal. Il va solliciter de nouveau les instances départementales pour remettre en place cette commission et réfléchir de nouveau aux solutions à adopter pour éviter le pire.

La côte de la forêt d’Arques-la-Bataille présente une voie assez large et qui laisse penser aux automobilistes qu’ils sont en sécurité. La réflexion devra également porter sur le fait que ces aménagements qui ont normalement été installés pour limiter le nombre d’accidents sont contre productifs.

Une voie de contournement

Tout type de véhicules emprunte cet axe entre Dieppe, Arques et le plateau d’Aliermont. Depuis une dizaine d’années, Guy Sénécal propose une alternative : « Je demande toujours une voie de contournement qui permettrait de relier Dieppe au plateau d’Aliermont par un autre cheminement que le centre d’Arques, ou la côte de la forêt. Les choses ont du mal à se mettre en place. Je pense qu’il faudra profiter du futur aménagement de la RN 27 pour faire cette voie de contournement ».

Ce nouvel accident mortel ramène de nouveau des souvenirs « traumatisants » au maire. Il se souvient d’avoir dû signer des actes de décès après de trop nombreuses catastrophes et il pense entre autres à cette jeune femme, voilà quelques années, qui a trouvé la mort dans cette forêt en période des fêtes de fin d’année.

L’accident mortel de dimanche soir réveille de douloureux souvenirs au sein des familles endeuillées après un accident dans la côte d’Arques-la-Bataille. Des débris de véhicules de différents accidents survenus sur cet axe sont encore bien visibles à certains endroits . Des couronnes de fleurs sont aussi posées ici ou là. « Nous, nous avons mis un bouquet là où est décédé Thomas. C’est pour lui rendre hommage, confie Madeleine Coulon, en sanglots. Mais c’est aussi pour faire prendre conscience… »

Aurélien Bénard et Martine Huet

Entre 15 et 20 morts en 30 ans

Au centre d’incendie et de secours d’Arques-la-Bataille, le lieutenant Lucien Rodaries reconnaît aussi la dangerosité de cette maudite côte. « Elle est dangereuse dans les deux sens, dit-il. La plupart des très graves accidents se produisent l’automne, l’hiver et les jours de pluie où la chaussée est glissante avec les feuilles par terre ou des animaux qui traversent. La vitesse est aussi souvent un facteur aggravant ». L’officier des sapeurs-pompiers affirme qu’en trois décennies de carrière au centre d’Arques, il se souvient de quinze à vingt morts dans cette côte et « une fois, nous avions eu un face-à-face avec trois morts à cet endroit ». Si les sapeurs-pompiers sont les premiers appelés en cas de sinistre très grave, Lucien Rodaries signale qu’il ne faut pas oublier les accidents matériels même s’ils ne font que de la tôle froissée. « On a parfois connaissance d’accidents qui se sont produits, où il y a des blessés légers, mais les gens ne jugent pas bon d’appeler les pompiers. C’est dommage ».

Ces six dernières années, le centre d’incendie et de secours d’Arques-la-Bataille est intervenu 31 fois pour des accidents dans cette côte. « On recense trente-trois blessés graves ou légers, nous avons désincarcéré cinq personnes et on compte trois morts » énumère le lieutenant Rodaries. « Trois morts, mais peut-être que parmi les blessés graves il y en a qui sont morts à la suite de l’accident, ça, nous n’en savons rien ».

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