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Journal du 22 avril 2008

Le commandant fonctionnel Jean-Louis Viot part en retraite
Il était le premier flic de Dieppe

Après trente-sept ans de carrière dans la police dont vingt-sept à Dieppe, le commandant fonctionnel Jean-Louis Viot quitte la grande maison. Le premier flic dieppois se tourne maintenant vers une carrière de détective privé.

Le commandant fonctionnel Jean-Louis Viot quitte le commissariat de Dieppe après trente-sept ans au service de la grande maison. Mais qu’on ne s’y trompe pas, le premier flic de Dieppe a déjà trouvé une reconversion : il se lance dans une activité de détective privé, à Eu. « C’est la continuité, dit-il. Je pense que pour ce métier ou celui de flic, il faut avoir un esprit de terrain et de recherche. Il faut être curieux ». Autour d’une bonne table d’un restaurant, entre le port et la plage, le commandant Jean-Louis Viot revient sur sa carrière.

Premier jour, premier cadavre

1972, jour de Toussaint. A 8 h 30, le jeune Jean-Louis Viot fait ses premiers pas dans la police, à Alençon. « J’ai commencé sur les chapeaux de roue. Ce jour-là, à 11 h 30, j’ai eu mon premier cadavre avec des morceaux de cervelle partout. C’était un accident de chasse, raconte-t-il. Eh bien je suis rentré le midi chez moi, c’est véridique, et par hasard, un plat de cervelle m’attendait. Je n’en ai jamais remangé depuis !» A Alençon, Jean-Louis Viot est entré par voie contractuelle pour trois ans. Finalement, il y est resté neuf ans. « C’était un nouveau corps avec des inspecteurs un peu au rabais à l’époque où il existait un clivage entre les agents en tenue et ceux en civil ». Pendant ces neuf années, Jean-Louis Viot trouve sa voie dans la police. Il se présente à des concours internes et intègre le Centre national supérieur de la police, à Paris. Il donne entière satisfaction et devient successivement enquêteur titulaire, inspecteur, puis inspecteur principal. Il va de Paris au Mans en passant par Alençon pour faire ses stages.

Fin 1981, Jean-Louis Viot doit prendre ses fonctions à Dieppe. Une ville qu’il ne connaît que de nom. Quand il raconte comment il a perçu la ville, il plante un décor sombre et pourtant… « Quand je suis arrivé à Dieppe, sur le quai Duquesne, j’ai vu un bâtiment près de la caserne des pompiers avec écrit dessus : Police. Il y avait plein de mobylettes devant, je croyais que c’était un dépôt. Je suis allé dans un bistrot pour savoir où se situait le commissariat et on m’a confirmé que c’était bien là où j’avais vu le panneau. C’était tout pourri. C’était la porte du garage qui tenait l’édifice. Il poursuit en racontant son accueil. On se croirait dans un film : C’est un gardien de paix nordiste et sympathique qui m’a reçu. Il était bien rondouillard, rougeaud et avait un fort accent ch’ti. Je me suis demandé où j’avais atterri ». Ce Mayennais d’origine, de l’intérieur des terres, découvrait le monde maritime, l’identité dieppoise. « Je ne vous cache pas que les trois premiers mois, je n’avais qu’une hâte : c’était de partir. Je logeais dans une piaule sur le Henri-IV qui n’a rien à voir avec celui qu’on connaît maintenant, et je découvrais une ville portuaire en plein mois de novembre avec des structures imposantes qui faisaient presque peur et des gens qui parlaient bizarrement, dit-il aujourd’hui en souriant. J’ai vite sympathisé avec des gens qui n’avaient rien à voir avec la police et je n’ai jamais voulu repartir. Je me suis vite rendu compte que les Dieppois étaient accueillants ».

Le feu sacré

En 1986, Jean-Louis Viot et ses collègues quittent les locaux vétustes du quai Duquesne où de sales odeurs émanaient des latrines du rez-de-chaussée dès que la marée remontait, pour s’installer boulevard Clemenceau. Avec nostalgie, il raconte : « C’était pourri aussi mais c’était une autre ambiance. On était trois ou quatre par bureau. Quand on est arrivé boulevard Clemenceau, chacun a eu son bureau, ce n’était plus la même chose ». Le commandant Jean-Louis Viot a le plus grand respect et beaucoup d’estime pour ses collaborateurs. En vingt-sept ans de carrière à Dieppe, il en a vu des policiers, chacun avec son talent et sapersonnalité !

La carrière de Jean-Louis Viot a pris un autre tournant dans les années 90. D’inspecteur principal, il devient capitaine, « un simple changement d’appellation », en 1991. Puis à la fin des années 90, il est promu commandant sur place puis commandant fonctionnel avec une mutation à la Direction centrale de la police de Paris, détaché comme chargé de mission à Dieppe. A 55 ans, une page de l’histoire se tourne pour le commandant Viot. En fin de semaine, il quittera définitivement le 9, boulevard Clemenceau, un commissariat où il a gravi tous les échelons. « C’est vrai que plus on monte dans la hiérarchie, moins on est sur le terrain, regrette-t-il. C’est un peu frustrant mais on a des équipes de femmes et d’hommes à gérer ». Pas facile pour un flic comme Viot qui a la vocation, « le feu sacré » comme on dit à la Grande maison…

Aurélien Bénard

Des nuits à écouter des escrocs

Trente-sept ans de police, trente-sept ans de service public passés à la sécurité intérieure et à venir en aide aux citoyens parfois au détriment de sa propre vie. Bien sûr il a été confronté aux armes à feu. « Il ne faut pas avoir peur, c’est tout ». Des affaires conclues, le commandant Viot – qui y associe aussi ses collaborateurs – en a quelques-unes à son actif. En témoigne une coupure de presse de Ouest-France qui raconte l’affaire d’un braqueur de banque, armé, retranché dans une ferme, dans l’Orne, où les négociations avec la police ont duré plus de six heures. « Le GIPN (Groupement d’intervention de la police nationale – ndlr) avait été appelé sur place, raconte-t-il. Les négociations n’avaient rien donné. On nous a donné ordre d’entrer armés et de l’interpeller. Le mec faisait deux mètres de haut et était costaud. Il a tiré, le coup m’a sifflé à l’oreille. Finalement on a réussi à le maîtriser ».

Comme pour toutes les affaires, les policiers conduisent l’enquête et les interrogatoires : un autre climat s’instaure, presque une relation de sympathie… Et s’il y a un type de malfrat qui impressionne le commandant, ce sont les escrocs ! « Pas ceux qui volent des chèques ou des cartes bancaires, précise-t-il. Non, ceux qui arnaquent les institutions ou les gens riches. J’ai passé des nuits à les écouter. Ce sont souvent des gens intéressants, très inventifs, ils en jouent et il y a quelque chose de fascinant chez eux. Il illustre ses propos en racontant l’histoire d’un homme qui se faisait passer pour le préparateur des voyages officiels du président Mitterrand. Il allait dans les plus grands hôtels et restaurants. Il faisait croire qu’il attendait un coup de fil d’un ambassadeur alors que c’était lui qui allait dans la cabine téléphonique d’en face et se faisait passer pour quelqu’un d’important d’une ambassade. Un vrai personnage ». Et de poursuivre : Un autre jour, ce même homme est allé à Paris. Devant un bureau de tabac, il a volé une Porsche en double file avec les clefs dessus. Il a décidé de laisser la voiture devant un autre bureau de tabac et a attendu qu’on la lui vole à son tour. Ça l’amusait ». Et puis il y a des affaires criminelles qui l’ont marqué comme ce jeune Danois retrouvé décapité sur la plage de Dieppe, du côté de la Rotonde. « On n’avait pas de billes, ça piétinait » raconte-t-il. Flic de l’ancienne école, Viot et quelques-uns de ses hommes mènent l’enquête de bistrot en bistrot et dans les lieux de rencontres nocturnes. Bingo ! les trois meurtriers ont pu être identifiés et interpellés.

Enfin il y a des affaires qui lui laissent un goût amer car malheureusement elles n’ont pu être résolues, comme celle d’un jeune homme qui a été sauvagement tué, dans son pavillon, au Val Druel, au début des années 90. « C’est vrai que j’ai eu à traiter beaucoup d’affaires, des belles affaires. C’est plaisant mais je n’en tire pas une gloriole. C’est mon travail et j’y associe aussi les autres policiers car une enquête ne se mène jamais seul ».

Un auteur à succès

Un décor, des personnages. Certains en écrivent des scénarios, Jean-Louis Viot préfère en écrire des romans. Une douzaine dont certains connaissent un véritable succès, comme « Une belle garce » traduit en italien et en chinois. Un livre qui lui a permis de recevoir le prix du Quai des Orfèvres en 1994. Jean-Louis Viot est aussi l’auteur des Cent mille briques, un roman jeunesse qui est souvent étudié par les collégiens sur le plan national.

Son expérience du terrain et ses rencontres lui permettent de monter de belles histoires. Et ses lecteurs seront de nouveau comblés puisqu’un nouvel ouvrage devrait paraître bientôt : « Un policier atmosphère, dit-il. Il n’y a pas un coup de flingue ». Et de regretter que la littérature française en matière de polar soit pauvre : « Ce n’est pas souvent naturel. Soit ce sont des auteurs qui n’y connaissent rien, ou bien des auteurs qui ont connu une affaire mais qui présentent un déficit d’écriture. C’est dommage car ça manque de dynamisme et de crédibilité. C’est pareil à la télé avec les séries policières françaises ». Jean-Louis Viot et plusieurs de ses amis ont aussi travaillé sur une contre-enquête de l’affaire Landru qui a fait l’objet d’un film documentaire.

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