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Journal du 25 avril 2008

Premier conseil d’agglomération
après les élections municipales et élection du président
Patrick Boulier sans surprise
à la tête de Dieppe-Maritime

Seul et unique candidat, c’est à vrai dire sans suspense ni surprise que Patrick Boulier accède à la tête de l’agglomération Dieppe-Maritime, succédant à Jean Dasnias. Il se veut l’homme d’un consensus mais d’emblée Dieppe, par la voix de Sébastien Jumel, entend aussi poser ses jalons.

Comme l’usage le veut, Jean Dasnias a installé son dernier conseil d’agglomération avant de laisser la parole au doyen d’âge, Claude El Koubi qui a présidé la séance et a invité les candidats potentiels à la présidence à se manifester. En l’occurrence le candidat, puisque le maire de Varengeville, Patrick Boulier, s’avère être le seul à postuler. Pas franchement une surprise tant son nom circulait de longue date dans les alcôves comme « l’homme du consensus ».

Mais, avant que l’urne ne tourne parmi les soixante délégués, le maire de Dieppe a tenu à rappeler sa position sur sa vision de l’Agglo et surtout sa non-candidature : « Nous avons travaillé depuis plusieurs semaines avec l’ensemble des maires, à la construction d’un consensus conforme à l’esprit de la loi sur l’intercommunalité, conforme à l’esprit qui, depuis toujours, préside à la démarche intercommunale… Et le nouveau maire de Dieppe de réaffirmer ce qu’il a déjà martelé de nombreuses fois durant la campagne : Dieppe, malgré son poids démographique, fiscal et, d’une certaine manière, politique, ne sera pas dans une posture hégémonique. Au contraire, ses élus mettront leur énergie, leur force de conviction et le poids de notre ville au service d’une nouvelle dynamique d’agglomération ».

En clair, Sébastien Jumel, tout en reposant sa position de principe, distille tout de même que Dieppe pèse d’un poids qu’il ne faudra pas mésestimer à l’avenir. Un poids qui passe par le développement économique, à commencer par celui des ports, « la place portuaire, au centre du projet d’agglomération ».

Le maire de Dieppe entend que la Ville-centre développe, soutenue par l’Agglo, « un pôle d’équilibre multifonctions dans l’aménagement du territoire régional et espère voir intégrer les besoins spécifiques des communes rurales et les problématiques de la Ville-centre en matière de prise en compte d’équipements communautaires ».

C’est dans cette optique que la gestion des déchets va faire l’objet d’une étude approfondie de même que le développement économique et culturel autour de la RN 27, ou encore la mise en œuvre concrète du programme local de l’habitat… « C’est un grand jour pour notre agglomération, une nouvelle page s’ouvre… »

Cinquante-quatre votes pour, un nul et cinq blancs. Patrick Boulier est élu, « comme un sénateur » lui glisse Jean Dasnias en cédant son fauteuil ; « pas encore » répond l’intéressé avant de présenter ce qui sera son action (voir ci-dessous).

Après l’élection du président, place à celle des vice-présidents qui subissent une inflation en passant de dix à treize.

Premier vice-président, Sébastien Jumel (Dieppe) aura en charge le suivi du Contrat d’agglomération. Deuxième vice-président, Gill Géryl (Martin-Eglise) se chargera du développement économique. Troisième, Bernard Bazille (Saint-Aubin-sur-Scie, le seul élu à l’unanimité) sera en charge de l’habitat et du logement. Quatrième, Thierry Levasseur (Dieppe) s’occupera du sport. Cinquième, Hugues Falaize (Dieppe) se chargera de l’aménagement du territoire. Sixième, Annie Pimont (Sauqueville) aura à sa charge l’eau et l’assainissement. Septième, Guy Sénécal (Arques-la-Bataille) s’occupera de la politique de la Ville, de la culture, de la formation. Huitième, Daniel Lefèvre (Grèges) sera responsable des transports. Neuvième, Jean-Jacques Brument (Hautot-sur-Mer) pour l’emploi. Dixième, Claude Dolique (Offranville) en charge du commerce. Onzième, Eric Tavernier (Dieppe) pour l’Agenda 21. Douxième, Bruno Bienaimé (Martigny), aura la charge du tourisme. Treizième, Lucien Lecanu (Dieppe) devient « Monsieur Port » en charge des affaires maritimes.

Sur le poste de Lucien Lecanu (également suppléant de Patrick Boulier au Syndicat mixte du port), Sébastien Jumel a jugé cette désignation comme essentielle : « Lucien Lecanu mérite d’être connu, il a réussi à fédérer l’ensemble de la communauté maritime dieppoise et il y a là des niches d’activité de nature à restructurer l’emploi ».

Laurent Rebours

Budget  : quelles marges de manœuvre ?

Cette première séance a été aussi celle des orientations budgétaires, certes réduites à de grandes orientations. Occasion surtout pour le nouveau président de se pencher sur les marges de manœuvre dont dispose l’Agglo pour mener à bien ses projets « car la TPU (taxe professionnelle unique, NDLR) est plutôt modeste en regard de ce qui peut se faire ailleurs. Pour améliorer la situation de l’Agglo il faudra notamment se pencher sur la collecte et le traitement des déchets ». Prochainement, une commission locale des transferts de charge eudiera sur les gros dossiers dont celui du stade communautaire et de l’office de tourisme.

L’Agglo peut disposer de marges de manœuvre mais elles restent limitées, tout va dépendre également de l’évolution des bases, « d’où la nécessité d’un développement économique et de bien calculer les nouveaux transferts ».

Parmi les points à surveiller de très près figure celui de l’eau et de l’assainissement comme le rapporte Annie Pimont, « les marges liées au désendettement risquent d’être insuffisantes pour réaliser des travaux, au premier rang desquels le remplacement des branchements en plomb d’ici 2013 pour environ 3 ME ». Problématique à laquelle va s’ajouter celle du prix de l’eau qui est resté inchangé depuis le transfert en 2003 : « Il va être impératif d’en examiner l’harmonisation sur le territoire de Dieppe-Maritime ».

Pour l’assainissement, l’enveloppe annuelle à allouer pour le renouvellement des réseaux est estimée à environ 800 000 euros HT par an, hors extensions. Là encore, « la question de l’harmonisation du taux de la redevance d’assainissement devra impérativement être abordée ». Il faut donc se préparer à une hausse significative au niveau du porte-monnaie des habitants de l’Agglo.

L’Agglo version Boulier

A 57 ans, Patrick Boulier affiche une belle carrière dans l’Education nationale, en tant que professeur de lettres puis de responsable d’établissements dont, son « bébé », la nouvelle Emulation dieppoise qu’il a créée voici dix ans. Sa vie publique se résumait jusqu’à présent à un mandat d’adjoint au maire de Varengeville. Si pour certains « les mois d’avril sont difficiles », pour Patrick Boulier, ce cru 2008 sera celui de toutes les réussites : après être devenu premier magistrat de Varengeville il devient en effet président de l’Agglo et apprend sa nomination à la tête du lycée professionnel Jean-Rostand d’Offranville où a officié en son temps un certain Jean Dasnias dont il a croisé le chemin en 1973. Il se murmure également qu’il pourrait jouer à terme un rôle important d’interface entre la Région et l’Education nationale, « mais rien n’est fait » assure celui qui réfute toute velléité d’étiquetage politique.

« Je n’ai jamais été encarté, je refuse d’être catalogué dans une mouvance quelconque, et de voir dans son élection le fait justement qu’il puisse fédérer tous azimuts, être celui qui peut être porteur d’un large projet, hors de tout clivage ». Il estime que l’Agglo est « la structure de demain même s’il juge que les communes ont encore une réelle importance aux yeux des concitoyens ». Il peut en témoigner totalement depuis quelques semaines !

« Le développement durable, ça n’est pas seulement
planter des arbres, c’est s’interroger sur ce que peut nous amener l’Agglo, rester réaliste et maîtriser notre avenir »

Du territoire vierge, défriché depuis 2003, l’Agglo offre aujourd’hui une base à ses yeux solide pour construire l’avenir du bassin dieppois. Un avenir qui passe par le développement économique avec des pépinières, hôtels d’entreprises, l’Agenda 21… « Le développement durable c’est d’abord de faire en sorte que ceux qui le souhaitent puissent rester sur ce territoire. Il nous faut faire des choix fonciers et budgétaires, miser sur le port et sur le caractère maritime ».

Le premier chantier sera celui du développement économique, de l’emploi en pays dieppois, un chantier dont le maître d’œuvre sera Gill Géryl. « Il faut se donner les moyens de créer des entreprises, de soutenir les commerçants, de développer une vraie synergie pour inciter les gens à venir de l’extérieur. L’enjeu est considérable et il faut, tout en sauvegardant l’existant, développer les atouts ».

Une démarche qu’il souhaite voir mise en œuvre « dans le respect du patrimoine, du développement durable, à destination des générations futures. Il cite ainsi en exemple le sud de l’Angleterre, le Sussex notamment, où une véritable économie s’est développée, dynamique et forte, à équidistance de la capitale comme ce que nous connaissons avec Paris. Nous avons besoin d’imagination, de matière grise. La région a des atouts, en matière économique, touristique, etc. Le développement durable, ça n’est pas seulement planter des arbres, c’est s’interroger sur ce que peut nous amener l’Agglo, rester réaliste et maîtriser notre avenir ».

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