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Journal du 22 avril 2008
Un événement littéraire aux
éditions Le Livre d’histoire
Les antiquités et chroniques de la ville
de Dieppe ressortent en librairie
| Les éditions Le Livre d’histoire
proposent un véritable événement littéraire avec la parution de deux
ouvrages d’exception, une réédition en tirage limité et numéroté des
Antiquités et Chroniques de la ville de Dieppe, paru en 1874 sous la
plume de David Asseline. Deux tomes qui s’inscrivent dans une
collection de monographies des villes de France. Deux pavés de plus de 400 pages composent la réédition des Antiquités et Chroniques de la ville de Dieppe qui vient de sortir aux éditions Le Livre d’histoire dans une collection dirigée par M.-G. Micberth, Monographies des villes et villages de France. Un avertissement attend d’emblée le lecteur bibliophile qui serait tenté par ces deux ouvrages d’exception en tirage limité et numéroté : « prix justifié ». A 50 et 51 euros en effet, les deux livres ne sont pas à la portée de toutes les bourses mais l’éditeur tient à souligner le travail considérable qui a été requis pour pouvoir offrir aux lecteurs contemporains cette œuvre qui entreprend de retracer l’évolution de la cité d’Ango des origines à 1 588 (tome 1) et de 1588 à 1682. Travailleur infatigable et doté d’une exceptionnelle érudition, surnommé « l’Hérodote dieppois » par les éditeurs en 1874, David Asseline, à l’origine de cet ouvrage, serait né à Dieppe en 1619 mais certains écrits peuvent laisser penser toutefois qu’il aurait vu le jour à Longueil. Il a été baptisé en l’église Saint-Jacques à Dieppe et a été ordonné prêtre dans cette même église après avoir suivi l’enseignement des pères du collège de l’Oratoire de Dieppe qui accueillaient, dès les premières années de son établissement, jusqu’à quatre mille étudiants. David Asseline a fréquenté les historiens et les géographes dans les récits desquels il relève scrupuleusement tout ce qui peut se rattacher à la ville de Dieppe. C’est ainsi que la rédaction des Antiquitez et chroniques de la ville de Dieppe occupe la plus grande partie de sa vie. Il dédie son travail à la « divine providence » ainsi qu’à « la Sainte Vierge, mère de Dieu ». Son récit s’arrête à 1682, date probable du début ou de la fin de sa rédaction. Jusqu’à sa mort, il ne cessa de revoir son travail si cher à son cœur, modifiant certains passages ou apportant des annotations et divers ajouts relatifs à des faits dont il a été témoin. Pas de Brennus ni de Romains ni de cité de Limes David Asseline meurt en 1703 à Longueil où il s’était retiré. Si son œuvre ne cessa jamais d’être considérée comme capitale, la mémoire de l’auteur dut toutefois attendre un siècle et demi avant d’être saluée. Cet ouvrage, parmi tous les livres publiés sur l’histoire de Dieppe, tient une place tout à fait à part. C’est en fait la première monographie de la ville, rédigée au XVIIe siècle, qui relate chronologiquement les faits les plus importants depuis ses origines jusqu’à 1682. L’incendie qui ravagea la ville en 1694 renforce davantage l’intérêt de l’ouvrage et l’histoire du manuscrit lui-même et de ses pérégrinations ne manque pas d’intérêt (voir encadré). Le livre d’Asseline ne se contente pas de narrer les grandes dates ou petits détails de la vie de la cité mais il s’en éloigne aussi pour évoquer de nombreuses communes du pays de Caux. Au début du livre, David Asseline s’emploie à rectifier ce qu’il estime être les erreurs alors fréquemment commises sur le passé de la ville faute de connaissances et de discernement. Il réfute ainsi l’idée qu’un capitaine du nom de Brennus ait bâti la ville trois cents ans avant Jésus-Christ. De même il réfute tout autant l’hypothèse selon laquelle la ville daterait des premiers empereurs romains, fréquemment admise en raison de pièces romaines retrouvées. Il rejette enfin une autre idée reçue selon laquelle Dieppe aurait été construite sur les ruines de la « cité de Limes », un simple problème d’orthographe serait à l’origine de cette méprise. Quitte à rompre avec les présupposés, David Asseline balaie le fait qu’à ses débuts Dieppe était baptisée Julia Bona, que Charles Martel a fait un embarquement notable à Dieppe et que Charlemagne serait son fondateur. L’auteur ne se contente pas de contredire toutes ces hypothèses, il les étaye systématiquement de preuves et étudie en détail tous les historiens qu’il est amené à contester. Et au-delà même de la construction de Dieppe, il nous convie à l’établissement de la Normandie durant plusieurs siècles. Le lecteur découvre une quantité de personnages dont l’un des plus insolites est Isaac Caus, ingénieur du XVIIe siècle et inventeur d’une fontaine artificielle qui provoquait le chant d’oiseaux de la terre ! Pratique : Les Antiquités et Chroniques de la ville de Dieppe, 878 pages environ en deux tomes (50 et 51 euros). Tirages limités et numérotés, format 14 x 20 cm, aux éditions Le Livre d’histoire – Lorisse, place du Château, 02 250 Autremencourt. Tél. : 03 23 20 26 31 www.histo.com Un personnage emblématique Sûrs de la valeur de l’ouvrage et passionnés par ce projet dont la réalisation avait été tant attendue, les éditeurs ne manquaient pas de louanges pour en saluer la qualité unique : « Sans prétendre juger tous les manuscrits qui se cachent plus ou moins obscurément dans les armoires peu fouillées des bibliothèques municipales, nous n’hésitons pas à penser, et nous croyons même pouvoir avancer sans trop d’audace, qu’il en est peu qui vaillent notre manuscrit dieppois ». Grâce à son ouvrage, David Asseline est devenu un personnage emblématique et, avant son édition, sa mémoire a été honorée : en 1858, le conseil municipal de Dieppe décida de donner son nom à une rue de la ville et, en 1862, à la demande de l’abbé Cochet, une plaque commémorative fut encastrée dans le mur de la nef principale de l’église de Longueil. Les péripéties de deux manuscrits Le manuscrit original olographe qui servit à l’édition de 1874 entra à la bibliothèque de Dieppe vers 1830. Son dernier possesseur était M. Traullé, un antiquaire picard qui l’avait acquis après la mort de David Houard. En fait, il semblerait que plusieurs exemplaires, deux en tout cas, aient existé. Le premier a été déposé chez les pères jésuites de Dieppe avant de passer dans les mains de M. Foucault puis de M. Lepellé de Longchamps qui désirait à son tour écrire une histoire de la ville en 1730. Cet exemplaire aurait été égaré ou détruit. Le second exemplaire, celui que possède la bibliothèque de Dieppe, serait resté dans la famille de l’auteur puis aurait été remis aux pères minimes avant d’appartenir à Richard Simon puis David Houard, son arrière-neveu. Dès les premières années du XVIIIe siècle, le célèbre orientaliste dieppois, Richard Simon, avait projeté de publier la chronique de David Asseline. En fait, il voulait en faire un abrégé auquel il aurait ajouté la biographie de quelques personnalités marquantes de la ville afin d’être plus en phase avec une époque où seuls les faits importants et les grandes lignes de l’histoire paraissaient dignes d’intérêt. Le livre d’Asseline, a contrario, s’attache à décrire, à côté des grands événements de la vie de la cité, mille détails qui rendent son récit particulièrement vivant et qui lui donnent un charme tout particulier. En fait, deux autres projets d’édition n’ont pu voir le jour : l’un, faute de financement suffisant et l’autre, victime des désastres de 1870. Le livre fut enfin publié en 1874, les éditeurs ayant choisi d’ajouter quelques citations qui leur ont paru « propres à rendre plus attrayante la lecture de l’ouvrage en y jetant un peu de diversité ». |