
Archives
Journal du 25 mars 2008
Après la violente agression
d’un boucher-charcutier
rue Jean-Jaurès
La peur a gagné le paisible quartier de
Janval
| Deux hommes ont violemment agressé il y a
quelques jours un boucher-charcutier de Janval. Ils sont finalement
partis avec la recette du magasin et le commerçant s’en sort avec
quelques blessures, physiques et psychologiques. Si l’on en croit
les commerçants et des habitants, le quartier n’est plus si
tranquille que cela. En cette veille de gros week-end pascal, les fidèles clients de la boucherie-charcuterie de Corinne et Pascal Féron, avenue Jean-Jaurès, défilent dans le magasin pour les dernières emplettes. Entre tranches de pâté maison, paupiettes artisanales et rôtis préparés avec soin, sans oublier le traditionnel gigot, bien rare sont ceux qui ne sont pas au courant de ce qu’ont vécu les époux Féron quelques jours auparavant et tous s’enquièrent de savoir comment ils se remettent de cette mésaventure qui aurait pu très mal tourner. En effet, samedi 15 mars, vers 18 h 30, le couple de commerçants est tout occupé à servir sa clientèle lorsque Pascal Féron entend du bruit à l’étage, dans son logement. « Heureusement que j’ai l’oreille fine et que je connais bien les bruits de la maison…» « Et là j’ai entendu ma femme hurler, Il se précipite dans l’arrière-boutique, ouvre la porte de l’appartement et tombe nez-à-nez avec deux hommes qui descendaient l’escalier en prenant toutes leurs précautions pour ne pas attirer l’attention sur eux. « Je me suis retrouvé en face de ces deux hommes d’origine étrangère, tout s’est alors passé très vite. J’ai vu que l’un d’eux tentait de camoufler quelque chose sous son blouson. Pascal Féron referme rapidement la porte tandis que les deux individus cherchent à sortir du logement. Je tirais de l’autre côté mais à un moment il a bien fallu que je lâche…» Les deux hommes se sont alors jetés sur le boucher qui réussit quand même à esquiver le premier et qui retourne ça à son avantage. « Je n’ai pas réfléchi, je l’ai attrapé par la nuque et je l’ai balancé, il a tapé contre le mur ce qui m’a donné un peu de répit ». Mais le second cambrioleur lui saute alors dessus : « Il m’a attrapé violemment à la gorge en criant et hurlant. Des moments très effayants, concède le commerçant encore sous le choc. Il m’a lancé un paquet d’insultes, en français et pour le reste je pense que c’en était… J’ai quand même réussi à me dégager de son emprise en lui collant un bon coup sur le nez ». Mais, alors qu’il allait aviser de ce qu’il allait faire des deux hommes en attendant les forces de police, « j’ai soudainement entendu ma femme hurler dans le magasin. Le premier agresseur, estourbi un instant, s’est ressaisi et s’est dirigé vers le laboratoire où il est tombé sur l’épouse du boucher-charcutier. Là, j’ai laissé tomber, j’ai lâché le deuxième et je les ai laissés partir avec la totalité de la recette, je ne pouvais pas faire autrement et risquer la vie de mon épouse ». Physiquement, Pascal Féron s’en tire avec une belle entorse. Mais psychologiquement il accuse le coup. « Je peux vous dire que je vais faire ce qu’il faut pour sécuriser le magasin et le logement, en achetant un chien notamment !» Il n’ose imaginer ce qui aurait pu arriver si les deux hommes étaient tombés sur ses deux enfants de 11 et 13 ans qui jouent fréquemment à l’étage et qui, par chance, n’étaient pas présents cette fois-là. Une violence de plus en plus présente à Janval ? Le couple de commerçants garde depuis samedi une appréhension palpable, « franchement, c’est le genre de chose que l’on n’imagine pas vivre un jour… Et de remarquer que, depuis six mois au moins, le quartier pourtant paisible souffre d’une délinquance qui est, à ses yeux, clairement visible. Je peux vous dire qu’il y a des coins qui ne sont pas vraiment sains dans la soirée. Je vous déconseille de vous y promener. On peut même dire que c’est mal famé ». Il cite en exemple les rues Pierre-Dubois ou Louis-Fromager, « il y a de sacrés individus qui traînent… Avant, on voyait beaucoup plus de patrouilles de police, ça a un effet dissuasif de voir des képis. Comme on parle peu du quartier il y en a qui se sentent tranquilles et qui font leurs petites affaires…» Alors, cet épisode est-il un cas isolé dans ce quartier de Janval d’ordinaire plutôt paisible ? Apparemment pas du tout. A quelques encablures de là, la fleuriste, Fleur avenue, a connu un incident le jour de Noël. « Une bien drôle de surprise quand on arrive le matin. Mon rideau de fer a été défoncé mais c’est resté au stade de la tentative de vol ». Une autre fleuriste, chez Janval fleuri, reconnaît avoir été plusieurs fois victime « de diverses dégradations dont des jets de pierres dans les vitrines. Les derniers en date ont eu lieu avant la Saint-Valentin ». Mais le cas le plus grave qui, fort heureusement, a connu un heureux dénouement, a eu lieu chez la fleuriste de la rue Valentin-Feldmann, le Temps des roses. « C’était à la Toussaint, un jeune est entré dans le magasin et m’a menacée avec un couteau. Par chance, en discutant avec lui j’ai fini par le dissuader de passer à l’acte. Mais la commerçante admet toutefois que le quartier est quand même violent, il s’y passe parfois des choses bizarres en citant comme exemple l’une de ses clientes qui, sortant de chez elle, s’est fait agresser par une autre femme qui brandissait un gros couteau… Etrange quand même de se promener avec de tels accessoires !» Laurent Rebours « Au mois d’août, j’ai failli y rester ! » Gérante du Fritel grill, Odile Dubois se souvient encore très (trop) bien de cette journée du mois d’août dernier « où je me suis retrouvée violemment plaquée au sol par cinq filles et un garçon qui lui ont sauté dessus. Cela m’a valu plusieurs semaines d’un plâtre qui allait de la tête au bas du dos avec un traumatisme crânien et cervical sévère. Il s’en est fallu de très peu que l’une de mes vertèbres cervicales ne se brise et me laisse paralysée ou me tue…» Elle n’a dû son salut qu’à sa fille. Depuis, elle confesse que l’atmosphère du quartier est devenue franchement délétère, avec des appels réguliers au commissariat pour des faits de violence. « En quinze années de vie dans le Pas-de-Calais à proximité d’une cité chaude je n’ai jamais eu à appeler la police ! Tout simplement parce qu’il y avait une police de proximité qui jouait un rôle essentiel. Je vais saisir Sébastien Jumel sur cette question ». Deux blessés sérieux et un commerce dévasté En attendant, la dernière agression date de… jeudi soir. La devanture en porte encore les stigmates, « mais pour la vitrine éclatée, ça, c’était il y a trois semaines… Là, ce sont deux jeunes avec de gros chiens qui ont tout dévasté dans le magasin quand on leur a demandé de partir alors que cela faisait plus d’un quart d’heure que nous voulions fermer. Ils sont devenus extrêmement violents quand on a fait le « 17 » et ont blessé sérieusement mon fils à la main, au genou et à l’épaule. Ma fille a deux doigts abîmés. Quant au commerce, c’est un désastre ! Odile Dubois dit ne pas en revenir de la méchanceté qui se lisait dans leur regard ». En fait, visiblement, « pas mal de jeunes en veulent au quartier que l’abri de bus ait été supprimé par la Ville. Mais cela résulte d’une pétition des habitants ». Le parc serait également un point noir, « il faut voir tous ceux qui y cassent des bouteilles. C’est extrêmement dangereux pour les enfants, une petite fille s’est même ouvert la jambe. Nous avions demandé, en vain, à la mairie, de supprimer ce parc voire d’en enlever les haies pour qu’il n’y ait plus la possibilité d’y jeter les canettes. Parfois ce sont vingt à trente jeunes qui traînent. Je peux vous dire que beaucoup ont la trouille dans le quartier et s’enferment dès la nuit tombée ». D’ailleurs, même son commerce n’ouvre plus si tardivement désormais, au grand dam de tous ceux qui aimaient flâner. |