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Journal du 23 novembre 2007

La maman du lycéen de Neufmesnil sort de son silence
et ne veut pas en rester là
L’élève de première année aurait été frappé,
humilié et violé

Un élève aurait été le souffre-douleur de deux de ses congénères dans l’internat du lycée Jean-Rostand, à Offranville. Des faits qui, en octobre, avaient été minimisés par le proviseur, Gérard Pestrinaux, où il démentait tout viol ou agression sexuelle et évoquait « un bizutage bête et méchant ». Il disait aussi que « l’affaire est réglée ». La maman de la victime sort de son silence et porte l’affaire devant la justice.

« Ils ont violé mon fils ». Choquée, cette mère d’élève du lycée professionnel Jean-Rostand, à Neufmesnil, sur la commune d’Offranville, est sous antidépresseur et ses nuits paraissent bien longues depuis qu’elle a appris ce que son fils dit avoir subi dans une chambre de l’internat, durant plusieurs jours, fin septembre. Le jeune homme de 16 ans et demi aurait été le souffre-douleur de deux autres internes, sous le regard de deux autres élèves, impuissants, face à ces agissements. Il aurait été forcé de se mettre nu et de simuler des actes sexuels, il aurait aussi été attaché et aurait reçu des coups. Pire, les deux auteurs présumés, également mineurs, l’auraient violé avec une barre de fer de la penderie.

Au départ, quand il rentrait le week-end, le comportement du jeune lycéen a intrigué ses parents. « Mon mari et moi, on voyait bien que ça ne tournait pas rond, explique sa maman. À force de lui demander ce qu’il se passait, il nous a dit qu’il avait pris des claques et des coups dans la semaine mais rien de plus ». Petit à petit, l’enfant en dévoile un peu plus et ses parents, cette fois, décident de porter plainte à la gendarmerie de son chef-lieu de canton située à une petite centaine de kilomètres d’Offranville, pour agression sexuelle sous la menace d’une arme. À ce moment-là, la maman est bien loin de se douter de la gravité des faits. Mal, son fils ne fréquente pas l’établissement scolaire pendant une semaine. Sa mère lui prend un rendez-vous chez une psychologue pour dépasser son mal-être. Face à cette professionnelle, en confiance, le jeune se livre et dévoile qu’il aurait été victime d’actes plus barbares. Il aurait subi un viol. « C’est la psychologue qui m’a prévenue. L’affaire a pris une tout autre dimension. Je suis allée avec mon fils à la gendarmerie porter plainte une deuxième fois, le 12 octobre, cette fois pour viol ».

« Pourquoi ils m’ont fait ça ? »

Son lourd fardeau dévoilé à ses parents, le jeune homme a pu expliquer les circonstances de cette affaire.

Lorsqu’il apprend qu’il pourra intégrer le lycée Jean-Rostand, en septembre dernier, l’adolescent est particulièrement heureux. Après quelques années en SEGPA (Section d’enseignement général et professionnel adapté), il peut ainsi débuter une formation et faire ses premiers pas dans le milieu professionnel. « Le premier jour, explique-t-il, j’étais content qu’ils me choisissent pour partager leur chambre avec eux. Je ne les connaissais pas et ils étaient sympathiques. Je ne pensais pas qu’ils allaient me faire subir tout ça. Je ne comprends toujours pas pourquoi ils m’ont fait ça ». Avec pudeur, il a la maturité et la force suffisante pour raconter les faits. Il est suivi par une pédopsychiatre et suit une psychothérapie. « Ça me fait du bien, concède-t-il. Et je suis un traitement d’anxiolytiques ». Il reconnaît que son amour propre en a pris un coup suite à cette histoire d’humiliation et de viol. Et des deux agresseurs présumés, l’un serait imposant, dominateur, costaud, tout le contraire de la victime.

Quelles sanctions ?

Les parents de ce jeune homme auraient tenté de prendre rendez-vous avec le proviseur, Gérard Pestrinaux. « Nous l’avons eu tout simplement au téléphone. Il m’a juste dit qu’il allait changer mon fils de chambre et que ce n’était pas la peine de me déplacer. Je n’en reviens toujours pas » tempête la maman. Celle-ci a toutefois été reçue dans l’établissement mais par l’un de ses collaborateurs, selon elle. « Il paraît que les élèves mis en cause sont exclus de l’internat mais apparemment pas de l’établissement. Le proviseur ne voudrait pas engager de procédures disciplinaires ». En d’autres termes, ces deux violeurs présumés pourraient assister aux cours mais ne pourraient plus dormir sur place. Néanmoins, comme ils habiteraient eux aussi loin de l’établissement, ils n’assisteraient plus au cours. « Ma crainte, c’est que mon fils retrouve ceux qui lui ont fait du mal au lycée. Ce serait un comble ! »

Des mises sous scellés

Les Informations dieppoises, avait déjà évoqué ces faits de violences au lycée professionnel Jean-Rostand, dans son édition du vendredi 19 octobre dernier. Des bruits quant à un viol avaient même largement dépassé les frontières du petit hameau de Neufmesnil. Interrogés à la sortie du lycée, des élèves utilisaient un vocabulaire familier plus approprié à des agressions sexuelles ou un viol plutôt que de simples violences physiques entre élèves. Pourtant, Gérard Pestrinaux, proviseur, interrogé par téléphone à cette époque, avait évoqué un « bizutage bête et méchant » et affirmait que « l’affaire est réglée ». Des propos qui ont fait bondir la famille du jeune homme et qui l’ont poussée à témoigner dans nos colonnes, aujourd’hui.

Et lorsque nous avions parlé de viol au proviseur, il n’avait pas hésité à nous mettre en garde sur l’utilisation de ce terme. Hier après-midi, nous avons essayé de nouveau de joindre Gérard Pestrinaux. Ses collaboratrices nous ont invités à réitérer notre appel un autre jour malgré notre insistance.

Les parents de l’élève attendent de la justice de faire toute la lumière sur cette affaire. Ils ont confié le dossier à leur avocat rouennais. Le dossier devrait remonter auprès des autorités dieppoises et offranvillaises pour la poursuite de l’enquête. Les gendarmes d’Offranville auraient déjà procédé à une perquisition au sein de l’internat pour placer sous scellés la barre de la penderie. A moins d’une requalification des faits pendant l’enquête, les deux mineurs suspectés risquent de comparaître devant la cour d’assises des mineurs.

Aurélien Bénard

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