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Journal du 30 novembre 2007
Le tribunal correctionnel de
Dieppe s’est réservé
trois journées pour traiter ce dossier
Affaire Lalitte :
huit ans après, enfin des réponses ?
| S’il est un nom qui, dans les alcôves du
tribunal et dans l’histoire dieppoise est synonyme de dossier
pesant, c’est bien celui de Lalitte. L’ancien président de la CCID
doit comparaître lundi devant le tribunal correctionnel de Dieppe
aux côtés de quatre autres prévenus. Il est prévenu de prise
illégale d’intérêt et favoritisme. Prise illégale d’intérêt et favoritisme. Deux chefs de prévention qui reviennent en boucle dans ce dossier où cinq personnes anciens membres de la CCID ou proche de membres, doivent comparaître ce lundi, mardi et mercredi à l’occasion d’une audience d’exception. Tant par le volume du dossier – quoique expurgé de points touchés par la prescription – que par son impact sur la vie dieppoise. Pour comprendre, il faut remonter au 13 janvier 1986. Jean-Paul Lalitte arrive à la tête de la chambre de commerce et d’industrie de Dieppe. Il marche sur les traces de son père, Gaston. Et tout comme son père en son temps, l’homme affiche d’emblée une volonté de redorer le blason portuaire de la cité d’Ango. Son père avait lancé le port extérieur, lui va s’attacher à préserver le transmanche Dieppe – Newhaven mais également le port de commerce qui connaîtra une année record en 1998. Jean-Paul Lalitte se montre très vite boulimique de travail, de dossiers, de chantiers. Sous ses cinq mandats (même si le dernier reste inachevé en raison de sa démission en janvier 1999) – soit treize années de pouvoir – il s’attaque au port extérieur, à l’allongement de la jetée ouest, au transfert de la gare maritime, à la participation à l’aménagement du quai Henri-IV, à la naissance du port de plaisance Jehan-Ango, à la modernisation et relance du port de pêche, à la survie de la criée, au développement du transmanche, à l’élargissement de la passe du bassin du commerce, au développement de l’institut consulaire en formation continue, au lancement de l’opération Centre 2000 pour redynamiser le centre-ville (mais opposition à la naissance du Belvédère)… L’homme du port Un tempérament de battant, un caractère trempé et une propension aussi à le montrer, à jouer de sa position dominante, font qu’il s’attire assurément des inimitiés. Mais même ses opposants, parfois farouches, font part d’un respect pour l’homme et ses réalisations. En témoignent, en 1999, lors de son départ de la CCID, les propos du maire de l’époque, Christian Cuvilliez : « Nous avions l’habitude de travailler ensemble, nous recherchions le plus grand dénominateur commun à nos projets de ville pour qu’ils s’accompagnent au lieu de se contredire et nous avions une communauté de vue pour le développement du port ». Mais le premier magistrat de l’époque y allait aussi de ses coups de griffes : « Cela se traduisait aussi par des prises de bec… C’était surtout quand le chef d’entreprise reprenait le dessus, quand les raisons techniques lui faisaient oublier l’aspect social, humain. Et de dépeindre un libéral, avec ses défauts : il voulait profiter des deniers publics sans avoir à supporter l’autorité publique ». L’autorité publique justement, qui se manifeste en octobre 1999 sous la forme des services de police judiciaire de Rouen qui auditionnent et débutent une série de gardes à vue de membres de la CCID. On y dénombre le directeur technique, Philippe Offerlé ; le premier vice-président et président de la commission des marchés également président du tribunal de commerce d’Eu, Jean-Pierre Caron ; mais aussi Henri Follet, assureur et colistier de Jean-Paul Lalitte. Au total, une bonne douzaine de personnes sont ainsi entendues par les policiers. En fait la PJ de Rouen a mis son nez dans les comptes de la CCID depuis déjà une bonne année, faisant visiblement suite à un rapport de l’Inspection générale des Finances de juin 1998. Laxisme, investissements disproportionnés… Ce rapport de 180 pages évoque un « laxisme dans le suivi comptable et budgétaire mais également des investissements disproportionnés au regard des ressources financières de la CCID, le non-respect des contraintes réglementaires qu’impose la concession du port : le cahier des charges de la concession et le code des marchés publics et, des irrégularités manifestes et graves couvrant une confusion d’intérêts ». La chambre de commerce a les caisses vides mais Jean-Paul Lalitte défendait alors ses choix, « c’était ça ou la mort du port de commerce… Une CCI se doit de prendre des risques pour maintenir des emplois ». Et ces risques ont été pris mais l’IGF dénonce aussi des « erreurs » dans les passations de marchés, erreurs visiblement répétées. 113 jours de prison Avant même toute mise en examen, tout jugement, la rumeur enfle et parle de copinage, passe-droits, système… « Jean-Paul Lalitte est en pleine forme, décidé à se battre. Mais il est écœuré» Les propos de Me Lemiegre, avocat de Jean-Paul Lalitte, à l’occasion de l’incarcération de ce dernier en octobre 1999, traduisent l’incompréhension vécue alors devant cette décision justifiée pour empêcher toute pression sur des témoins ou sur des personnes pouvant être entendues ultérieurement. Jean-Paul Lalitte est alors mis en examen pour prise illégale d’intérêt et pour favoritisme. Dans la foulée, c’est le directeur technique, Philippe Offerlé, qui est mis en examen pour favoritisme. La nouvelle de l’incarcération de Jean-Paul Lalitte a suscité un véritable séisme dans le landerneau dieppois. Un comité de soutien voit le jour et quelques semaines plus tard 1 100 signatures ont été recueillies. « Tout le monde est choqué par la démesure entre les faits qui lui sont reprochés et son incarcération » s’insurge ainsi l’une de ses filles, Juliette, qui brandit au passage des lettres de soutien de Jean Dasnias, MM. Blin, Hue… Le comité de soutien défend la thèse de l’absence d’enrichissement personnel de Jean-Paul Lalitte : « En treize ans consacrés à défendre Dieppe et à travailler pour les autres le patrimoine de la famille Lalitte a, en francs constants, baissé de 4,17% » lâche Alain Lefebvre, co-président du comité de soutien. Et sur la toute-puissance d’un « système Lalitte », celui-ci affirmait alors que « son emploi du temps est parfaitement incompatible avec la thèse d’une omnipotence…» Juste de « l’hyperactivité » relève-t-il. En décembre, c’est le frère de Jean-Paul, Henri, qui est à son tour inquiété par la justice en sa qualité de P-DG de la SONOGAD, entreprise spécialisée dans la réparation portuaire et la chaudronnerie. Les enquêteurs soupçonnent la société d’avoir bénéficié de favoritisme sur de gros marchés. En février 2000, Jean-Paul Lalitte retrouve la liberté mais il reste sous contrôle judiciaire « jusqu’en septembre 2003 lance aujourd’hui son avocat Me Dominique Lemiegre, il a été interdit de territoire sur tout l’arrondissement dieppois, il n’a retrouvé sa maison qu’à cette date ». Un dossier énorme Le défenseur de l’ancien président de la CCID s’est totalement replongé dans le dossier – « une armoire complète et des dizaines de volumes, c’est énorme » – depuis plusieurs mois. Huit ans après les mises en examen, c’est tout Dieppe qui va se replonger dans cette affaire particulièrement pesante et dans laquelle beaucoup attendent une vérité, enfin. Huit années, peut-on parler de délai « raisonnable » conformément aux recommendations de la Cour européenne des droits de l’homme ? On peut légitimement en douter même si ce délai s’apprécie au regard de la complexité technique et du volume de l’affaire et qu’en l’espèce il n’y aurait rien d’anormal. Sur la détention, Me Lemiegre (qui à l’époque, s’était associé à son ami Me Henri Leclerc) avoue n’avoir « jamais vu en France de détention provisoire prononcée pour une telle infraction. Pour Jean-Paul Lalitte, se replonger dans ce dossier est psychologiquement très dur, cela renvoie à tout ce qu’il a subi ». Le défenseur réserve ses arguments pour sa plaidoirie et ne veux pas entrer dans les détails. De vieux « démons » risquent en tout cas d’être réveillés par cette audience hors du commun. De ces rancœurs enfouies exacerbées par la mise en branle de la justice, où l’on parle de « système », de « réseaux d’influence »… Quitte à tout mélanger. Au-delà des dossiers, techniques, pointus et des « erreurs » qu’ils auraient pu comporter, c’est aussi une façon de gérer qui va être décortiquée. Une façon d’une époque peut-être révolue où, résultats à la clé certes, on faisait avancer des dossiers au forceps sans peut-être s’embarrasser de pesanteurs administratives. Seule inconnue à ce jour : y aura-t-il des parties civiles ? Elles sont tenues, le cas échéant, de se signaler le jour de l’audience. Laurent Rebours Cinq prévenus Cinq prévenus doivent comparaître dès lundi devant la juridiction correctionnelle de Dieppe. • Jean-Paul Lalitte, ancien président de la CCID, est prévenu
d’atteinte à la liberté d’accès aux marchés publics et d’ingérence
d’une personne chargée de service public dans des affaires
administratives (prise illégale d’intérêt). Il sera défendu par • Philippe Offerlé, ancien directeur technique de la CCID, est prévenu d’atteinte à la liberté d’accès aux marchés publics. Il est défendu par Me Capitaine. • Jean-Pierre Caron, ex-premier vice-président et président de la commission des marchés également ancien président du tribunal de commerce d’Eu est prévenu d’atteinte à la liberté d’accès aux marchés publics. Il est défendu par Me Beuvin. • Henri Lalitte, frère de Jean-Paul, ancien directeur de la SONOGAD, est prévenu de recel de biens. Il est défendu par un avocat du barreau de Rouen. • Henri Follet, assureur, est prévenu d’atteinte à la liberté d’accès aux marchés publics. Il est défendu par un avocat du barreau de Paris. Retour en arrière
CCID
: la démission de Jean-Paul Lalitte
Evelyne Duhamel succède à Jean-Paul Lalitte
à la tête de la CCID
La police enquête sur la CCID
Lalitte en prison :
décidé à se battre
Affaire Lalitte : une seconde
mise en examen "Libérez Lalitte" (Infos du 29 octobre 1999)
Comité de soutien à Jean-Paul Lalitte
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PDG de la SONOGAD, Henri Lalitte en garde à vue Toujours aussi combatif : |