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Journal du 13 novembre 2007
Le grand-oncle de Maud Massuger
pionnier de l’aventure automobile
Une Dieppoise petite-nièce
de l’un des créateurs d’Hispano Suiza
| Aussi loin que remontent ses souvenirs
d’enfance, Maud Massuger se souvient comme si c’était hier de ce
prestigieux grand oncle qui lui rendait visite régulièrement à
Muchedent. Louis Massuger est l’un des fondateurs de la mythique
marque automobile Hispano Suiza. En ce 11 novembre, la conseillère municipale dieppoise, Maud Massuger, ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour son grand-oncle qui a marqué son enfance en rendant régulièrement visite à sa famille installée à Muchedent. « Il s’est distingué durant le premier conflit mondial alors qu’il était à la tête des usines françaises de la marque Hispano Suiza, évoque ainsi Maud Massuger. Les ouvrages de référence rapportent même que l’entreprise automobile spécialisée également dans les motorisations d’avions a été citée dans les discours officiels parmi les principaux artisans de la victoire. Près de 50 000 moteurs d’avions Hispano Suiza ont été construits pendant la guerre qui ont exigé près de 2000 tonnes d’émail noir ». Louis Massuger voit le jour en 1880. Pilote d’essai, il devient ingénieur puis directeur de cette marque devenue référence. A notre époque où le monde de l’automobile traverse une crise particulièrement grave, on a du mal à imaginer ce que pouvaient représenter ces pionniers de l’aventure, prêts à prendre tous les risques pour tester leurs bébés et tenter de dépasser leurs propres limites. Le Grand Prix de Dieppe rate l’expérimentation du « turbo » Louis Massuger évoque ainsi dans un texte daté de 1912 : « La Hispano voulut prendre part au Grand Prix de Dieppe et prépara des voitures dont le moteur portait un dispositif absolument nouveau : il était accouplé à un compresseur qui, par l’intermédiaire d’un distributeur, lui faisait admettre des gaz sous pression. La puissance obtenue avec ce dispositif sur des moteurs de trois litres de cylindrée fut considérable, mais la mise au point fut assez laborieuse et les voitures ne furent pas prêtes pour la course. Cependant, la suralimentation ou admission sous pression qui devait tenter tant de chercheurs pour les moteurs d’aviation ou de course, était expérimentée pour la première fois sérieusement ». La carrière de Louis Massuger est ainsi jalonnée de mille expérimentations qui, à terme, ont révolutionné ou fait évoluer considérablement le monde de l’automobile. Un monde qui se développe en même temps que celui de l’aviation. Pendant la Première Guerre mondiale, Louis Massuger est ainsi nommé « chef du service des champs », c’est-à-dire qu’il visitait les escadrilles pour surveiller le comportement de ses moteurs en opération. Au passage, il en profitait pour inviter les as les plus en vue à passer à Bois-Colombes où l’usine mettait à leur disposition une Alphonse XIII, une voiture prestigieuse. Et le sens du marketing se traduisait par une photo de ces romantiques héros au volant de ces véhicules de rêve dans les grands magazines de l’époque… Le Point d’interrogation Il en fut ainsi du capitaine Guynemer qui fréquenta assidûment les usines hexagonales pour surveiller la réalisation des moteurs de ses avions. En novembre 1917, peu après sa mort, Louis Massuger obtient du conseil municipal qu’il rebaptise à son nom la rue de l’usine. La marque affectionne les symboles et la connotation héroïque qui sied aux pilotes de l’époque. Le directeur de l’usine insistera ainsi pour que les restes du soldat inconnu soient transportés jusqu’à l’Arc de Triomphe le 11-novembre 1921 par un châssis… Hispano Suiza. L’empreinte de Guynemer fut telle que Louis Massuger récupéra la célèbre cigogne qu’il avait comme emblème pour en faire celui de la marque automobile. Une cigogne qui a ensuite servi de symbole à une célèbre escadrille. L’apothéose arrive le 1er septembre 1930 lorsque le duo Dieudonné Costes et Maurice Bellonte décident de donner la réplique à Charles Lindbergh en lui contestant sa suprématie sur la traversée de l’Atlantique. Ce sera sur le mythique Point d’interrogation. « Je me souviens de mon oncle qui nous racontait que ce nom mystérieux venait du fait que ces deux pilotes ne savaient pas vraiment où l’aventure allait les mener ni s’ils allaient y arriver… Mon oncle est resté toute la nuit à côté de « son » avion à le veiller ! » Louis Massuger est décédé au début des années soixante-dix. Sa petite nièce se souvient de ses arrivées à Muchedent, « l’événement de l’année, ni plus ni moins ! On voyait débarquer un vieux monsieur très élégant dans de superbes voitures. C’est simple de toute façon, à la maison nous ne parlions que moteurs et voitures. Il était très proche de mon père car il l’a quasiment considéré comme son propre fils. Il y avait un énorme décalage générationnel et il était d’une grande rigueur mais nous n’aurions manqué sa venue pour rien au monde ». Laurent Rebours |