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Journal du 23 novembre 2007
Les surveillants de
Dieppe-Newhaven dénoncent
un engrenage inquiétant
Sécurité du transmanche :
« Un jour il y aura un mort ! »
| La récente condamnation de deux
surveillants du site du transmanche pour faits de violence envers
des clandestins provoque un sentiment d’impuissance chez les
responsables de la société SMP qui assure la sécurité. Ils dénoncent
un engrenage inquiétant et n’hésitent pas à dire qu’un jour on
n’évitera pas le drame. En 1984, la Société moderne de protection, filiale du Groupe 3 F, installée dans le parc du Talou, a vu le jour dans la cité aux quatre ports. Elle assure la sécurité et le gardiennage du site du transmanche depuis cinq ans environ « avec une dizaine de personnes qui y sont affectées à temps plein » relate le directeur général, Patrick Farin. Une dizaine de personnes de surveillance au total mais trois au maximum lorsque les navires sont à quai et pour surveiller les opérations d’embarquement et de débarquement. Patrick Farin se dit toutefois « très inquiet » de la manière dont évolue aujourd’hui la situation sur le site, il parle même d’une situation qui est, à ses yeux, « totalement explosive et devenue imprévisible », suivi d’ailleurs totalement sur ce sujet par Alain Heuzé, directeur d’exploitation, qui estime « qu’un jour, si rien n’est fait, il y aura un mort ! » La récente condamnation à des peines d’amende de deux de leurs collègues a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Ils ne reviennent nullement sur la condamnation et admettent volontiers que les surveillants doivent être exemplaires mais ils ne cachent pas leur incompréhension. « C’est simple, nous sommes pieds et poings liés devant une situation d’urgence et très critique avec un effet cocotte-minute ! » Il y a encore quelques mois, les surveillants étaient certes confrontés à la question des clandestins « mais nous étions plus dans une sorte de jeu de chat et de la souris… Ils se laissaient reconduire dehors, il n’y avait pas de violence ». Une alerte aux pouvoirs publics Le retrait de la police de l’air et des frontières a été le catalyseur à leurs yeux, la fermeture de Sangate assurément un élément déterminant également. « Maintenant, ce n’est plus cinq ou six clandestins mais plus d’une dizaine, ultra déterminés, prêts à aller jusqu’au bout… Louis-Dreyfus a réduit ses coûts et le Syndicat mixte a suivi, ce qui fait que nous sommes moins nombreux ». Moins nombreux pour faire face aux clandestins qui escaladent « aisément les clôtures pourtant renforcées, en s’y mettant à plusieurs ; ils se font la courte échelle, se hissent et sautent en s’accrochant aux potences. Comme il y a peu d’espace entre les barbelés et la grille, c’est très facile ! » Moins nombreux également pour calmer les chauffeurs routiers plus qu’échauffés de découvrir les bâches ou sangles de leurs attelages découpées. « Certains chauffeurs sont responsables pécuniairement de leur remorque, autant dire qu’ils sont furieux lorsqu’ils s’aperçoivent qu’elle est détériorée ! » Sans parler des risques de forte amende si les forces de police les interceptent transportant des clandestins. Intervenant pour aider un clandestin à échapper à la vindicte des chauffeurs, les gardiens essuient alors le courroux des chauffeurs ! Une situation totalement ingérable. « L’un de nos gardiens a été agressé par un clandestin le 9 novembre dernier car il avait muselé son chien qui n’a donc pas pu le protéger, évoque Patrick Farin qui juge la situation totalement paradoxale. Nous voilà en train d’exercer une mission sans avoir les prérogatives de la police ni les moyens de l’exercer convenablement. Autant dire que nous sommes sur la corde raide en permanence ». Et Patrick Farin, aux côtés de Johann Svrcek, responsable de l’agence dieppoise, de raconter un quotidien devenu intenable « avec un caillassage du haut de la falaise, des provocations permanentes, des chauffeurs excédés, des clandestins qui s’estiment protégés… Ce sont de pauvres gens qui doivent avoir aussi des droits, bien évidemment, mais la pression est désormais énorme sur nos équipes qui doivent aussi assurer leur propre protection tout en assurant celle des clandestins. Nous avons par exemple sauvé un clandestin qui était tombé dans l’eau glacée ou bien d’autres, l’année dernière, enfermés dans une remorque métallique en plein soleil ». A tel point que la consigne donnée est désormais de « laisser faire » si cela dégénère trop. « Nos gars peuvent utiliser leur droit de retrait »… Quant aux responsables de l’entreprise de surveillance, c’est de leur droit d’alerte qu’ils usent aujourd’hui en adressant un courrier au préfet, au Syndicat mixte, à Louis Dreyfus Lines et à l’inspection du Travail. Laurent Rebours |