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Journal du 28 décembre 2007
L’usine d’incinération des
ordures ménagères de Dieppe
existe depuis 1972
Déchets ménagers :
l’usine de Dieppe bonne à jeter ?
| L’usine d’incinération des ordures
ménagères de Dieppe affiche ses trente-cinq années d’existence. Si
l’on en croit le maire de Dieppe, bon nombre la verraient bien
disparaître mais, mises aux normes aidant, elle répond aujourd’hui à
toutes les exigences de la DRIRE. Et Edouard Leveau envisage
d’utiliser la vapeur produite pour chauffer des serres. Quelque 14 000 m2 de terrains, en friche, jouxtent l’usine d’incinération de la ville de Dieppe. Autant d’espaces inexploités que le maire, Edouard Leveau, envisage de reconvertir en serres. Les serres municipales tout d’abord, installées à Janval près du cimetière et qui occupent 1 600 m2. Et puis, pourraient s’y adjoindre des serres privées, « je trouve en effet idiot de perdre toute cette énergie produite alors que la vapeur peut être aisément utilisée pour chauffer les serres. Chauffer des habitations collectives n’est pas réalisable car les premiers immeubles sont à environ 600 mètres ». Opération à tiroir, le déménagement de Janval offrirait de la place à la fois pour l’agrandissement du cimetière et pour développer l’habitat. « On ne plaît pas à tout le monde ! » lâche Edouard Leveau à propos de son usine (voir ci-dessous) pour laquelle il a lancé deux gros programmes d’investissements de 4,5 Me (traitement des fumées) et 3,75 Me (mise aux normes des fours). « Ce qui est incroyable c’est de voir que seules Dieppe et quelques communes l’utilisent alors que c’est toute l’agglo qui devrait s’y trouver ». L’UIOM comprend deux grands fours qui, en 1998, auraient dû incinérer « la plupart des déchets du département. On se préparait à recevoir 45 000 tonnes d’ordures comme prévu dans le plan départemental, évoque Jean-Yves Guillerm, chef d’usine. Ce plan départemental a finalement changé et Dieppe n’a pas récupéré les déchets mais a juste été mise aux normes ». D’une capacité totale de 30 000 tonnes, l’UIOM traite aujourd’hui 20 000 tonnes provenant de Dieppe, Hautot, Varengeville et Sainte-Marguerite. Dix-huit personnes travaillent sur le site en trois-huit. Collecte avec pesée embarquée Les deux fours font disparaître les déchets à une température de 850° et à raison de 2,5 tonnes par heure. Les cendres en résultant, le mâchefer, sont ensuite réutilisées pour la réalisation de revêtements routiers. Les fumées passent dans une série de filtres avant de finir dans un réacteur où elles subissent un traitement chimique semi humide. Une partie seulement ressort par la cheminée où les contrôles sont draconiens. D’ici 2020, l’UIOM sera obsolète, c’est certain. Alors la Ville se penche déjà sur l’avenir en étudiant notamment « la collecte avec pesée embarquée qui sera globale pour chaque commune. Container par container, le pesage est extrêmement long… nous avons 12 000 containers sur Dieppe, souligne la directrice des services techniques, Martine Marsault. L’effort doit aussi être fait sur le tri sélectif et les déchets verts ». L’avenir du site est un véritable enjeu environnemental mais également économique pour la région dieppoise. La priorité départementale semblant donnée à l’enfouissement. Laurent Rebours « L’incinérateur de
Dieppe est ignoré Dans un document daté du 15 décembre dernier, la Ville de Dieppe livre ses réflexions concernant l’actuel débat départemental sur la refonte du Plan départemental d’élimination des ordures ménagères et assimilés. Des réflexions teintées de craintes : « Le débat actuel ignore les dispositions de fonctionnement immédiat, notamment pour ce qui est de la place de l’incinérateur dieppois dans le futur plan départemental ». Et la Ville d’estimer nécessaire « de repositionner l’incinérateur, élément structurant, dans le cadre d’une répartition géographique harmonieuse des moyens dont dispose la Seine-Maritime en faisant respecter les dispositions des textes en la matière qui tendent vers la réduction voulue et obligatoire des transports, aussi bien en distance qu’en tonnage ». Des chiffres « vérifiables » Le rapport dieppois présente des chiffres qui se veulent différents de ceux de la commission départementale : « Ils sont issus du terrain, concrets et aisément vérifiables… » La Ville se défend d’une quelconque polémique mais estime qu'il s’agit là « d’une simple question de légalité ». L’usine d’incinération des ordures ménagères (UIOM) de Dieppe sera atteinte par l’obsolescence d’ici 2020. D’où la nécessité d’envisager son avenir. Le rapport dieppois s’interroge en premier lieu sur une « double anomalie : l’usine a longtemps été négligée si ce n’est oubliée et là elle est devenue le point de focalisation du travail préparatoire de refonte du plan départemental ! Un état des lieux, selon le rapport, en totale contradiction avec la charte de l’environnement adossée à la Constitution et à la parfaite mise aux normes attestée par les ingénieurs de la DRIRE… » La situation est même jugée inepte par les rapporteurs de la Ville : « On préfère semble-t-il, porter sur des distances considérables des déchets vers des lieux d’enfouissement plutôt que d’aller, au plus près, vers l’incinérateur aux normes ! » Une mise aux normes d’un coût considérable « que la Ville a consentie seule alors que dans la plupart des Départements les conseils généraux ont aidé à la mise aux normes des usines. La Seine-Maritime a fait exception et continue à le faire malgré les demandes réitérées de la ville de Dieppe ». Le rapport dénonce une fausse affirmation « selon laquelle l’usine ne serait plus aux normes en 2008. C’est évidemment faux ! Une nouvelle norme européenne s’appliquera en 2008 mais l’incinérateur dieppois répond déjà aux normes exigées… » Que va-t-il se passer après 2020 ? Le rapport place donc l’incinérateur de Dieppe comme un véritable élément structurant du schéma départemental qui a vocation à servir tout le nord-est du département. A l’échéance de 2020, la Ville reconnaît aisément la nécessité d’envisager la reconversion du site mais refuse de se lancer dans des investissements énormes, « aussi improbables qu’irresponsables qui résulteraient du remplacement des deux fours et de la mise en place d’une valorisation énergétique, chiffrés à environ 33,7 Me ! Une hypothèse qui ne sera jamais, aussi bien techniquement, qu’économiquement mise en œuvre car elle ne peut être retenue… Dans ce cas, comment le cabinet « Service public 2000 » (N.D.L.R. : Qui a participé à l’élaboration du schéma départemental) a-t-il pu la retenir ? » s’étonne la Ville qui parle « d’hypothèse fumeuse pour aller vers un choix vers lequel on semble vouloir emmener les élus ». Alors, la Ville se penche sur l’éventualité d’un transfert des déchets dieppois vers d’autres sites (Rouen, Fresnoy-Folny…). Là encore les chiffrages ne sont pas jugés réalistes (transport, coût en personnel supplémentaire, déconstruction du site…). Alors le rapport dieppois aborde une troisième voie laissée de côté : la reconstruction d’un incinérateur, « hypothèse qui apparaît pourtant évidente ; or, apparemment, il a été préféré de mettre en avant la solution du bricolage astucieusement rebaptisée « reformulation de l’usine existante ». S’appuyant sur l’exemple de Pithiviers, un tel montage se chiffrerait à 50 Me. La Ville estime par conséquent que la vraie question qui se pose à ce jour au conseil général est celle de l’organisation, « dans le respect des textes en vigueur, de l’élimination des déchets produits par les ménages seinomarins et non pas comment faire fonctionner les équipements qui existent en Seine-Maritime ». Une usine « priorité nationale » Ingénieur des Mines et responsable de la division environnement industriel à la DRIRE (Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement), Arnaud Tomasi parle de l’usine dieppoise comme d’un établissement « important qui fait partie des installations dites classées et qui est répertorié dans les priorités nationales. Un classement justifié par le fait que les usines d’incinération peuvent en effet avoir un impact considérable sur l’environnement ». C’est la raison pour laquelle l’usine de Dieppe fait partie des installations sous haute surveillance : « Elles ont été revampées, c’est-à-dire remises aux normes, il y a quelques années. La conception doit répondre à des critères extrêmement précis et les rejets, gazeux notamment, sont très surveillés ». L’usine a réalisé les investissements requis qui lui permettent aujourd’hui d’être « dans les clous » (environ 8 Me tout compris). Ce qui n’empêche pas la surveillance très pointue de la DRIRE, « qui se traduit par un grand contrôle annuel, très approfondi, plusieurs contrôles des rejets, au moins quatre par an, ainsi que des visites inopinées ». Des visites qui ont d’une part pour objet de vérifier la conformité des rejets dans l’atmosphère, de s’assurer d’autre part de l’efficacité du dispositif d’auto-surveillance. Le récent Grenelle de l’environnement a posé la question de l’avenir du traitement des déchets mais rien n’a été tranché pour ou contre les usines d’incinération. Pas davantage concernant les sites d’enfouissement, mais il est évident que l’on ne pourra pas enfouir indéfiniment, « les meilleurs déchets sont encore ceux que l’on ne produit pas » souligne Arnaud Tomasi qui évoque ainsi le combat qui doit être mené pour lutter au maximum contre la production de déchets inutiles et en faveur du recyclage. |