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Journal du 27 novembre 2007

Les grandes surfaces et magasins spécialisés dieppois
confrontés à ce fléau
Le vol à l’étalage est en plein boom

Les vols à l’étalage empoisonnent la vie des commerçants en centre-ville et des grandes surfaces en périphérie et les plaintes ne se comptent plus. Alcool, rasoirs, produits de luxe… c’est toute une panoplie de produits qui incitent aux larcins. Ces derniers, entre les mains de la justice, sont assurés d’être sanctionnés. Enquête.

Le vol à l’étalage est en hausse pour la première fois depuis cinq ans, sur le plan national. Les magasins dieppois n’échappent pas au phénomène des larcins qui coûtent plus de 4,5 milliards d’euros par an et cela pèse sur les prix, comme en témoigne une enquête réalisée sur la période de juin 2006 à juin 2007.

Les chiffres sont éloquents comme l’avance le procureur de la République : Auchan, l’hypermarché incontournable à Dieppe, a déposé 158 plaintes dans le courant de l’année 2006 et, au vendredi 16 novembre, le compteur était déjà à 155 ! On peut imaginer qu’à l’approche des fêtes de fin d’années, les chiffres pourraient bien encore croître. Quelle est la situation sur Dieppe ? Quels sont les produits les plus volés ? Et quel est le profil type de l’auteur d’un larcin ? Une enquête qui réserve son lot de surprises.

Whisky, pastis et champagne

Sur le ressort du tribunal de grande instance de Dieppe, c’est l’alcool qui est au top des vols à l’étalage, d’après Jean-Daniel Régnauld, procureur de la République. Une constatation également faite par la direction du supermarché Shopi en centre-ville : « Le whisky et le pastis sont les alcools qu’on nous vole le plus souvent. On nous vole tous les jours et on ne surprend pas les auteurs. Ils sont malins et arrivent à contourner nos systèmes de sécurité ».

Effectivement, whisky, spiritueux et champagne sont particulièrement plébiscités. Mais les vins mousseux très bas de gamme - alcool paraît-il le plus vendu à Dieppe - n’y échappent pas non plus.

Outre les alcools, les rasoirs et lames de rasoirs sont aussi plébiscités. « Ce sont des produits chers faciles à dérober et qui se revendent bien sur le marché parallèle, affirme Jacky Hennebil, directeur de l’hypermarché E. Leclerc. Ce dernier a déposé sept plaintes en 2007 pour vol à l’étalage contre dix en 2006 et dix-neuf en 2005. « Nos vigiles ne fouillent pas les personnes mais nous avons un système de vidéo-surveillance et nos produits sont pigés, explique Jacky Hennebil. Quand une personne est prise la main dans le sac, nous l’interceptons. Soit elle paie les produits qu’elle a tenté de voler, soit nous appelons la police».

Les objets les plus prisés en général sont ceux à la mode, de marques connues, petits et chers. Les produits cosmétiques, par exemple, sont en première ligne et le vol à l’étalage est bien plus qu’un fléau.

« Nous ne prenons plus de risques »

« C’est pénible, nous sommes constamment à l’hôtel de police pour porter plainte. C’est une perte de temps, confie Sandrine Morel, directrice de la parfumerie Douglas, Grande-Rue. Un vigile est là tous les jours. Ça représente 1 400 heures par an ». La vigilance de l’agent et des vendeuses permet de réduire les vols : des personnes arrivent à retirer les antivols sur les parfums et sortent ainsi du magasin sans faire sonner l’alarme. « Parfois aussi des personnes sortent avec un parfum, l’alarme sonne et ils prennent la fuite en courant. On remarque également que les auteurs de larcins sont de plus en plus agressifs. Nous ne prenons plus de risques » poursuit la directrice de la parfumerie.

Un papy volant un pot de crème à 35 centimes…

Il n’y a pas de profil type de voleur : « Il y a des gens qui viennent dans le magasin, on les connaît car on les a déjà pris en train de voler. Et puis il y en a d’autres qui vous étonneraient, sourit Sandrine Morel. J’ai même déjà vu une personne qui sortait du commissariat parce qu’elle avait volé ici revenir une heure après, sans aucun scrupule ». A l’hypermarché E. Leclerc, à Martin-Eglise, c’était à une époque des bandes organisées avec des pays d’Europe de l’Est qui venaient faire une razzia sur les lames de rasoirs et bouteilles d’alcool. Et puis il y a ceux qui volent pour voler où toutes les couches de la société sont représentées : « Ce que les gens volent ne correspond pas forcément à un besoin. Souvent, ils ne sont d’ailleurs pas dans la misère et pourraient régler l’article sans problème. Ce sont des gens qui ont une profession et une belle apparence, raconte Jacky Hennebil. J’ai déjà eu affaire à un papy respectable qui essayait de voler un pot de crème fraîche d’une valeur de 0,35 e ».

Aucun des magasins dieppois contactés n’a chiffré ses pertes. Mais, outre les clients qui sont les premiers chapardeurs, il existe aussi des employés indélicats voire des fournisseurs qui figurent aussi au palmarès des larcins. Cette recrudescence du vol à l’étalage est probablement la conséquence de deux phénomènes : il y a de moins en moins de personnel dans les boutiques et en rayon d’une part ; et tous les produits, y compris les plus petits, sont en libre accès d’autre part. Certes, mais tout est question de principe et d’éducation.

Aurélien Bénard

Les kleptomanes sont rares

Le vol à l’étalage touche toutes les catégories socioprofessionnelles. Les témoignages des commerçants en attestent et citent le vieux dicton : l’habit ne fait pas le moine. Ce sont parfois les produits les plus imposants qui disparaissent sans même que le commerçant s’en rende compte. « Une fois, un monsieur est venu me voir au magasin avec plein d’outillage qui avait été volé par sa femme ! Il était âgé et gêné. Il venait rendre aux commerçants ce que sa femme avait volé ici ou là. Quand j’ai vu ce qu’elle m’avait pris, je n’en revenais pas. Je me suis même demandé comment elle avait pu sortir tout ça du magasin. Je crois que je n’aurais jamais soupçonné cette dame d’être une voleuse ». Maladif ? Jean-Daniel Régnauld, procureur de la République, estime que les vrais kleptomanes sont rares. Au même titre dorénavant que ceux qui volent par nécessité, car les associations caritatives viennent en aide sur le plan alimentaire et vestimentaire aux plus démunis. Selon le magistrat dieppois, il existe différents types de voleurs : « Il y a les personnes bien structurées autour du vol qui en font une habitude, un jeu, dit-il. On a les gens tentés, par des petits objets par exemple. Et puis les occasions qui font le larron ».

A. B.

Une réponse pénale plus ferme
pour éviter la récidive

Le pire, c’est le sentiment d’impunité », lance le procureur de la République de Dieppe. Il y a trois ans, à son arrivée au tribunal de la cité d’Ango, il avait voulu marquer fermement sa volonté de réduire le nombre de vols à l’étalage dans les magasins de son ressort. Pour cela, chaque plainte pour une affaire de ce type est suivie d’une procédure à l’encontre du voleur. Auparavant, c’était un simple rappel à la loi qui était ordonné. « En 2005, j’ai voulu donner une réponse pénale effective », raconte-t-il. Ainsi, le voleur pris la main dans le sac se voyait condamné à une amende et à une interdiction de fréquenter le magasin où il avait volé pendant une durée plus ou moins longue (selon le montant du vol), durée pouvant aller jusqu’à six mois.

Cette action du Ministère public avait alors permis de réduire le nombre de vols commis par des bandes. Les étrangers surpris avec des objets volés passaient en comparution immédiate. « On s’est rendu compte qu’en donnant une réponse ferme, la communauté (bulgare, polonaise…) disparaissait. Le bouche-à-oreille fait qu’ils connaissent les endroits à risque ».

Le procureur envisage de reprendre contact avec les responsables de magasins pour donner un nouveau coup d’arrêt à ces vols dont le nombre semble en progression.

Et il précise que si un voleur (comme cet homme qui, il y a quelques jours, a dérobé un sac de grande marque dans une boutique dieppoise) risque jusqu’à trois ans de prison et 45 000 e d’amende, la personne qui détient l’objet (qui le lui a acheté pour 5 e dans la rue) risque de son côté jusqu’à cinq ans de prison et 37 500 e d’amende…

V. W.

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