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Journal du 20 novembre 2007
Eliane
Séron est la première Dieppoise
à décrocher son certificat de navigation
Le sixième homme à bord est une
femme !

| Après deux mois de formation, Eliane
Séron vient de décrocher son sésame pour naviguer. Avec ce
certificat elle va pouvoir accompagner son mari, patron de pêche, et
s’associer aux cinq autres hommes à bord. Un vrai défi doublé d’une
envie d’inviter d’autres femmes à suivre son parcours. Avec ce certificat je vais pouvoir embarquer sur des bateaux de pêche, de plaisance ou de commerce, cela fait un bout de temps que cela me trottait dans la tête ! » Eliane Séron a réussi son pari : décrocher son certificat d’initiation nautique. Pour cette Dieppoise, maman de trois enfants « et grand-mère de quatre petits-enfants », reprendre ainsi les bancs des cours a été, à 46 ans, un réel défi. « En fait, j’ai fait ma demande d’inscription en avril de cette année. A la base nous avions prévu de revendre notre bateau, La Cigogne, dans l’idée de racheter un plus petit pour naviguer à trois ». Cartes, bouées, matelotage, ramendage… La Cigogne est le seul coquillard-chalutier immatriculé au Havre basé à Dieppe. Le patron de pêche, c’est son mari et depuis vingt-trois ans les époux sont à leur compte. « Je m’occupe du bateau mais aussi de la vente, de la préparation de la navigation… sans jamais embarquer ! » Une frustration en quelque sorte de rester ainsi à terre. « La vente du bateau ne s’est pas faite mais j’ai poursuivi ma formation. J’ai appris les règles de barre en mer, le ramendage (la préparation des filets), le matelotage, les règles de sécurité… et puis les cartes ». Une dernière discipline dans laquelle elle s’est illustrée plutôt avec brio même si elle minimise sa prestation. Son mari, en revanche, juge ses résultats « impressionnants, elle a assuré mais franchement elle avait bien bûché ses cours… C’est une bonne élève, y’a pas ! » Le certificat, Eliane Séron l’a obtenu aux côtés de treize autres candidats… pas d’autre candidate. Elle s’est ensuite dépêchée de s’inscrire au rôle des Affaires Maritimes qui a validé son diplôme et l’administrateur n’a pas manqué de saluer sa prestation. « En fait je suis la seule femme à Dieppe. Il y a quelques années il y en a bien eu quelques autres mais qui étaient issues des écoles de mousses ». Sa formation a porté sur des épreuves pratiques et théoriques, « avec des enveloppes scellées pour l’examen. Nous avons été formés par Dominique Patrix, un ancien patron de pêche qui prépare les gens au brevet… Je peux vous dire que je n’ai pas pris ça à la légère ». A tel point qu’elle ne compte pas en rester là, « je tenterai le brevet Capitaine 200 en janvier 2009 ! » Eliane n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il y a quelques années elle avait déjà décroché tous ses permis poids lourds. Une manière de prouver que les femmes aussi peuvent faire des métiers plutôt typiquement masculins. A quand un équipage entièrement féminin ? Les enfants, un garçon et deux filles, volent désormais de leurs propres ailes avec brio alors pourquoi n’aurait-elle pas pris le large avec son époux ? Et puis, les difficultés de la profession aidant, leur souhait est de naviguer à l’avenir sur un bateau de plus petite taille engendrant moins de frais. « Sur sept mois en mer un matelot gagne certes, en règle générale, davantage qu’un ouvrier en mer si tout se passe bien. Mais si on rapporte ça sur toute l’année ça n’est plus du tout le cas alors qu’un marin avec les horaires qu’il fait, la pénibilité, la dangerosité… devrait gagner deux à trois fois ce que gagne un ouvrier à terre » évoque Jean-Louis Séron, patron de La Cigogne. Sur les mesures récemment obtenues du gouvernement, il dit attendre de voir réellement quelque chose, « car pour l’heure rien n’est fait, nous n’avons vu aucun papier. Le souci est que les informations ne redescendent pas aux pêcheurs ». Pour l’embarquement, Eliane va devoir attendre encore un peu, « le bateau est en panne ! » Quant à la vie à bord, elle ne l’appréhende pas plus que ça. Déjà elle connaît bien le milieu, les hommes de mer, « mais bon, je vais quand même leur dire que, lorsqu’ils feront pipi, ils n’oublient pas qu’il y a une femme à bord! » En tant que femme du patron, c’est sûr qu’il y aura une question de respect, « mais pour le boulot je serai à la même enseigne, pas de favoritisme, surtout pas! » Bon, un privilège tout de même : partager la cabine du patron ! Eliane espère que son expérience va servir à d’autres femmes, « et, peut-être qu’un jour nous verrons un bateau entièrement composé de femmes ? » Pour son anniversaire fin octobre, elle a eu comme cadeau son gréement du matelot : vareuse, ciré, pantalon… Maintenant, place à l’appel du large ! Laurent Rebours Le lycée maritime se décentralise Le lycée maritime Anita-Conti de Fécamp dispense les formations qui permettent d’obtenir le fameux certificat de navigation. La volonté de l’établissement est de « décentraliser un maximum les formations sur le terrain comme c’est le cas déjà à Dieppe où nous nous installons à la Maison des associations » évoque la directrice de l’établissement, Eliane Maheut. « C’est dans notre politique de déplacer des formateurs plutôt que de faire venir les étudiants et nous allons poursuivre dans cette voie ajoute la directrice, forte des bons résultats engrangés par cette méthode, qui signale au passage qu’elle est actuellement en pourparlers avec Le Tréport pour y créer une « antenne », le temps des formations ». Sur le parcours d’Eliane Séron, elle se dit admirative : « Nous avons déjà vu passer des filles mais elles se trouvaient quasiment toutes sur Le Havre et se destinaient à la plaisance. A ma connaissance, c’est une première dans l’univers de la pêche ». Constat confirmé par Sylvie Guéroult, secrétaire et mémoire de l’établissement depuis vingt ans : « C’est effectivement du jamais vu. Nous avons eu une jeune femme sur Fécamp qui a passé son brevet de mécanicien 150 kW et nous en avons une autre cette année mais c’est autre chose… Là, dans le cas de madame Séron, franchement on peut lui dire chapeau, il fallait le faire ! » |