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Journal du 25 décembre 2007
Une opération sans précédent va
être menée de janvier à mars
sur le bassin dieppois
Portage de la méningite :
5 000 jeunes vont être examinés
| Attendue depuis des mois, voire des
années, l’étude de portage va débuter en janvier. 5 000 jeunes de 1
à 25 ans du bassin dieppois sont invités à se faire dépister de
manière à tenter d’établir un faisceau d’indices permettant de
répondre enfin à la question : pourquoi la méningite frappe-t-elle
ainsi Dieppe ? Que dire du bassin dieppois qui, à lui seul, depuis le début des années 2000, cumule un nombre tel d’infections invasives à méningocoques (méningites ou septicémies) que l’on parle d’hyperendémie. Après quelques premières alertes dans les années 2000 et 2001, c’est véritablement en 2003 que le pic a été atteint et que le Pr. François Caron, infectiologue au CHU de Rouen, a commencé à pleinement se pencher sur la question. « En 2006 nous avons débuté les travaux pour mettre au point une étude de portage pour répondre enfin à cette question qui taraude tout le monde : pourquoi Dieppe ? Ce qui est sûr c’est que le phénomène dieppois s’est désormais étendu au nord-ouest du département mais aussi dans le Pas-de-Calais. C’est ce que j’ai baptisé « l’effet Manche »…» La grande particularité de Dieppe et de son bassin, alors même que des foyers sérieux ont déjà été détectés par le passé dans d’autres départements, est qu’ici on cumule à la fois l’hyperendémie, la durée et la présence d’une souche très spécifique, la trop fameuse « B14 ; P1,7-16 ». Le méningocoque est une bactérie que l’on peut porter dans la gorge. Le plus souvent il s’agit d’un portage « sain » qui n’entraîne donc aucun symptôme et qui permet même au sujet de s’immuniser lui-même en développant ses propres défenses vis-à-vis de ces bactéries, « le portage ne se transforme que rarement en maladie très grave ». Dans le cas précis de cette souche B14, « on ignore si le portage est fréquent dans la population et notamment chez les jeunes qui sont le plus souvent touchés par la maladie. On ignore aussi quels sont les facteurs liés au mode de vie qui favorisent ce portage » explique ainsi le Pr. Caron. 5 000 tests sur Pour pouvoir répondre à ces questions qui restent depuis si longtemps en suspens, une étude de portage exceptionnelle et de très grande ampleur va être menée du 7 janvier au 29 mars. « C’est vraiment une très grosse entreprise qui va donc nous amener à analyser 5 000 personnes environ » et le professeur de saluer immédiatement l’effort collectif « considérable » qui a eu lieu en amont avec le CHU de Rouen, le CH de Dieppe, la DDASS, la cellule d’épidémiologie, l’Institut de veille sanitaire ou encore l’Institut Pasteur. Pour mener à bien cette entreprise sur le « phénomène dieppois », la logistique est considérable avec de nombreux personnels mobilisés, des systèmes de navettes pour le transport des jeunes, des véhicules pour assurer le transport quotidien des prélèvements à Rouen… « On envoie plus de courriers que les 5 000 personnes attendues, le bassin de population concerné sur les cantons de Dieppe-Est et Ouest ainsi que Longueville, Offranville, Bacqueville et Envermeu représente quelque 27 000 personnes ». Le personnel médical se prépare à envoyer quotidiennement environ une centaine de prélèvements, une centaine de milieux de culture qui vont subir des analyses poussées. « Quand on identifiera un méningocoque potentiellement pathogène on proposera aux personnes un traitement mais il n’y aura aucun traitement de l’entourage du porteur, on ne peut pas traiter ainsi à l’essai avec des antibiotiques, il y a toujours un risque ». Une logistique très lourde et inédite Un risque également en lançant un traitement antibiotique total, une chimioprophylaxie, pour l’ensemble d’une population comme l’évoque J.-L. Brière, directeur de la DDASS, « il y a ensuite davantage de résistance à de futurs traitements. C’est pour cela que nous n’utilisons cette méthode choc que lors d’épisodes très ciblés ». Une telle étude de portage n’est pas une première « car en Norvège, qui a subi une épidémie voici vingt ans, un tel procédé a déjà été utilisé. Des études de portages se font aussi pour d’autres germes, moins sensibles, moins virulents évoque le Pr. Caron qui reconnaît toutefois qu’à l’échelle hexagonale l’étude dieppoise représente quand même une très lourde logistique, inédite ». Comme il faut ensemencer rapidement les milieux, les personnes sont ainsi invitées à se déplacer au centre hospitalier, « sinon nous aurions installé des postes en détaché dans les cantons ». Le Pr Caron et ses collègues tiennent à insister sur la finalité de l’étude qui est de répondre enfin à la question : Pourquoi Dieppe ? Et il ne s’agit surtout pas « de ne pas pister ceux qui portent le germe ! » Invitée, Micheline Hornung, présidente de l’association Méningite Régis 76 qui œuvre depuis longtemps en faveur d’un meilleur accompagnement des familles notamment, a profité de l’occasion pour demander si les déplacements seraient remboursés : « Il y a des aides du conseil général pour les scolaires et des certificats de présence mais sinon il n’y a pas de remboursement prévu » lui a répondu le Pr Caron. La présidente de l’association n’a pas manqué de saluer le lancement de cette opération pour laquelle elle se bat depuis deux ans et demi. « L’étude c’est la recherche des causes, la vaccination c’est la guérison ». Laurent Rebours L’étude, en pratique • L’étude se fera du 7 janvier au 29 mars. • Les rendez-vous sont organisés par tranche d’âge. • L’étude est proposée aux jeunes de 1 à 25 ans, vaccinés par le MenBVac® ou non. • Pour les mineurs il faut l’accord d’au moins un des deux parents. • Les personnes qui vont participer à l’étude seront reçues sur rendez-vous à l’hôpital de Dieppe pour répondre à un questionnaire assez approfondi portant sur le mode de vie et l’état de santé de la personne. Ensuite le médecin procédera à un prélèvement de gorge par un écouvillon (sorte de grand coton-tige). • Les personnes pour lesquelles un méningocoque sera identifié (après plusieurs jours d’analyse) seront averties personnellement et il leur sera proposé un deuxième écouvillonnage afin d’analyser si le portage est bref et a déjà disparu. On leur proposera de même un traitement antibiotique mais uniquement sur la base du volontariat. • Pour faciliter l’étude il est prévu : – un parking réservé à l’hôpital de Dieppe pour les personnes qui se déplacent en voiture. – un transport par bus depuis les établissements scolaires pour les adolescents ayant reçu l’accord de leurs parents. – une attestation de présence à destination de l’école ou bien de l’employeur pour toutes les personnes se déplaçant (les participants à l’étude et leurs accompagnateurs). – des créneaux de consultation larges, y compris en fin d’après-midi, le mercredi et le samedi matin. • A noter, un numéro d’appel gratuit est mis à la disposition des personnes pour prendre rendez-vous et pour toute information supplémentaire ou bien pour informer du souhait de ne pas participer : 0 800 77 79 98 |