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Journal du 11 novembre 2007

Torpillé par un sous-marin allemand le 21 novembre 1917
Il y a 90 ans Le Maine coulait
avec ses 25 marins dieppois

Ils sont devenus de véritables héros dieppois « morts pour la France » et ont été décorés à titre posthume de la médaille militaire et de la croix de guerre avec étoile de bronze. Vingt-cinq marins dieppois ont disparu après que leur bateau, le Maine, a été torpillé par un sous-marin allemand le 21 novembre 1917. L’épave vient tout juste d’être retrouvée et les plongeurs souhaitent rendre hommage aux marins pour le quatre-vingt-dixième anniversaire de leur disparition, le 21 novembre.

Ils savaient ce qu’ils risquaient en transportant quotidiennement des tonnes de munitions et des médicaments entre Newhaven et Dieppe pour les soldats du front. Pourtant, tous étaient engagés volontaires, même le petit matelot de 14 ans.

Alors le 21 novembre 1917, quand le Maine a explosé, torpillé par un sous-marin allemand, emportant les vingt-cinq membres d’équipage dieppois (un survivant), quatre soldats français et les six Anglais à bord, tous sont devenus des héros à Dieppe mais aussi pour la France entière. Ils ont ainsi reçu, à titre posthume, la médaille militaire, la croix de guerre et, pour les officiers la croix de chevalier de la Légion d’honneur.

Pourtant, Dieppe ne porte pas le souvenir de ces hommes. Des ex-voto ont été installés à l’église de Bonsecours par les familles et l’équipage est disséminé sur les monuments aux Morts de Dieppe, Neuville ou Pourville selon leur lieu de naissance ou de résidence. A Agde, où a vécu le capitaine Mallet, une rue porte son nom.

A Newhaven, pourtant, un monument a été érigé en leur mémoire, pour ne pas oublier ces héros tombés sous le feu ennemi.

Il y a quelques mois, les plongeurs qui recherchaient l’épave depuis plusieurs années, l’ont enfin retrouvée. Une découverte qui sonne un peu comme un symbole en cette année 2007 : dans quelques semaines, le 21 novembre 1917, il y aura exactement quatre-vingt-dix ans que le Maine a coulé, en deux minutes.

Sistership de l’Anjou et du Bordeaux, le vapeur Maine a été construit en 1910 et était régulièrement amarré sur le quai Henri-IV. Propriété des Chemins de fer français et loué pendant la guerre à l’amirauté anglaise avec, à bord, un équipage dieppois dont tous les membres se sont portés volontaires, le Maine assurait chaque jour la liaison entre Dieppe et Newhaven d’où il ramenait des médicaments et des munitions.

Munitions, médicaments et couvertures

Ce 21 novembre 1917, comme tous les jours depuis un an, il transportait soixante-dix tonnes de médicaments destinés au front de la Somme et cinq cents tonnes de munitions ainsi que des couvertures.

A 17 heures, en quittant Newhaven accompagné de son bateau escorteur, un chalutier anglais armé, le Snew, le Maine a rejoint Beachy-Head par la route côtière avant de prendre le cap S30E jusqu’au sud de l’Ailly.

A 21 heures, le capitaine met en panne pour installer les pare-mines et reprend sa route une demi-heure plus tard.

Face à l’Ailly, le Maine attendra les premières lueurs du jour pour rejoindre le port de Dieppe. La nuit bien claire inspire quelques craintes au capitaine qui fait éteindre tous les feux du bateau pour rester inaperçu.

Une précaution inutile : il y a déjà quatre heures que le sous-marin UB 56, enseigne de vaisseau Hans Valentiner l’a repéré. Et à bord, les militaires allemands savent que la victoire de l’empereur ne peut avoir lieu que si les Allemands bloquent l’approvisionnement du front allié.

Un seul survivant

La torpille s’est encastrée dans le bateau, provoquant une première explosion à 22 h 20, juste avant une seconde : l’explosion des cinq cents tonnes de munitions a littéralement pulvérisé l’arrière du bateau. Une flamme est montée jusqu’à trente mètres dans la nuit et la détonation a été entendue jusqu’à Dunkerque à 150 km de là. Le Maine a coulé en deux minutes.

Sitôt son funeste travail accompli, l’UB 56 a rejoint Calais pour rendre son rapport. Ironie du sort, un mois après, il coulait dans le même secteur, touché par une mine anglaise.

Il n’y eut qu’un seul survivant, Yves Lesné : le maître d’équipage avait déjà échappé à deux naufrages à bord de l’Auvergne et du Sussex. Conscient des dangers que représentait la cargaison du Maine, il allait chaque soir se coucher en portant son gilet de sauvetage.

Lorsqu’il a entendu la première explosion et vu un flash, il n’a pas eu une seule hésitation : il est immédiatement sorti sur le pont. Dans son rapport deux jours après, il racontera avoir été particulièrement surpris par le silence qui a suivi la première explosion, aucun cri de ses camarades ou ordres de son capitaine. Alors qu’il s’apprête à sauter à l’eau, les munitions explosent, l’assourdissant et l’aspirant vers le fond. C’est son gilet de sauvetage qui le remontera à la surface avant qu’il ne soit récupéré par le bateau escorteur.

Débarqué en Angleterre, le survivant a repris le bateau jusqu’à Boulogne puis le train jusqu’à Dieppe pour faire un rapport précis. Retrouvé, le texte permet, quatre-vingt-dix ans après, de connaître les circonstances exactes de ce qui s’est passé ce 21 novembre 1917 à bord du Maine.

Sandra Beaufils

Ils tentent de mobiliser les bonnes volontés
Les plongeurs veulent rendre un dernier hommage

Pas facile de mobiliser les bonnes volontés pour rendre hommage à ces héros dieppois. Pourtant, l’année est particulière. Recherchée depuis plusieurs années, l’épave vient d’être retrouvée et le 21 novembre, il y aura tout juste quatre-vingt-dix ans que le bateau a sombré.

« C’est la dernière fois que nous pourrons faire quelque chose de marquant » indique René Tamarelle, un des plongeurs qui ont retrouvé l’épave.

Avec tout un groupe d’amis plongeurs, il souhaite rendre un dernier hommage à ces héros dieppois. Il imagine une petite cérémonie en mer, juste au-dessus de l’épave, au cours de laquelle les familles de l’équipage pourraient déposer quelques gerbes. Les Corsaires d’Ango, le groupe de plongeurs qui a retrouvé l’épave, compte également faire une dernière plongée sur l’épave, si le temps le permet.

Tous souhaitent aussi conserver le souvenir de ces hommes à terre : « Il faudrait une plaque commémorative installée sur le quai Henri-IV, là où le Maine était amarré, ou peut-être au terminal transmanche puisque le bateau assurait la liaison Dieppe-Newhaven, pour réunir les noms de l’ensemble de l’équipage en un même lieu ».

Et pourquoi ne pas demander au ferry qui assure aujourd’hui la liaison de s’arrêter quelques minutes au niveau de l’épave pour déposer une gerbe comme l’avait fait le Rouen en 1920.

Enfin, la ville de Newhaven pourrait être associée à cet hommage.

Reste à mobiliser les bonnes volontés, associations d’anciens combattants, passionnés du patrimoine, municipalité pour que ce 21 novembre 2007 ne passe pas inaperçu : « Nous avons recherché l’épave pendant des mois avant de la trouver. Ces hommes étaient de véritables héros et ils sont tombés dans l’oubli. En ce quatre-vingt-dixième anniversaire, les Dieppois doivent leur rendre hommage » assure René Tamarelle.

Les descendants du capitaine émus par la découverte de l’épave
« Mon grand-père, ce héros »

Toutes les générations de la famille Mallet ont entendu parler du grand-père mort en mer, torpillé par un sous-marin allemand pendant la Première Guerre mondiale. Si les jeunes se rendent moins compte de l’héroïsme de ce capitaine qui risquait sa vie à chaque traversée avec l’ensemble de son équipage, les anciens en ont davantage conscience.

Pourtant, l’histoire reste celle de la guerre. Personne n’en veut vraiment aux Allemands. Une arrière-petite fille, Hélène Cantala, a d’ailleurs choisi d’enseigner cette langue dans un établissement rouennais. Et le petit-fils du capitaine Jean-Mathieu Mallet, Jacques Mallet, a fait de nombreuses recherches sur le sujet, allant jusqu’à retrouver la famille du militaire allemand qui a torpillé le Maine : « Si tout le monde est d’accord, je vais demander à ce que la famille Valentiner soit présente lors de l’hommage rendu le 21 novembre » indique Jacques Mallet.

Il faut dire que les années ont passé et que la triste histoire familiale de ce drame s’est transformée en légende.

Plusieurs positions pour une épave
Cinq ans de recherche
pour les Corsaires d’Ango

Pour retrouver l’épave du Maine, les Corsaires d’Ango, un groupe d’amis, ont plongé sur tous les points portant ce nom et indiqués sur les cartes. Sans jamais tomber sur la bonne épave.

Alors les plongeurs ont fait leurs calculs : « Je sais qu’à l’époque, les capitaines savaient tenir un cap. J’ai pris l’heure au départ de Newhaven, la vitesse du Maine, son parcours et l’heure signalée de son naufrage. J’ai ainsi déterminé une zone de naufrage » raconte René Tamarelle.

Le plongeur compare ensuite avec les cartes que les pécheurs ont bien voulu lui confier: « Ils répertorient tous les endroits où ils crochent leur filet. Ce peut être une roche ou une épave ».

Et à nouveau, il plonge avec ses amis sur chacun des points. Une nouvelle fois sans succès.

C’est un passage au fonds ancien de la médiathèque Jean-Renoir et une heureuse rencontre qui lui donneront la solution : « En faisant de nouvelles recherches sur le Maine, j’ai rencontré Mme Guého qui travaillait au fonds ancien. Nous avons discuté et elle m’a fait rencontrer son époux, Francis Guého qui justement se penchait sur ces questions pour un livre. Et il m’a sorti une vieille carte de pêcheur que je ne connaissais pas ».

Immédiatement, le regard du passionné accroche sur un point qui n’a pas été exploré. Rapidement, il réunit son équipe et organise la plongée. Après cinq ans de recherche, les Corsaires d’Ango ont enfin reconnu le Maine, ou ce qu’il en reste.

La torpille fichée au niveau de la machine arrière et l’explosion des cinq cents tonnes de munition ont pulvérisé la moitié du bâtiment. Mais tout correspond, permettant l’identification du Maine : les dimensions, les deux moteurs, le chargement (des munitions poinçonnées de 1917 et de la quinine dans le stock de médicaments).

Puis un nouvel indice est venu confirmer cette identification : lors d’une énième plongée sur le Maine, quelques mois après l’identification formelle du bateau, Dominique Mazier, l’un des plongeurs, a découvert un fanal, ces grosses lanternes servant à signaler les bateaux. Si habituellement ce matériel porte les mots tribord ou babord selon leurs emplacements, les fanaux du Maine portaient le nom du bateau.

Aujourd’hui, l’épave située au large au niveau du phare d’Ailly est une sépulture où reposent tous les corps des membres d’équipage. C’est donc avec beaucoup de respect que les plongeurs se rendent sur place. Et en leur mémoire qu’ils souhaitent qu’un hommage leur soit rendu le 21 novembre.

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