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Journal du 4 décembre 2007

Première matinée d’audience lundi
Affaire Lalitte : un état des lieux
en guise de premier acte

Cinq hommes, encadrés de leurs avocats, font leur entrée au tribunal pour la première des trois journées qui seront consacrées au procès Lalitte. D’emblée, on sent chez certains des protagonistes, une véritable envie d’en « découdre ».

Il est 9 heures, lundi matin. Dans la salle des Pas perdus du palais de justice de Dieppe, cinq hommes se présentent encadrés par leurs avocats et soutenus par de nombreux membres de leur famille. Cinq hommes en costume - cravate, cinq hommes au cœur d’un dossier financier, « l’affaire Lalitte » qui depuis dix ans fait « causer » dans le microcosme économique dieppois. Devant le tribunal, l’un d’eux est particulièrement mis en avant : Jean-Paul Lalitte, défendu par Me Lemiègre. Il est poursuivi pour neuf infractions en 1997 : six délits de favoritisme pour les marchés relatifs au transport des grues figées, la remise en état électrique des grues du quai du Maroc, l’extension du hangar d’Afrique, la modernisation de la forme de radoub et la construction d’une mezzanine dans le hangar d’Afrique. Il est également poursuivi pour prise illégale d’intérêts dans les deux marchés concernant ce hangar.

A ses côtés, d’autres élus de la CCI de l’époque : Jean-Pierre Caron, qui était alors président de la commission des marchés publics, suspecté de favoritisme dans quatre dossiers. Henri Follet, vice-président, secrétaire de la CCI est de son côté poursuivi pour non-respect des règles des marchés public. Tout comme Philippe Offerlé qui était quant à lui directeur des services techniques de la chambre de commerce de Dieppe. Dernier cas qui sera également examiné dans cette affaire par le tribunal de Dieppe, celui d’Henri Lalitte, frère de Jean-Paul Lalitte pour recel des bénéfices d’un contrat passé avec la CCI alors qu’il était dirigeant de la Sonogad.

Trois jours de débats sont donc prévus pour examiner ce volumineux dossier. A ce point volumineux, baptisé de « magma textuel », que les avocats de la défense ont soulevé plusieurs points de nullité qui seront étudiés en même temps que le fond par les juges. La première matinée a permis au président du tribunal de dresser le « décor » de cette affaire. Jean-Paul Lalitte a dans un premier temps fait un état des lieux de la situation économique de Dieppe dans les années 80-90. Une situation difficile, avec un taux de chômage record, des entreprises en perte de vitesse tant autour du port que dans les terres. Et en parallèle, un groupe d’entrepreneurs, comme lui alors directeur de la société Léon Vincent, bien décidés à aider la région dieppoise à sortir la tête de l’eau.

250 MF d’endettement

Ils s’investissent alors dans la CCI, qui tient les rênes du port. Une vague d’investissements pour le remettre à flot s’ensuit dans les années 90. Jusqu’à ce que cela attire l’attention et fasse pointer le nez de l’inspection générale des finances. Les inspecteurs financiers déposent « des conclusions sévères et inquiétantes », souligne le président du tribunal. Ils décrivent une situation «d’irresponsabilité financière », d’irrégularités couvrant des confusions d’intérêts. Ils pointaient notamment « une situation d’endettement chronique, de 250 millions de francs soit 15 fois sa capacité d’autofinancement ». C’est ce dossier, transmis au parquet du tribunal de Dieppe, qui a lancé l’enquête et débouché sur ces cinq mises en examen.

Dès l’évocation de cet endettement, Jean-Paul Lalitte souhaite se défendre. Selon lui, sur les 520 millions de francs investis, 300 millions l’ont été pour des travaux d’infrastructures sur le patrimoine de l’Etat avec son accord. L’Etat qui aurait, selon lui, une part de responsabilité.

Dans un second temps, la présidente du tribunal a souhaité mettre à plat le processus de décision. Qui avait le pouvoir de décision au sein de la CCI ? Les témoignages de plusieurs membres du personnel ou d’élus de la CCI concordent : Jean-Paul Lalitte apparaît comme le capitaine du navire. « Un véritable remorqueur », « un véritable leader. Personne n’a jamais contesté ses options ou ses choix », « Un tribun, la confiance des autres membres lui était généralement accordée ».

C’est également la manière dont fonctionnait la commission d’appels d’offres que s’est fait expliquer la juge. Une commission au sein de laquelle on parle beaucoup « de confiance » entre les différents membres et où Jean-Paul Lalitte ne siégeait pas. Ce qui a fait dire à son avocat que « la personne responsable du marché, est la commission du marché et non pas le président de la CCI ».

A l’heure où nous mettions sous presse, le tribunal devait se pencher sur chaque fait reproché aux cinq prévenus.

Véronique Weber

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