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Journal du 11 décembre 2007
L’Association pour la défense
de l’environnement
tire la sonnette d’alarme
Inondations : scénario catastrophe
sur Arques-la-Bataille
| Plans, photos et étude à l’appui,
l’Association pour la défense de l’environnement
d’Arques-la-Bataille lance aujourd’hui un cri d’alarme au sujet des
inondations. Elle montre du doigt notamment deux étangs qui, à ses
yeux, représentent un réel danger en cas de rupture d’une digue
fragilisée. Une vraie problématique sur Arques mais personne ne
semble près à payer. Le temps de cette matinée de décembre, bien gris, vire à l’orage. Il tombe des cordes. Une situation tout à fait habituelle en plein hiver. Sauf que les membres de l’Association pour la défense de l’environnement d’Arques se disent particulièrement inquiets des conséquences possibles de ces précipitations continues sur un sol gorgé d’eau, aux abords de deux étangs en amont du site Regma. Comme un visuel vaut mieux que de longs discours, c’est chaussés de bottes qu’ils partent inspecter les lieux. Le premier étang qui les inquiète est une retenue d’eau, réserve de pêche, uniquement alimentée par les eaux de pluie et de ruissellement. Le second se trouve légèrement en contrebas du premier, c’est celui dit des « Grandes Ballastières » qui, lui, est alimenté par la Béthune mais également par une canalisation venant du premier étang. « Ensuite, en aval de ces deux étangs, nous avons l’ancien site industriel Regma qui accueille aujourd’hui des entreprises et puis ensuite… c’est nous ! Jean-Louis Thierry, membre de l’association, aux côtés de Nicole Soudé, la vice-présidente, et de Guy Poulain, le président, avouent leurs craintes mêlées d’impuissance face à une situation qui risque d’être dramatique si jamais il devait y avoir rupture de la digue qui n’est pas en bon état. Nous avons alerté les responsables, les élus… mais sans succès ». C’est cette absence de réaction générale qui vient de les décider à adresser une lettre ouverte au gestionnaire du premier étang, en l’occurrence l’Association de pêche et de protection du milieu aquatique de Dieppe, qui s’appuie notamment sur un précédent courrier du 27 avril resté sans réponse et sur les conclusions de la société Hydratec – mandatée par les Syndicats des bassins versants de la Varenne et de la Béthune – rendues en décembre 2005. La société Hydratec, concernant les plans d’eau en amont de Regma, estime en effet qu’une « érosion régressive, liée au passage d’eau provenant de la Béthune et du plan d’eau en amont, met en péril la digue séparant les deux plans d’eau situés en amont immédiat du site Regma. Une rupture de la digue créerait une vidange rapide du premier plan d’eau APP vers la seconde Grande Ballastière avec un apport d’eau conséquent sur la Béthune et le quartier Henri-IV. La différence de niveau de 70 cm maintenue de façon artificielle (planches, tôles) fragilise la structure de la digue car elle crée un gradient hydraulique dans le corps de la digue ». Ayant eu connaissance de ces conclusions il y a deux ans, les membres de l’association avaient alors aussitôt alerté le maire de Saint-Aubin-le-Cauf (où se trouve le premier étang), le maire d’Arques (implantation des Grandes Ballastières), le propriétaire du premier étang qui a renvoyé vers son gestionnaire (l’APPMA de Dieppe), ou encore le syndicat de la Béthune, la police de l’eau. « Mais franchement nous avons eu l’impression d’une patate chaude. On nous renvoie les uns vers les autres et rien n’est fait, les travaux préconisés par la société Hydratec ne semblent pas pouvoir être mis en œuvre actuellement mais en attendant il y a un geste tout simple qui pourrait être fait… » 30 000 m3 pourraient se déverser Ce geste : « uniquement baisser de 70 cm le niveau du premier bassin, ça n’est pas grand-chose et ce serait suffisant pour sécuriser un peu le site » ajoute Jean-Louis Thierry. Les membres de l’association, plus qu’échaudés par des inondations à répétition dans le passé, imaginent déjà le pire : « On pourrait se retrouver avec une vague de 1,20 m de hauteur qui dévalerait sur le site Regma puis ensuite sur le Moulin d’Archelles, le quartier Henri-IV, la rue Verdier-Monetti mais aussi la voie privée du Pont jaune… sans parler du hameau de la Varenne ou des digues de l’étang de voile eux aussi présentés comme des points noirs ! Il y va de la sécurité des biens et des familles ! » L’association rappelle au passage qu’historiquement Arques fut le port de Dieppe, « c’est donc un lieu où il y avait suffisamment d’eau pour accueillir des bateaux. De l’eau qui arrive des résurgences et de la Béthune notamment. A chaque fois qu’il y a des crues, on paie, en règle générale vingt-quatre heures après Saint-Saëns ou Neufchâtel ». Dans le cas présent, elle estime le volume global des deux étangs à 42 000 m3 « mais nous l’avons réduit à 30 000 m3 pour être à peu près exact ». L’Association pour la défense de l’environnement d’Arques a d’ailleurs vu le jour en 1995, sa création ayant été motivée par… des inondations. L’ADEA a du reste deux autres gros dossiers dans ses cartons sur le même sujet. Elle tiendra son assemblée générale le 18 décembre prochain à la mairie d’Arques-la-Bataille à 20 heures et y convie toutes les personnes qui souhaitent apporter leur éclaircissement sur cette situation problématique. La semaine dernière, une réunion technique s’est tenue « en présence des services de l’Etat et des financeurs potentiels comme le confirme Jean-Marie Bastard, adjoint au chef de service de la police de l’eau à Rouen. C’est un dossier que nous connaissons bien et que nous suivons évidemment de près mais il reste toujours la question du financement. En tant que service de l’Etat et de police de l’eau nous veillons tout particulièrement à la sécurité ». Quant à Jacques Lefebvre, président de l’APP de Dieppe, il fait part de son incompréhension, « car je vois ressurgir une requête qui a déjà été formulée de longue date et à laquelle nous avons déjà répondu favorablement il y a trois ans en baissant le niveau de l’étang de 40 cm environ. L’association s’attaque à nous alors que c’est nous qui avons alerté les pouvoirs publics sur les risques existant… c’est un comble ! Pour le président des pêcheurs, baisser à nouveau le niveau de l’étang est de la folie, ça ne rime à rien. Surtout que, dans les inondations, l’étang n’est absolument pas en cause, ce sont les débordements de la Béthune». Et de poser le problème à l’envers : « Imaginons que nous baissions le niveau de l’étang, il n’y a plus de menace et les travaux ne seront jamais faits ! Il faut trouver des financeurs, c’est tout ». Un dossier qui soucie en tout cas Guy Sénécal. Le maire d’Arques dit en effet suivre ce sujet de longue date avec son ingénieur du bassin versant de l’Arques, « nous avons même lancé une démarche auprès du ministère de l’Ecologie et du Développement durable ». Laurent Rebours Trois gros points noirs : qui paie ? Le Syndicat des bassins versants de la Béthune, basé à Neufchâtel, est très au fait des questions des retenues d’eau sur Arques et Saint-Aubin-le-Cauf. « Notre premier et gros souci concerne le plan d’eau de l’école de voile où l’on trouve une digue de trois mètres de hauteur évoque Loïc Thulliez, animateur principal. En période de fortes crues nous avons des ruisseaux qui s’accumulent et il arrive que cela passe par-dessus comme en 1990. Avec une forte poussée la digue peut céder. Nous sommes seulement à un kilomètre en amont du centre bourg, et l’impact serait très important sur la base de loisirs ». Le Syndicat espérait décrocher des financeurs cette année, « mais
personne n’a voulu se positionner. Nous sommes dans une fourchette
allant de 250 000 à Autre point noir, en aval cette fois, le Pont jaune, « où la Béthune a été merlonnée, la terre végétale décapée et mise autour du plan d’eau, le rehaussant. Comme la Béthune a toujours le même débit, elle reste cloisonnée dans son lit mineur et ne s’écoule plus sur les prairies inondables ». Un projet de création d’échancrures puis de gabions a été par deux fois retoqué du côté des financeurs. Pour les deux étangs des ballastières pointés du doigt par l’Association pour la défense de l’environnement d’Arques, « le souci vient d’aménagements de celui qui est en amont qui ont fait augmenter le niveau de l’eau. Du reste, entre les deux étangs il ne reste plus qu’une mince bande de 1,50 mètre, un petit cordon qui risque la rupture… Et là, nous sommes juste en amont de la commune ! » Loïc Thulliez rappelle qu’en 2005, « la police de l’eau avait déjà demandé à ce que les planches soient retirées. Il apparaît aussi nécessaire que la jonction des deux étangs se fasse à un autre endroit que celui qui existe actuellement, le déplacement de la buse est plus que judicieux » et, là aussi, ce chantier a fait l’objet d’un chiffrage : 30 000 e environ. Une charge qui aurait pu être englobée dans le dossier du plan d’eau de l’école de voile. Le représentant du Syndicat avoue son impuissance devant ces dossiers sensibles mais impossibles à résoudre sans le nerf de la guerre. « Il y a pourtant là une utilité départementale. La Béthune est une rivière dont le débit peut passer de 1,5 m3 d’eau à la seconde à plus de 30 m3 ! » Le 18 décembre prochain, le Syndicat doit, une nouvelle fois, remettre sa copie devant les financeurs potentiels, « et nous comptons bien alerter les services de l’Etat surtout qu’Arques est en train d’élaborer son Plan de prévention des risques d’inondations ». |