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Journal du 4 décembre 2007

Varengeville-sur-Mer : Après trente et un ans comme maire
Christian Blanckaert fait un « break »
mais dresse un constat alarmant

Il n’y aura pas de sixième mandat pour Christian Blanckaert. Le maire de Varengeville-sur-Mer n’envisage pas en effet de se représenter une nouvelle fois devant les électeurs mais il n’exclut pas toutefois de revenir un jour en politique. Simplement il souhaite marquer une pause et en profite pour dresser son état des lieux de nos institutions.

A 62 ans, le maire de Varengeville-sur-Mer aurait largement pu poursuivre son aventure municipale entamée en 1976. « Je me sens jeune et en pleine forme » lâche-t-il du reste.

Mais l’idée de briguer un sixième mandat lui a visiblement fait froid dans le dos: « Je trouve en fait tout à fait normal de passer la main, il faut savoir faire une pause, c’est quand même plus démocratique ! ». Une démocratie, version athénienne, où l’on poussait le concept jusqu’au bout de la logique et où l’ostracisme venait frapper ceux à qui le pouvoir montait à la tête.

« Je pense que la pire maladie qui puisse frapper un maire ou un élu est la lassitude et heureusement je n’ai pas été frappé par ce virus » s’amuse Christian Blanckaert qui cite en exemple la loi italienne qui oblige à faire une pause après deux mandats consécutifs.

Alors, retiré totalement de la vie politique ? Le directeur général d’Hermès international n’exclut pas de se présenter, à l’avenir, à d’autres suffrages, dans quelques années, « j’y pense même sérieusement ». Mais pour l’heure, il marque une pause et passe même le flambeau à son adjoint, Patrick Boulier, a contrario d’une vision à la Jean Dasnias qui refusait d’appuyer un successeur. « Je crois qu’il est bon de soutenir quelqu’un. Avec Patrick Boulier nous partageons la même vision du village, la philosophie qui a sous-tendu son développement car ici il y a un cachet, une empreinte, c’est un village précieux à sauvegarder. Même si le style peut changer, je pense que l’esprit doit rester ».

Il ne quitte pas la vie municipale sans un pincement au cœur mais avoue avoir toujours affectionné « la notion de transmission, transmission du savoir, des valeurs… C’est ce qui m’a toujours motivé ».

« Département et Agglo n’ont plus lieu d’exister »

Au-delà, sur le fond, Christian Blanckaert ne mâche pas ses mots pour critiquer une organisation administrative figée depuis des siècles en France, « et pour laquelle on ne peut pas continuer à superposer les couches ! C’est simple, on ne sait plus qui fait quoi ! »

Il appuie sa réflexion sur des exemples limpides. A l’image des associations qui sollicitent des subventions de la commune, de la communauté de communes, du Département, de la Région… « Et quand on est maire, on ne sait plus à quel saint se vouer ».

A l’inverse de Jean Dasnias qui ne cachait pas son attrait pour la communauté d’agglomération. « Je pense au contraire que l’Agglo est une grave erreur et une fausse bonne idée ». Il pointe du doigt « les hommes politiques qui n’ont pas été élus sur la base du suffrage universel. Les maires sont élus sur la base de la commune et sont sous le contrôle des électeurs. Mais qui contrôle tous ceux qui se sont élus entre eux, en cénacle ? Avec l’Agglo, l’eau, l’assainissement, le tourisme… nous échappent, nous n’avons plus aucune maîtrise de ces dossiers essentiels » alors même que les maires sont en première ligne devant leurs administrés.

A ses yeux, l’Agglo est en fait quasiment totalement au service de Dieppe, « 80% de ses investissements sont pour le grand stade de Dieppe, était-il franchement utile surtout pour des investissements aussi faramineux ? La vocation de l’Agglo ne serait-elle pas plutôt de créer des emplois ? »

En lieu et place d’une communauté de communes ou d’agglomération, Christian Blanckaert verrait bien davantage des regroupements de communes avec, à leur tête, un premier magistrat unique. Des communes qui offriraient une même vision d’avenir et afficheraient une cohérence territoriale.

Et puis, il tire à boulets rouges sur le Département, sur les cantons, découpages purement politiques, « et là, allons-y directement : à quoi sert donc le conseiller général ? Il est élu pour six ans, pour quoi faire ? » L’enseignement est plus que parlant : les communes gèrent les écoles, le Département les collèges et la Région les lycées, « c’est quand même invraisemblable et je ne parle pas du coût de ces structures qui s’empilent ! »

Regroupement de communes, « il en resterait par exemple 7.000 au lieu de 36.000» ; suppression du Département ; suppression des structures intercommunales… Christian Blanckaert s’inscrit dans une vision de la réforme des institutions qui ne fait pas dans la demi-mesure. Mais à ses yeux, « le changement pourrait intervenir plus rapidement qu’on l’imagine », il faudra d’abord lutter contre des pesanteurs administratives et une défense de prés carrés pour lesquels beaucoup sont prêts à dresser des barricades. « Je pense quand même que nous sommes à un moment de l’histoire où la scission pourrait bien intervenir ».

Laurent Rebours

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