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Journal du 24 novembre 2006

Une vague de dons pour aider
ceux qui ont tout perdu dans l’incendie
C’est la solidarité sauce dieppoise !

Après l’incendie qui a ravagé tout un immeuble de la rue des Bonnes-Femmes, les Dieppois se mobilisent. Une vague de dons en tous genres est venue se déverser place du Moulin-à-Vent, à deux pas des décombres. Les voisins qui les premiers s’étaient regroupés pour aider les sinistrés n’en reviennent toujours pas.

Depuis mardi matin cela n’arrête pas. Les cartons de vaisselle s’empilent, les sacs de vêtements s’entassent… Dans ce petit garage de la place du Moulin-à-Vent, les dons pour ceux qui ont tout perdu dans l’incendie de la rue des Bonnes-Femmes ne cessent d’affluer.

Les personnes qui défilent viennent d’horizons divers : riches et pauvres, chefs d’entreprise et bonnes sœurs… En lisant le journal, ils ont pensé que, eux aussi, ils pouvaient faire quelque chose. Alors ils amènent ce qu’ils ont chez eux, ce qui ne sert plus : chaussures, jouets, petit électroménager… il y a besoin de tout.

Les clients de la boulangerie de la place donnent eux aussi, même un euro. Et comme en témoigne Stéphanie Pichenot, la boulangère qui recueille les dons, ce sont souvent les plus démunis qui offrent le plus : « Il y a des gens du quartier à qui je fais crédit à partir du 15 de chaque mois. Ces gens-là m’ont amené un service à vaisselle complet, je n’en revenais pas », raconte-t-elle en ouvrant la porte de son garage transformé en caverne d’Ali Baba.

Mélissa, 6 ans, sa petite fille, était la première à donner pour les sinistrés. Le lendemain de l’accident, dès le matin, elle amenait deux poupées et un porte-clefs pour les autres petites filles, « parce qu’elles n’en avaient
plus !»

En un temps record

Albert Glenet, un voisin, a proposé de centraliser les appels. Il risque la tendinite à force de décrocher son téléphone. Cette fois c’est une dame de Criel-sur-Mer qui se propose d’amener deux sommiers. Il n’y a pas de véhicule disponible ? Tant pis, elle s’arrangera avec un ami pour le transport. Vingt minutes plus tôt, un homme de Forges-les-Eaux se renseignait pour savoir quand il pouvait venir déposer quatre chaises. « Ils apportent du linge, de la vaisselle, des jouets ou des peluches… Je n’y crois pas. Toujours pas. »

La solidarité autour des sinistrés s’est organisée en un temps record. Dès samedi après-midi, les membres de l’association Atout Cœur, qui anime la place du Moulin-à-Vent et dont la présidente Suzanne Boyard fait elle aussi partie des personnes touchées, circulaient dans les restaurants du quai Henri-IV et sur la Foire aux harengs pour recueillir des dons. Quelques heures plus tard, ils avaient déjà une première enveloppe à offrir à ceux qui avaient tout perdu. « Nous tenons à remercier les restaurateurs de leur générosité », souligne la trésorière de l’association. Grâce à des parents, à la mairie ou aux amis, les locataires sans toit samedi avaient, quant à eux, pratiquement tous retrouvé un logement.

Les employeurs ont eux aussi ont fait preuve de solidarité. Le locataire du rez-de-chaussée, dont le contrat à l’hôpital de Dieppe arrivait à échéance s’est vu prolongé de six mois par la direction du centre. Une des locataires qui est employée au centre commercial du Belvédère était elle aussi soutenue par ses collègues de travail.

Vague de dons

Difficile de savoir ce qui a déclenché cette vague de dons. La proximité géographique de l’incendie et le fait que des enfants sont concernés ont sans doute beaucoup touché le cœur des gens. Mais à la question : Pourquoi?

Chaque bienfaiteur semble avoir sa propre réponse : « J’avais des meubles d’un héritage qui ne me servaient pas, explique cette dame qui amène des appareils électroménagers. Je ne voulais pas en faire de profit. Alors « malheureusement » j’ai saisi l’occasion. » Cette autre personne : « Je me dis que si cela m’arrivait aussi, j’aimerais bien que les gens en fassent autant pour moi ! ». « Ce qui m’a touchée c’est de voir la femme à sa fenêtre appeler au secours avec sa petite fille dans les bras, témoigne Stéphanie la boulangère. Cela m’a retournée… »

Les Dieppois sont souvent présents lors des grands rendez-vous. Chaque année le Téléthon fait l’événement. En 2005, grâce à une bonne organisation, la ville était arrivée deuxième de France en termes de dons récoltés pour la lutte contre le sida. On se souvient également du cas de la petite Romane qui avait ému toute une région.

Les membres de l’Atout Cœur le disent : Cette vague est belle, mail il ne faut pas qu’elle s’arrête. Chaussures, petit électroménager, mobilier, jouets à l’approche de Noël… il reste encore de la place dans le petit local, peut-être autant que dans le cœur des Dieppois.

Jérôme Lasselin

Les quatre familles relogées

- Le couple du rez-de-chaussée est pour l’instant hébergé aux Roches, un bâtiment de la ville situé avenue Gambetta qui reçoit habituellement les groupes. Les époux auraient des pistes d’hébergement chez des bailleurs privés. Le mari qui devait terminer son contrat de travail à l’hôpital de Dieppe a été prolongé de six mois.

- La locataire du premier étage, qui souhaitait rester dans le quartier du Bout du quai où elle œuvre au sein d’une association, a trouvé un nouvel appartement chez un bailleur privé.

- L’habitante du deuxième étage a trouvé, avec sa petite fille de 2 ans et demi, un appartement de type F3 dans un immeuble HLM de Neuville-lès-Dieppe.

- La locataire du troisième étage, qui élève deux enfants de 3 et 5 ans, emménagera le 10 décembre prochain dans un immeuble de type F3 sur le quartier de Janval.

Si vous aussi vous souhaitez faire un don, vous pouvez contacter Albert Glenet de l’association Atout Cœur au 02 35 82 23 45.

Un tissu associatif efficace

La Croix-Rouge de Dieppe propose divers types d’aides aux personnes en détresse. Une des locataires de l’immeuble incendié rue des Bonnes-Femmes au bout du quai est venue au local chercher un kit d’hygiène, contenant un premier nécessaire de toilette. Comme elle n’avait plus rien, elle est également repartie avec quelques vêtements.

Françoise Gagnaire, vice-présidente de la Croix-rouge à Dieppe explique : «Nous pouvons également proposer des nuits d’hôtel pour les femmes en difficulté. Par exemple celles qui, victimes de violences conjugales, fuient leur foyer. Nous organisons aussi l’aide alimentaire, financière et immobilière des personnes en difficulté.

La Croix-Rouge est plutôt bien connue sur Dieppe. Nous communiquons beaucoup avec les autres associations, essentiellement des grosses structures comme le Secours catholique ou la Soupe des bénévoles. Toutes ces associations forment un tissu associatif assez solide.

Il est assez difficile de savoir ce qui déclenche le besoin de donner. Les grandes campagnes, comme celle du tsunami, touchent énormément les populations. La solidarité est également plus présente dans les petites villes que dans les grandes agglomérations. Mais il existe une solidarité quotidienne qui se voit moins.

Les gens sont généreux mais c’est une histoire sans fin, il y a toujours des besoins ! »

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