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Journal du 29 décembre 2006

Tous les soirs pendant la saison hivernale
Le Samu social
à la rencontre de 25 SDF

Chaque soir, de novembre à avril, des bénévoles du Samu social vont à la rencontre des gens en grande difficulté qui dorment dans la rue, dans la ville portuaire. Mardi soir, les températures étaient négatives. La seule rencontre de la soirée fut celle de Pierrot, emmitouflé dans ses couvertures de fortune, derrière l’hôtel de ville.

À Dieppe, ce seraient environ vingt-cinq personnes qui sont sans domicile fixe. En cette période de grand froid, beaucoup d’entre elles passent leurs nuits au foyer d’accueil d’urgence Vauban. D’autres restent dans la rue. Chaque soir, de novembre à avril, le Samu social assure des rondes pendant deux heures, deux bénévoles partent depuis l’hôtel de ville à bord d’une Super 5 à la rencontre des personnes dans le besoin.

Mardi 26 décembre, il est 19 h 30 et les températures avoisinent -1 °C. Pierre Baron et Vincent Godefroy, deux bénévoles du Samu social partent en « maraude ». Dans le coffre de leur véhicule, les deux hommes transportent des thermos de café, chocolat, de la soupe et des gâteaux. « Nous tournons dans la ville et aux endroits où l’on est susceptible de trouver des sans domicile. Nous avons des SDF qu’on voit très régulièrement et d’autres qui ne sont que de passage, raconte Pierre, bénévole depuis trois ans. La semaine dernière par exemple, nous avions un groupe d’hommes qui venaient de Rouen. Là, ils sont repartis ».

Dans leur « maraude », les hommes sillonnent les rues de la cité des quatre ports à petite vitesse, cherchant à voir à droite et à gauche s’il n’y a pas des personnes dans le besoin. Les rues de Dieppe sont vides, les maisons sont illuminées, les emballages des cadeaux de Noël sont entreposés sur les trottoirs en attendant le passage du camion-poubelle. Au Pollet, personne. Derrière le terminal transmanche, un véhicule immatriculé en Grande-Bretagne est stationné le long d’une sente interdite à la circulation. « Cette voiture est de temps en temps garée ici, nous nous arrêtons toujours pour vérifier s’il y a une personne qui a besoin de quelque chose ».

L’équipe du Samu social s’arrête, inspecte à la lampe-torche : personne. Sur le port de commerce, idem. « Il fait froid, beaucoup ont dû aller au foyer » pensent les deux bénévoles.

A la rue depuis 25 ans

Ensuite, direction le parking du personnel de l’hôtel de ville. Devant l’entrée, à l’abri du vent, Pierrot, 58 ans et « espère vivre jusqu’à 60 ans », est emmitouflé dans des couvertures. Les deux bénévoles lui proposent de l’emmener au foyer d’hébergement d’urgence. Il refuse et demande une soupe. « Je ne veux pas aller au foyer. Quand j’y allais, je me faisais voler des affaires » tempête-t-il. Il raconte avec beaucoup de pudeur son quotidien. Il fait la manche à longueur de journée avec un autre sans domicile fixe, et va de temps en temps prendre une douche et changer de vêtements à l’Armée du Salut. « Tous les jours, le Samu social vient me voir. Parfois, ce sont des gens de l’Armée du Salut. Tous ces gens sont gentils avec moi », confie-t-il.

Malgré son quart de siècle de misère, Pierrot reste optimiste : « Une assistante sociale m’a dit que j’allais bientôt avoir une chambre à Rouen. Ça fait déjà trois mois que j’attends ». Et puis il profite de notre présence pour demander de faire passer un message : « Surtout, dit-il, écrivez bien que si des gens voient des pauvres malheureux comme moi, qu’ils n’hésitent pas à les aider, à leur trouver un logement ». Après dix minutes passées auprès de Pierrot, les deux bénévoles repartent. Il fait froid, très froid. Évidemment, dans ces conditions, tous les sans domicile fixe sont exposés à attraper toutes sortes de maladies. D’ailleurs Pierrot n’en a pas été épargné. Mais malgré les problèmes de santé qu’il a pu rencontrer, il refuse catégoriquement d’aller à l’hôpital. Les bénévoles prennent congé et se dirigent vers la gare SNCF. Mardi soir, personne, ni dans le hall, ni sur les quais. Même chose dans le square François Mitterrand.

Paroles d’un gars de la rue

Il est 21 h 30, l’équipe revient sur le parking de l’hôtel de ville. « Nous ne tournons plus, mais l’un de nous est d’astreinte. C’est-à-dire que lorsqu’une personne appelle le 115, la plateforme de Rouen nous téléphone et nous nous rendons là où est la personne dans le besoin » expliquent-ils. Pierre Baron et Vincent Godefroy comptent parmi la quinzaine de bénévoles du Samu social. Le premier, 64 ans, enseignant à la retraite, s’est engagé dans la structure sociale voici trois ans. Le second, 25 ans, en formation d’éducateur, vient seulement d’intégrer l’équipe. « En retraite, j’ai du temps. C’est pourquoi j’ai voulu m’engager au Samu social et me rendre utile » explique Pierre. Se rendre utile auprès des autres, c’est aussi l’objectif de Vincent : « Je ne voulais pas m’engager dans une association religieuse. Ce qui ne m’empêche pas de donner des vêtements à l’Armée du Salut. En fait je fais moins de sport pour me consacrer un peu plus aux autres par le biais du Samu social ».

Au moins un soir par semaine, ces deux bénévoles côtoient la pauvreté, la misère de gens, et très souvent à pareille époque, dans le froid. Sans se poser de questions, ils aident, écoutent, offrent des boissons chaudes et un peu de nourriture. De quoi sera fait le lendemain de ces pauvres gens qui couchent dans la rue ? Pierrot a bien une réponse : « Demain matin, je repars d’ici avec mes couvertures pour aller autre part… Ou bien alors je serai mort ». Paroles d’un gars de la rue.

Aurélien Bénard

La préfecture déclenche le plan hivernal

La préfecture a réactivé le plan d’urgence hivernal jusqu’au 31 mars. « La vigilance et la solidarité de chacun s’imposent à nouveau pour cet hiver qui reste une période difficile pour nos concitoyens les plus fragiles et notamment ceux qui sont à la rue ou en rupture d’hébergement » a déclaré Jean-François Carenco, préfet. Ainsi les acteurs de l’hébergement et de la veille sociale départementale se référenceront traditionnellement aux trois niveaux progressifs d’alerte et de mobilisation. Le niveau 1 est celui de vigilance. Le niveau 2, dit de grand froid, est déclenché dès lors que les températures sont négatives le jour et inférieures à -5° la nuit. Enfin le niveau 3, qui n’aurait jamais été déclenché à Dieppe, est dit de froid extrême, déclenché avec des températures négatives de jour et inférieures à -10 °C la nuit. « Il sera tenu compte cet hiver des températures constatées mais aussi des températures ressenties » a précisé le représentant de l’Etat. Effectivement, la température de l’air est plus ou moins pénible à supporter en fonction du vent.

En foyer d’accueil, 23 places « hiver » supplémentaires ont été ordonnées dans le département à raison de 13 à Rouen, 4 au Havre, 4 à Dieppe et 2 à Elbeuf. En milieu rural, les centres communaux d’action sociale et associations caritatives ont à leur disposition un certain nombre de nuitées d’hôtel pour répondre à l’urgence.

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