Journal du 28 juillet 2006

L'entreprise PTL mise sur la fécule pour remplacer le pétrole
A Ouville-la-Rivière, les sacs en plastique ont la patate

Dans les supermarchés, la ménagère peut maintenant sans le savoir acheter des sacs en plastique fabriqués à base de pomme de terre. La société Plastiques et Tissages de Luneray installée à Ouville-la-Rivière a choisi de miser sur le sac biodégradable pour développer son activité.

Les pommes de terre, vous les préférez sous quelle forme ? En frite, en purée, en chips ou en sac ? Eh oui, la tubercule si chère à Parmentier n’est plus exclusivement réservée aux préparations culinaires. A Ouville-la-Rivière, l’entreprise PTL, Plastiques et Tissages de Luneray, l’utilise pour fabriquer des sacs plastique biodégradables. Sacs qui ont la particularité de se décomposer totalement dans les 100 à 180 jours lorsqu’ils se trouvent dans un milieu humide et en présence de bactéries.

Pour cette production, l’usine ne mise pas sur les propriétés gustatives déjà bien connues de la pomme de terre mais sur la fécule qu’elle contient. De ses chaînes de production sortent désormais chaque jour 6 millions de sacs dont une partie est encore fabriquée à partir de granules de polyéthylène (en d’autres termes de pétrole) et l’autre à partir de granules biodégradables.

Tubercule picard

Si les pommes de terre utilisées pour la produire viennent en partie de Picardie, la granule bio, elle, est allemande. Car c’est une société d’outre-Rhin qui a mis au point le procédé très particulier de transformation du tubercule. L’an dernier elle a déposé pas moins de 200 brevets pour cette technique. Et cette entreprise a des liens très étroits avec PTL puisqu’elle a été rachetée par la société-mère de l’usine d’Ouville-la-Rivière, SPHERE, et une société anglaise.

Une fois la fécule catalysée et préparée à la mode allemande, elle débarque en région dieppoise sous forme de petits granulés blancs auxquels on ajoute des colorants. Ils sont introduits dans un système fonctionnant avec une vis d’Archimède, une vis sans fin, et chauffés à 140 °C (au lieu de 220 °C pour le polyéthylène). « La matière pâteuse est soufflée et ressort sous forme d’une longue gaine. Elle est alors montée jusqu’à 15 mètres de haut pour être refroidie », explique le directeur. Pour l’anecdote : une douce odeur de pain grillé émane de cette partie de l’entreprise, beaucoup plus agréable qu’une odeur de plastique brûlé.

La gaine plastique passe à l’impression. « Des encres sans métaux lourds sont bien entendu utilisées», souligne René-Pierre Renault. Elle est ensuite enroulée sur des chariots. Puis vient la phase de transformation : la gaine est passée dans une machine qui pré-découpe, soude, met la ficelle lorsque le modèle en comprend une…

Un virage important

Sur l’année, ce sont 30 millions de sacs biodégradables qui doivent sortir des chaînes de PTL. Les deux cents employés de la société d’Ouville-la-Rivière sont fiers de leur production. Non seulement elle est importante pour l’environnement mais aussi pour la pérennité de leur emploi. Car si PTL prend actuellement cet important virage, bien décidé à passer à terme à une production uniquement biodégradable, c’est que la nouvelle loi d’orientation agricole les y invite fortement. « Elle a accéléré le développement du bioplastique. En 2010, l’utilisation de matière plastique dérivée du pétrole sera totalement interdite dans l’emballage », explique le directeur de PTL.

Dans le même temps, les Français sont de plus en plus sensibilisés à la préservation de leur environnement ¼ la demande est donc bien là et en constante progression. L’entreprise devrait d’ailleurs acquérir une nouvelle machine et embaucher du personnel d’ici la fin de l’année pour y répondre.

Et même si le sac biodégradable coûte actuellement deux fois plus cher à la ménagère que le sac plastique au polyéthylène (à titre d’exemple 0,23 euro le sac bio de 30 litres contre 0,13 euro), René-Pierre Renault affirme déjà que d’ici quelques années ils seront sur un pied d’égalité. Et pour deux raisons : d’un côté le prix du baril de pétrole ne cesse d’augmenter ; de l’autre la production de granules biodégradables se développe (elle devrait passer de 40 000 T en 2006 à 200 000 T en 2010) et la granule coûtera donc beaucoup moins cher.

Véronique Weber

Un bon filon

Pour PTL, l’utilisation de la fécule de pomme de terre pour fabriquer ses sacs plastiques a de multiples avantages. Tout d’abord elle ne nécessite pas d’investissements supplémentaires pour l’entreprise car les lignes de production sont les mêmes que celles utilisées pour leurs autres sacs. Par ailleurs, la granule biodégradable n’est chauffée qu’à 140 °C contre 220 °C pour la granule
de polyéthylène. PTL réalise donc une économie d’énergie. Sans oublier que le sac plastique biodégradable est plus résistant car le plastique est plus élastique.

Du lin à la pomme de terre

Bien avant la pomme de terre, c’est un autre végétal qui a fait la renommée de Plastiques et Tissages de Luneray. A la fin du XIXe siècle, c’est en effet le lin qui servait de matière première à la fabrication de sacs qui étaient tissés comme l’indique encore le nom de l’entreprise. Alors installée à Luneray, la société a amorcé un virage très important dans les années soixante-dix en misant sur le plastique à partir de granules de polyéthylène. Elle abandonnera le lin dans les années quatre-vingt. Et c’est finalement à Ouville-la-Rivière, où elle a pris ses quartiers dans les années quatre-vingt-dix, que l’entreprise se lance un nouveau pari avec la pomme de terre.


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