| Dans les supermarchés, la ménagère peut
maintenant sans le savoir acheter des sacs en plastique fabriqués à base de pomme de
terre. La société Plastiques et Tissages de Luneray installée à Ouville-la-Rivière a
choisi de miser sur le sac biodégradable pour développer son activité. Les
pommes de terre, vous les préférez sous quelle forme ? En frite, en purée, en chips ou
en sac ? Eh oui, la tubercule si chère à Parmentier n’est plus exclusivement
réservée aux préparations culinaires. A Ouville-la-Rivière, l’entreprise PTL,
Plastiques et Tissages de Luneray, l’utilise pour fabriquer des sacs plastique
biodégradables. Sacs qui ont la particularité de se décomposer totalement dans les 100
à 180 jours lorsqu’ils se trouvent dans un milieu humide et en présence de bactéries.
Pour cette production, l’usine ne mise pas sur les propriétés gustatives déjà
bien connues de la pomme de terre mais sur la fécule qu’elle contient. De ses chaînes
de production sortent désormais chaque jour 6 millions de sacs dont une partie est encore
fabriquée à partir de granules de polyéthylène (en d’autres termes de pétrole) et l’autre
à partir de granules biodégradables.
Tubercule picard
Si les pommes de terre utilisées pour la produire viennent en
partie de Picardie, la granule bio, elle, est allemande. Car c’est une société d’outre-Rhin
qui a mis au point le procédé très particulier de transformation du tubercule. L’an
dernier elle a déposé pas moins de 200 brevets pour cette technique. Et cette entreprise
a des liens très étroits avec PTL puisqu’elle a été rachetée par la société-mère
de l’usine d’Ouville-la-Rivière, SPHERE, et une société anglaise.
Une fois la fécule catalysée et préparée à la mode allemande, elle débarque en
région dieppoise sous forme de petits granulés blancs auxquels on ajoute des colorants.
Ils sont introduits dans un système fonctionnant avec une vis d’Archimède, une vis
sans fin, et chauffés à 140 °C (au lieu de 220 °C pour le polyéthylène). « La
matière pâteuse est soufflée et ressort sous forme d’une longue gaine. Elle est alors
montée jusqu’à 15 mètres de haut pour être refroidie », explique le directeur. Pour
l’anecdote : une douce odeur de pain grillé émane de cette partie de l’entreprise,
beaucoup plus agréable qu’une odeur de plastique brûlé.
La gaine plastique passe à l’impression. « Des encres sans métaux lourds sont bien
entendu utilisées», souligne René-Pierre Renault. Elle est ensuite enroulée sur des
chariots. Puis vient la phase de transformation : la gaine est passée dans une machine
qui pré-découpe, soude, met la ficelle lorsque le modèle en comprend une…
Un virage important
Sur l’année, ce sont 30 millions de sacs biodégradables qui
doivent sortir des chaînes de PTL. Les deux cents employés de la société d’Ouville-la-Rivière
sont fiers de leur production. Non seulement elle est importante pour l’environnement
mais aussi pour la pérennité de leur emploi. Car si PTL prend actuellement cet important
virage, bien décidé à passer à terme à une production uniquement biodégradable, c’est
que la nouvelle loi d’orientation agricole les y invite fortement. « Elle a accéléré
le développement du bioplastique. En 2010, l’utilisation de matière plastique
dérivée du pétrole sera totalement interdite dans l’emballage », explique le
directeur de PTL.
Dans le même temps, les Français sont de plus en plus sensibilisés à la
préservation de leur environnement ¼ la demande est donc bien là et en constante
progression. L’entreprise devrait d’ailleurs acquérir une nouvelle machine et
embaucher du personnel d’ici la fin de l’année pour y répondre.
Et même si le sac biodégradable coûte actuellement deux fois plus cher à la
ménagère que le sac plastique au polyéthylène (à titre d’exemple 0,23 euro le sac
bio de 30 litres contre 0,13 euro), René-Pierre Renault affirme déjà que d’ici
quelques années ils seront sur un pied d’égalité. Et pour deux raisons : d’un
côté le prix du baril de pétrole ne cesse d’augmenter ; de l’autre la production de
granules biodégradables se développe (elle devrait passer de 40 000 T en 2006 à 200 000
T en 2010) et la granule coûtera donc beaucoup moins cher.
Véronique Weber
Un bon filon
Pour PTL, l’utilisation de la fécule de pomme de terre pour
fabriquer ses sacs plastiques a de multiples avantages. Tout d’abord elle ne nécessite
pas d’investissements supplémentaires pour l’entreprise car les lignes de production
sont les mêmes que celles utilisées pour leurs autres sacs. Par ailleurs, la granule
biodégradable n’est chauffée qu’à 140 °C contre 220 °C pour la granule
de polyéthylène. PTL réalise donc une économie d’énergie. Sans oublier que le sac
plastique biodégradable est plus résistant car le plastique est plus élastique.
Du lin à la pomme de terre
Bien avant la pomme de terre, c’est un autre végétal qui a fait
la renommée de Plastiques et Tissages de Luneray. A la fin du XIXe siècle, c’est en
effet le lin qui servait de matière première à la fabrication de sacs qui étaient
tissés comme l’indique encore le nom de l’entreprise. Alors installée à Luneray, la
société a amorcé un virage très important dans les années soixante-dix en misant sur
le plastique à partir de granules de polyéthylène. Elle abandonnera le lin dans les
années quatre-vingt. Et c’est finalement à Ouville-la-Rivière, où elle a pris ses
quartiers dans les années quatre-vingt-dix, que l’entreprise se lance un nouveau pari
avec la pomme de terre. |