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Journal du 12 décembre 2006
12 % des gens haut-normands en
grande difficulté de lecture
Illettrisme : la région dieppoise
n’est pas épargnée
| En Haute-Normandie, 12 % des jeunes
accueillis lors de la Journée d’appel de préparation à la Défense
sont repérés comme étant en grande difficulté de lecture à la suite
de tests. À Dieppe, des organismes et associations travaillent
auprès des personnes en difficulté et aident aussi à l’intégration
des immigrés qui ne parlent pas le français. État d’une personne qui maîtrise mal la lecture d’un texte simple, bien qu’elle ait été scolarisée », telle est la définition de l’illettrisme. En France, ce sont plus de trois millions de personnes âgées de 18 à 65 ans qui sont dans cette situation qui les pénalise au quotidien dans leurs tâches. Depuis quelques années, la détection des illettrés se fait par le biais de tests lors de la Journée d’appel de préparation à la Défense. En Haute-Normandie, 12 % des jeunes accueillis lors de cette journée sont repérés comme étant en grande difficulté de lecture, selon les services de la préfecture. À Dieppe, c’est l’organisme Éducation et Formation qui travaille avec les institutions et les associations pour l’atelier de formation de base. « Nous recevons autant d’hommes que de femmes. L’âge moyen est de 32 ans et demi. Notre plus jeune stagiaire a 18 ans et le plus vieux 58 ans », précise Justinien Renauld, coordinateur. La fréquentation à ces ateliers est basée sur le volontariat. « Nous sommes ouverts à tous types de public. Nous accueillons aussi bien des demandeurs d’emploi, des travailleurs immigrés, ou encore des salariés désalphabétisés ». À raison de six heures de cours par semaine, ce sont des groupe d’une quinzaine de personnes qui suivent les cours dispensés par une formatrice. Être illettré, ou plutôt « non-lecteur », est souvent ressenti comme une tare pour la personne concernée. « Quand les gens viennent nous voir, on sent qu’ils n’osent pas nous le dire, remarque Justinien Renauld. Environ une personne sur trois qui vient me voir a des difficultés à l’écrit ». Plus surprenant, l’organisme de formation accueille des gens qui ont déjà un travail. « Ces personnes ont un travail mais sont désalphabétisées. Il leur manque les bases en français et en mathématiques, et cela peut freiner une promotion professionnelle ou présenter un handicap dans l’entreprise ». Les ateliers de formation de base peuvent être suivis à moyen, voire à long terme. « Nous avons beaucoup de sorties positives. Nous avons des stagiaires qui suivent les ateliers de formation de base, qui ensuite vont vers d’autres ateliers de formation, se présentent à un concours, postulent pour un emploi, font valider leurs compétences, préparent un CAP… » Deux types de public Au Bel-Air, à Neuville-lès-Dieppe, c’est essentiellement avec les immigrés que l’association travaille. « Nos ateliers sont ouverts à tous. Les Français illettrés qui viennent nous voir ne restent pas longtemps, regrette Fatima Mazerai, animatrice d’insertion. Ce sont des gens qui sont pourtant allés à l’école et qui ont au moins les bases de la langue. Je pense que leur obstacle est le regard de l’autre ». Deux fois par semaine, des ateliers sont organisés. « J’ai deux types de public : des immigrés qui sont alphabétisés dans leur culture, comme des Russes ou des Américains qui ont un diplôme de niveau équivalent au Bac+2, mais qui ne connaissent aucun mot de français, précise-t-elle. Et d’autre part, j’aide des gens qui ne sont pratiquement jamais allés à l’école ». Et d’illustrer ses propos par un exemple concret : «J’ai une forte communauté de femmes turques qui, elles, n’ont pas eu la chance de suivre une scolarité rigoureuse dans leur pays. Ces femmes veulent savoir parler et lire le français pour ne pas avoir de barrages avec les enseignants de leurs enfants, les médecins, les commerçants… Elles veulent se faire comprendre tout simplement ». Afin de se familiariser avec la langue, elles suivent plusieurs activités au Bel-Air, comme la couture, l’informatique, le yoga, l’art déco… Les femmes turques se sentent ainsi impliquées et y pratiquent le français. Attention aux amalgames Philippins, Algériens, Chiliens ou Soudanais, tous veulent parler et lire français afin de s’intégrer. S’intégrer, c’est aussi trouver un emploi : « c’est l’objectif de tous ceux que je reçois. Les employeurs veulent des gens qui ont acquis au moins des bases, que ce soit pour être agent de sécurité ou femme de ménage. Sinon ils ne trouvent que des postes de manœuvres dans le bâtiment ». Il convient néanmoins de ne pas faire d’amalgames entre l’illettrisme et l’intégration des immigrés. Les enfants issus de l’immigration ne sont pas tous illettrés. Au contraire, ils possèdent souvent un véritable savoir qu’ils mettent en avant, mais dans leur langue maternelle. « En accord avec les autres principaux des collèges dieppois, nous avions demandé des moyens pour le collège Camus, il y a quatre ans, afin de donner des cours de français langue étrangère » explique Jean-Michel Sueur, principal du collège Albert-Camus. Selon le niveau des uns et des autres, la dizaine de jeunes suivent trois, six, ou neuf heures de cours par semaine. Le dispositif s’étoffe d’année en année. On a des Turcs, des Polonais, des Rwandais, des Chinois… ». Ainsi les jeunes font leur apprentissage tout en s’intégrant dans leur établissement. Ces élèves peuvent suivre des cours où la langue n’est pas un frein comme les arts plastiques, la technologie, ou encore le sport. « Nous sommes souvent agréablement surpris des progrès de nos élèves issus de l’immigration. Il y a deux ans, nous en accueillions un en classe de quatrième. En un an, il avait bien assimilé la langue française, a eu son Brevet des collèges, et est aujourd’hui en seconde au lycée Pablo-Neruda ». La meilleure solution pour assimiler les bases et parler correctement le français, selon Fatima Mazerai, c’est que les immigrés regardent les informations et des films de la télévision française, et non les chaînes de leur pays d’origine : « Je me bats auprès d’eux pour cela aussi ». Une idée partiellement partagée par Jean-Michel Sueur : « Vous savez, dit-il, 8 % de mes élèves sont turcs. Et cela ne me choque pas qu’ils regardent la télévision turque à la maison. Cela ne nuit en rien à leur intégration puisque j’en ai qui vont en seconde générale ». A.B. La Parentèle
travaille avec les plus petits Le goût pour la lecture s’acquiert dès le plus jeune âge. À la Parentèle, association dieppoise de soutien à la parentalité et de parrainage de proximité, la lutte contre l’illettrisme se travaille auprès des plus petits. « On se rend compte au sein des familles qui viennent nous voir que le livre n’est pas un objet présent chez eux, remarque Sylvie Leclerc, directrice. Les parents n’ont pas été familiarisés au plaisir de lire. Ils n’ont eu que l’apprentissage de lecture lorsqu’ils étaient à l’école ». Depuis environ trois ans, l’association sensibilise les parents sur l’intérêt de la lecture avec des rencontres mensuelles autour des contes. « Nous transmettons des histoires aux parents qui eux vont ensuite les raconter aux enfants. Même s’ils sont illettrés, ils vont prendre plaisir à s’approprier l’histoire et entendre des mots » schématise-t-elle. Une petite bibliothèque, en partenariat avec l’association Lire en Normandie, est installée dans les locaux de l’association, rue de la République. Ainsi, les enfants qui viennent chaque soir, en soutien aux devoirs, ont la possibilité d’emprunter des livres. « Nous nous chargeons aussi d’accompagner les enfants, avec leurs parents, à la médiathèque de Dieppe. Il nous faut donner les codes aux parents et aux enfants. Beaucoup ont malheureusement l’impression d’être dans un lieu étranger ±. Cette action est surtout tournée vers une dizaine de familles, en grande majorité monoparentales, qui sont à la recherche d’aide et de repères afin de ne pas rester isolées. La Parentèle n’a évidement pas l’ambition d’apprendre à lire aux gens, ce n’est d’ailleurs pas sa vocation, en revanche, elle veut les sensibiliser à la lecture avec la notion du plaisir. |
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