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Journal du 29 décembre 2006
Les élus répondent
Quel avenir pour Dieppe ?
| Dieppe ville de tourisme ou Dieppe ville
portuaire ? Un projet de golf à vingt-sept trous, des complexes
immobiliers de standing et la pérennisation d’un trafic transmanche
vont améliorer le potentiel attractif de la ville. Avec la station
balnéaire, Dieppe affiche sa volonté d’accueillir une clientèle de
touristes aisés. Alain Le Vern a dernièrement annoncé la création
d’un port sec ainsi que la pose de 200 anneaux supplémentaires au
fond du bassin de Paris. Est-ce un virage ? Aujourd’hui la ville se retrouve à un tournant. Côté domaine portuaire le constat est simple, l’activité commerciale est aujourd’hui au point mort. Les structures sont vieillissantes et le port aujourd’hui tenu sous perfusion à coup de subventions collectives ne voit toujours pas l’ombre d’un cargo dans sa passe. Légitimement, la question se pose donc de savoir quel nouvel élan donner au développement de la cité d’Ango. Dieppe ville de tourisme ou Dieppe ville portuaire ? Force est de constater que dans leurs réponses, les élus locaux refusent de faire ce choix. Les deux ? Oui, pourquoi pas ? Mais sur le plan des solutions peu de projets significatifs sortent : identifier les projets, étudier toutes les pistes, attendre un changement sur le plan national… des propositions vagues qui ne laissent que peu de visibilité sur ce que peut être l’avenir de Dieppe. Certains interviewés évoquent la relance de l’emploi tout en confessant n’avoir aucun réel pouvoir sur la question (voir ci-dessous). Dans ce contexte, chaque nouveau dossier ou nouvelle proposition sitôt formulé devient l’objet d’une polémique. Alain Le Vern, président de la Région, fraîchement élu à la tête du syndicat mixte du port de Dieppe, a été la cible de nombreuses attaques après avoir annoncé sa volonté d’implanter 200 anneaux de plaisance supplémentaires sur le domaine portuaire dieppois ainsi que la création d’un port sec dans l’ancienne forme de radoub. Des plans jugés « à la louche » en sourdine par certains responsables locaux et qualifiés de provocations quant à l’avenir du trafic portuaire par l’extrême gauche. Alain Le Vern a répliqué en demandant la révision d’un permis de construire pour un projet immobilier à vocation résidentielle sur le cours de Dakar, affirmant ainsi sa volonté de « protéger le port de commerce ». Le syndicat mixte annonce par ailleurs la reprise d’études lancées pour envisager différentes hypothèses de développement du port. Mais les 4 millions d’euros d’investissement dont va disposer le syndicat mixte (sur 15 millions d’euros de budget de fonctionnement) seront loin de suffire pour remettre à niveau les installations portuaires, dès 2007. Pour l’instant les investissements annoncés concernent des structures périphériques au bassin du commerce comme le pont Colbert, l’écluse du bassin de pêche ou le pont Ango. Critiques sur le Transmanche Sur le dossier Transmanche, l’annonce par le Département du choix de Louis Dreyfus Armateurs a aussitôt fait l’objet d’une levée de boucliers de la part du maire Edouard Leveau, des membres de la majorité municipale ainsi que des communistes. Les uns ayant voté contre un projet « peu ambitieux » quant au développement économique de la ville et craignant de voir un bateau, et implicitement du trafic, détourné l’été sur une nouvelle ligne Le Havre-Newhaven ; les autres ayant choisi de s’abstenir pour ne pas « hypothéquer l’avenir » de la ligne Dieppe-Newhaven. Initiative collective Outre la mise en place du syndicat qui constitue un tournant décisif pour l’avenir de Dieppe, l’année 2006 a été riche en événements sur le dossier du port : le livre blanc, petite plaquette d’une quinzaine de pages sur l’avenir de Dieppe, a récemment vu le jour sous la signature commune d’une quarantaine d’élus, de patrons ou de simples citoyens. Une initiative collective comme un état des lieux qui se veut « une base de départ » pour des réflexions sur l’avenir du domaine portuaire. Une volonté collective pour sauver le trafic. A ce jour, aucune rencontre n’est encore programmée entre les auteurs de ce livre blanc et les nouveaux propriétaires du port de Dieppe. Initiative personnelle Edouard Leveau, le maire de Dieppe, est revenu au centre de la scène politique avec, dès le printemps, plusieurs déplacements à Douala au Cameroun : signature d’une charte de coopération entre les deux Villes, subventionnement de forages pour le réseau d’eau potable de Douala, le maire de Dieppe a effectué un gros travail de lobbying auprès des responsables locaux pour essayer de relancer le trafic bananier. Mais après plusieurs effets d’annonces, ses démarches se sont pour l’instant révélées infructueuses. Un effort salué officiellement par les adversaires politiques du maire mais un ouf de soulagement en coulisses avec la crainte qu’Edouard Leveau ne puisse profiter de ce coup de poker aux élections municipales de 2008. Dans ce climat délétère, la solution pourrait venir de celui qui est surnommé « Monsieur port ». La copie de M. Blondet, nouveau prospecteur chargé de trouver des débouchés pour le port de commerce, est attendue avec impatience par les décideurs locaux. Sauver le port mais comment ? Arrivé au début du mois d’octobre « Monsieur port » refuse de s’exprimer sur ses éventuelles avancées, expliquant que ce n’est pas son rôle et « laissant » les annonces aux politiques locaux plus « aptes à faire des déclarations ». L’heure du rassemblement autour d’un seul projet est donc loin d’être venue. Une situation peut-être plus due au fait du jeu politique et du calendrier électoral. On peut se demander si certains responsables locaux ne craignent pas de devoir annoncer de mauvaises nouvelles à dix-huit mois des prochaines municipales. Peut-être les Dieppois devront attendre ces prochaines élections municipales et l’émergence d’une nouvelle entre la mairie, l’agglomération et les autres collectivités locales pour voir la situation se débloquer ? Jérôme Lasselin
Trois
questions sur l’avenir de la Cité d’Ango C’est une question que se posent les Dieppois : la cité d’Ango va-t-elle se transformer en station balnéaire ou en un lieu de villégiature pour résidents fortunés avec un complexe portuaire uniquement tourné vers la plaisance ? Nous avons voulu nous faire l’avocat du diable et poser de manière abrupte la question aux décideurs locaux. Voici leurs réponses. Edouard
Leveau : Dieppe ville de tourisme ou Dieppe ville portuaire ? Le centre balnéaire et le domaine portuaire sont les différentes facettes d’une même évidence : Dieppe est une ville maritime. Elle doit savoir mettre en valeur tous les aspects de sa proximité avec la mer. S’il y avait une incompatibilité entre le développement touristique et une relance du port de commerce, nous nous en serions rendu compte. La ville de Dieppe a quatre ports qui sont tous issus d’une activité traditionnelle et porteuse d’espoir. Le centre balnéaire va jouer un rôle moteur pour le tourisme local et régional. Aucun secteur ne doit être abandonné au profit d’un autre. Ce serait un non-sens historique ! Avez-vous des réponses concrètes à apporter aux problèmes de la ville ? Un développement harmonieux des quartiers de la ville, un cadre de vie amélioré, une offre culturelle diversifiée et d’une très haute qualité des services municipaux attentifs et développés concourent à rendre la ville plus attractive pour garder et développer nos entreprises. Ce n’est pas aux élus de créer des entreprises. Leur rôle est de faciliter et d’encourager la création d’emplois et le développement des activités. Quels sont les moyens financiers et de prise de décision dont vous disposez ? S’il est vrai que l’échelon municipal a perdu des compétences avec l’émergence de l’intercommunalité, nous demeurons des élus de proximité et au service du quotidien des habitants. Les moyens financiers sont ceux de notre budget municipal qui fait face à une politique d’investissement historique pour préparer l’avenir de Dieppe et à des dépenses de fonctionnement dont nous attendons la plus grande plus-value en termes d’amélioration pour la vie des Dieppois. Tout cela sans la moindre augmentation d’impôts. Jean Bazin : Dieppe ville de tourisme ou Dieppe ville portuaire ? Je ne partage pas votre analyse. Pour Dieppe, il faut un double développement : portuaire et touristique. Dieppe sera les deux ou ne sera rien. Ses différences font toute sa richesse. J’en ai la conviction. Arrêtons d’opposer. Cela nous pénalise depuis trente ans. Maintenant, rassemblons. Oui au port de commerce. Il revivra si nous comprenons qu’il faut d’autres trafics et d’autres activités que le fruit. Oui à notre activité industrielle, riche et diversifiée. Il faut la structurer et la conforter. Oui à la pêche, fondement de notre économie locale et de son histoire. Il faut la soutenir parce qu’elle souffre. Oui au développement touristique, créateur d’emplois. Si proches de Paris, nous avons un potentiel énorme à exploiter. Avez-vous des réponses concrètes à apporter aux problèmes de la ville ? Le travail accompli ces dernières années apporte des réponses concrètes : construction et réhabilitation de 800 logements, centre balnéaire, plan local d’insertion et d’emploi… Pourtant, il n’y a pas de lieu de faire de l’autosatisfaction. Notre ville a besoin d’aller plus loin. Il lui faut un souffle nouveau et des projets à partager. Je suis, par exemple, favorable à la création d’un budget participatif pour chaque quartier. Quels sont les moyens financiers et de prise de décision dont vous disposez ? A la mairie, adjoint aux finances, je me bats pour une gestion saine tournée vers le service à la population. Ce n’est pas le plus visible mais c’est bon pour l’avenir. A l’Agglomération, je pilote l’Agenda 21, plan local du développement durable. Il aboutira en mars prochain. A la Région, j’ai demandé la création du syndicat mixte pour le port. Aujourd’hui, c’est une réalité. C’est par le travail, par les convictions et par la volonté que l’on avance. Patrick
Hoornaert : Dieppe ville de tourisme ou Dieppe ville portuaire ? Il est vrai que Dieppe se trouve à un nouveau tournant largement amorcé depuis 2001. Chacun peut le constater à travers la confiance dans la gestion de notre ville. Les différents investisseurs, en immobilier, en matière de tourisme et demain par les professionnels du fret portuaire, nous le prouvent. Il n’y a pas d’incompatibilité entre l’activité du port de commerce et les autres activités transmanche, plaisance et pêche. Il faut simplement donner la bonne mesure à chaque activité. c’est à mon avis l’option la plus juste. Avez-vous des réponses concrètes à apporter aux problèmes de la ville ? Le problème qui date dans cette ville reste malheureusement le chômage et le manque de qualification. Les solutions concrètes seraient d’augmenter la capacité d’embauche des très petites entreprises mais ces mesures relèvent de la politique de l’Etat. En tant qu’élu, j’ai peu de moyens ; en revanche, j’ai déjà prouvé en tant qu’employeur ma capacité à créer des emplois. Nous sommes plus d’un million d’employeurs prêts à créer un nouveau poste de travail si l’Etat libère notre énergie. Quels sont les moyens financiers et de prise de décision dont vous disposez ? La situation économique des Dieppois doit s’améliorer mais pour le plus grand nombre d’entre nous, elle reste acceptable (les vendeurs de téléviseurs à écran plat sont surpris par les achats). Notre action se tourne vers ceux qu’il faut aider par l’accès au travail, par l’insertion et non par des chèques de complaisance. Alain Le Vern :
président du syndicat mixte Dieppe ville de tourisme ou Dieppe ville portuaire ? Pourquoi opposer le développement touristique et l’activité commerciale et industrielle ? L’une comme l’autre contribuent au développement économique. Les emplois du tourisme ne peuvent pas être délocalisés, eux ! C’est pour cette raison que le syndicat mixte s’engage à la fois à développer la plaisance et à remettre en état l’outil portuaire. L’activité commerciale du port est aujourd’hui au point mort, c’est un fait. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour tenter de la relancer. La tâche n’est pas simple et la partie n’est pas gagnée d’avance. Sur ce point, je pense qu’il faut avoir le courage de dire les choses plutôt que de promettre monts et merveilles. Dieppe est prisonnière de son passé politique. L’avenir dépend aujourd’hui d’un choix : celui des Dieppois qui devront choisir l’équipe à laquelle ils souhaitent confier la conduite de la politique municipale jusqu’en 2014. Avez-vous des réponses concrètes à apporter aux problèmes de la ville ? Les réponses concrètes, nous en apportons régulièrement. Qu’il s’agisse de la station balnéaire, du stade des Vertus, des lycées, du contrat d’agglomération, du tourisme, du port…, la Région accompagne financièrement l’ensemble de ces projets. Pour autant, il ne lui appartient pas de définir la politique locale en s’immisçant dans les décisions relevant de la Ville et de l’équipe en place. Les actes relèvent aussi de la responsabilité des élus locaux. Quels sont les moyens financiers et de prise de décision dont vous disposez ? Par des dizaines de millions d’euros, la Région accompagne les projets locaux et agit également dans de nombreux secteurs tels que les transports ferroviaires de voyageurs (modernisation de la liaison Rouen-Dieppe par exemple), la rénovation des lycées, l’accompagnement des entreprises ou la réalisation de la RN27… Aux Dieppois aussi de faire ! Jean Dasnias :
président Dieppe ville de tourisme ou Dieppe ville portuaire ? L’économie et l’emploi font partie des compétences obligatoires et prioritaires de l’agglo. La relance des ports de commerce, pêche et plaisance dans le cadre du syndicat mixte du port de Dieppe auquel la communauté adhère est tout à fait complémentaire du développement touristique souhaité par Dieppe-Maritime et doit engendrer la création de richesses et d’emplois. Le futur office de tourisme d’agglomération permettra notamment de promouvoir le pôle dieppois. Avez-vous des réponses concrètes à apporter aux problèmes de la ville ? La Ville de Dieppe fait partie de la communauté d’agglomération et est représentée à ce titre par un tiers des conseillers communautaires. C’est dire que nos destins sont liés sur les grandes problématiques étudiées, notamment en termes d’aménagement du territoire, de logement, de déplacements, d’emploi avec le PLIE, de prévention de la délinquance, qui ne peuvent être véritablement pertinentes qu’à l’échelle d’un territoire élargi. Quels sont les moyens financiers et de prise de décision dont vous disposez ? Les moyens financiers de Dieppe-Maritime sont limités à la dotation de l’Etat ainsi qu’à la croissance de la taxe professionnelle puisque l’agglomération reverse intégralement aux communes le produit des taxes professionnelles perçues en 2002. Dans ces conditions, il nous appartient de rechercher les partenariats institutionnels et de négocier de façon à ce que dans notre prochain contrat d’agglomération 2008-2013, des actions largement financées puissent redonner au pôle dieppois l’image et l’attractivité qu’il mérite. Il revient à la communauté d’agglomération, au travers de toutes ses communes membres, de mobiliser son énergie sur des compétences définies par la loi et vitales pour notre territoire, avec l’effet de levier dont elle dispose. Sandrine Hurel :
Dieppe ville de tourisme ou Dieppe ville portuaire ? Le syndicat mixte s’est doté d’un budget dépassant les 15 millions d’euros. Cette enveloppe importante permettra, dès 2007, de remettre à niveau les équipements portuaires afin de relancer l’activité commerciale, conforter l’activité pêche et développer le nautisme. Après des années d’immobilisme, tout est mis en œuvre pour créer un environnement favorable visant à « attirer » les investisseurs de demain pour nos quatre ports. Nous devons nous en réjouir. C’est une véritable chance pour l’économie dieppoise. Avez-vous des réponses concrètes à apporter aux problèmes de la ville ? Dieppe souffre de son image dégradée, de ses divisions affichées. Notre ville a pourtant des ressources, des potentialités à développer. A condition de prendre des initiatives ! La Région et le Département ont d’ores et déjà permis de mobiliser des moyens pour la réalisation de grands projets comme le grand stade ou la station balnéaire… Leur soutien nous est acquis. Mais Dieppe est aujourd’hui à la croisée des chemins. Il nous faut choisir et prendre en main notre destin. Je serai aux côtés des Dieppois pour faire de Dieppe une ville résolument tournée vers le futur. Quels sont les moyens financiers et de prise de décision dont vous disposez ? Des engagements concrets viennent enfin d’être pris en faveur de la relance du port. C’est maintenant que Dieppe doit préparer son avenir. Notre cité, comme Rouen, peut devenir un pôle d’équilibre régional reconnu. C’est possible si les acteurs économiques et politiques jouent collectif. En tant qu’élue locale, je continuerai à agir en responsabilité dans l’intérêt des Dieppois. Aux polémiques stériles, je préfère le langage de la vérité et les actions concrètes qui permettent d’aller de l’avant. Construire notre avenir, c’est avant tout identifier des projets et ceux qui sont capables de les porter. Sébastien Jumel
: Dieppe ville de tourisme ou Dieppe ville portuaire ? De quoi s’agit-il ? Une option consiste à proposer aux habitants qui souffrent des anneaux de plaisance dans le port de commerce, un golf et des logements de standing. La plaisance, c’est six emplois. Cette option constitue une provocation. La deuxième option que je défends dans un large rassemblement au sein du Comité de développement portuaire consiste, à partir de propositions sérieuses, à projeter Dieppe vers l’avenir en développant l’ensemble de ses activités. Démocratiser la plaisance certes, mais consolider les 2 500 emplois liés au transmanche, au commerce et à la pêche, c’est là notre priorité. Avez-vous des réponses concrètes à apporter aux problèmes de la ville ? En cinq ans, la droite a montré son incapacité à défendre Dieppe et ses habitants. Il faut que Dieppe retrouve sa force de vie et de progrès en partage ; il faut doter notre région d’un enseignement supérieur pour éviter de voir partir les jeunes, renforcer la présence des services publics pour favoriser la cohésion sociale dans nos quartiers, redonner à Dieppe la place d’une ville qui compte dans l’aménagement du territoire régional avec des transports et des infrastructures modernes respectueuses de l’environnement, renforcer la place de l’hôpital public de référence, mener une véritable relance de l’emploi à Regma, à Alpine et à Eurochannel, par exemple. Quels sont les moyens financiers et de prise de décision dont vous disposez ? Quand je renforce les moyens de nos collèges, avec par exemple des équipements sportifs à Neuville et à Janval, alors que le gouvernement tente de casser l’EPS ; quand je soutiens la vie associative, culturelle ou sportive, j’agis comme vice-président du Département pour aider financièrement notre territoire. Mais c’est au plan national qu’il convient de changer les choses. |
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