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Journal du 22 décembre 2006

Délégation de service public pour la gestion
de la ligne Dieppe-Newhaven
Louis Dreyfus décroche la ligne transmanche,
le choix de la raison

Le délégataire du service public qui assurera la gestion de la ligne transmanche jusqu’en 2014 est enfin connu. Le résultat du vote s’est fait attendre et c’est au terme d’une réunion houleuse que Véolia a finalement été écartée.

C’est le choix de la raison. Hier, à midi, la décision est tombée : la gestion de la ligne Transmanche Ferries a été attribuée à Louis Dreyfus Armateurs (LDA) au détriment de son challenger Véolia. Au nom du respect de la libre concurrence, le Département, ancien propriétaire et gestionnaire de Transmanche Ferries, a été contraint par Bruxelles de se désengager de la gestion du trafic ferries sous peine de fermeture de la ligne. Le désengagement initié début 2006 prévoyait donc un appel d’offres auquel ont répondu un grand nombre de sociétés. Rapidement la majorité d’entre elles ont été écartées. Avant le dernier round de mardi, deux candidats restaient en course : Véolia et LDA.

C’est donc LDA qui décroche la timbale. L’armateur déjà présent au Havre propose d’assurer au moins deux rotations par jour en période hivernale entre Dieppe et Newhaven. L’été, trois allers-retours seront programmés quotidiennement. C’est un peu moins de rotations que ce qui était proposé par Véolia mais en contrepartie, LDA coûtera moins cher à la collectivité. La compagnie recevra en échange 14,6 millions d’euros d’argent public chaque année et prendra à son compte tout déficit ou bénéfice de la ligne. De son côté, Véolia voyait plus grand en demandant près de 20 millions d’euros de subventions au pouvoir public pour assurer le fonctionnement de la ligne. (à noter qu’en 2006 Transmanche Ferries devrait enregistrer près de 21 millions d’euros de perte avec plus de 210 000 passagers et près de 50 000 remorques transportées entre la France et l’Angleterre).

« C’est le projet le plus pragmatique, le plus raisonnable et le plus réaliste qui a été choisi, décryptait la sénatrice Sandrine Hurel (PS), satisfaite du choix de la commission. Il offre des garanties sur la pérennité de la ligne. LDA recevra près de 14,6 millions d’euros contre les 20 millions d’euros demandés par Véolia. Les élus de Dieppe qui regrettent que ce ne soit pas l’offre la plus ambitieuse (celle de Véolia) oublient de dire qu’ils doivent près de 200 000 euros pour la gestion de la ligne. Auraient-ils été capables de trouver les 4 millions d’euros supplémentaires ? »

Un des deux bateaux au Havre

Contrepartie de cet allégement dans les subventions, Louis Dreyfus obtient le droit d’utiliser l’un des deux bateaux dieppois pour assurer un service annexe durant la période estivale. L’un des ferries, Seven Sisters ou Côte d’Albâtre, sera donc utilisé afin de réaliser une rotation supplémentaire entre Le Havre et Newhaven.

Une hypothèse qui mécontente le député-maire de Dieppe Edouard Leveau, partisan de Véolia : « Je regrette de voir enlever l’un des deux bateaux de Dieppe pour le mettre au Havre par intermittence. Ce n’est pas logique quand on veut développer la ligne. » Lors des débats de la commission qui se sont révélés houleux, les trois élus dieppois se sont opposés au choix de LDA. « Il va y avoir une redisposition des bateaux et nous prévoyons que le développement du fret se face désormais sur Le Havre. La venue de Véolia sur la Manche aurait été intéressante dans la mesure où il y aurait eu concurrence entre deux opérateurs différents, l’un sur Le Havre et l’autre sur Dieppe. Je crains que les retombées soient désormais plus favorables au Havre qu’à Dieppe », réagissait Hubert Vergnory, adjoint à l’urbanisme de Dieppe.

D’autres acteurs locaux tenaient des propos plus mesurés comme Lucien Lecanu, président du collectif portuaire transmanche pour la CGT, qui se déclarait satisfait : « Ce choix était prévisible compte tenu des appels d’offres. C’est le choix d’une entreprise qui a déjà une grande expérience dans le domaine maritime par rapport à une entreprise qui avait de gros moyens mais peu de savoir-faire. Dreyfus qui avait besoin de navires trouve ainsi une réponse à sa demande. J’ai cependant la crainte que l’effort commercial qui sera proposé par Louis Dreyfus, qui a le monopole aujourd’hui entre Dieppe et Le Havre, ne porte essentiellement vers Le Havre. »

La signature du contrat définitif entre LDA et le Département devrait intervenir avant la fin de l’année.

Jérôme Lasselin

Calendrier à venir :

Fin décembre 2006 : signature du contrat définitif avec Louis Dreyfus Armateurs.

Entre janvier et mars 2007 : installation du délégataire à Dieppe.

A partir du 1er mars 2007 : entrée en service de la délégation de service public.

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