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Journal du 1er décembre 2006

Il a été reconnu coupable par la cour d’assises de Rouen
Pédophilie : Cribelier condamné
à dix ans de prison

Jean-Marie Cribelier a accueilli sans commentaire la sentence de la cour d’assises. Accusé de viol et d’agressions sexuelles, l’ex-président des Pingouins a été condamné à dix ans de réclusion criminelle mercredi soir après trois jours de procès.

Dix ans de prison ferme, tel est le verdict rendu par la cour d’assises de Rouen mercredi soir dans le procès de Jean-Marie Cribelier. Les jurés ont donc déclaré l’ex-président des Pingouins coupable de viol et d’agressions sexuelles sur deux fillettes en 1999 et 2002 (voir notre journal du 28 novembre), un suivi socio-judiciaire de cinq ans a également été adjoint à la réclusion criminelle. Accablé après le verdict, Jean-Marie Cribelier, qui avait pourtant plaidé jusqu’au bout l’acquittement, ne sait pas encore s’il fera appel.

Dans ce procès, c’est la parole des deux jeunes filles âgées de huit et neuf ans au moment des faits qui a finalement été entendue par la cour. Des paroles qui ont été confortées par une dizaine de jeunes femmes venues témoigner contre Jean-Marie Cribelier, accusant ce dernier d’attouchements sexuels et de viols à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Les jeunes filles étaient elles aussi âgées d’une dizaine d’années au moment des faits. Des faits aujourd’hui prescrits mais qui ont pesé lourd à la barre.

« Enorme souffrance »

« C’était un moment très émouvant, témoigne Rose-Marie Capitaine, avocate de la partie civile. Ces femmes d’âge mûr témoignaient d’une énorme souffrance. Elles ont démontré que cet homme avait ce comportement depuis au moins vingt ans ». Philippe Lescene, avocat de Jean-Marie Cribelier, concède que ces mots ont été durs à soutenir : « C’est l’élément qui a compté dans le verdict des jurés », estime-t-il.

Autre élément clef, la personnalité de Jean-Marie Cribelier. Dans son rapport, l’expert psychologique dressait un bilan peu flatteur de l’homme. Il décrivait « un individu narcissique et manipulateur présentant des perversions pédophiles, pouvant commettre des actes de nature prédatrice et qui n’aurait apparemment pas conscience d’avoir une quelconque pathologie sexuelle ».

« Cela faisait trente ans que Cribelier sévissait à Dieppe et personne n’osait porter plainte en raison de sa personnalité. Il a joué avec beaucoup de monde, ses proches, les médias. Il avait constamment un double visage et les personnes qui sont venus témoigner en sa faveur se sont finalement effondrées à la barre », a argumenté Marie-Pierre Ogel, elle aussi avocate de la partie civile. « La personnalité générale de mon client a posé des problèmes, confirmait Me Lescene. L’analyse des experts a beaucoup compté. La personnalité qui a été dépeinte colle avec les faits reprochés ce qui a porté énormément préjudice à mon client ».

Théorie du complot

La stratégie de Cribelier a été de plaider l’acquittement jusqu’au bout, malgré des premiers aveux et une rétractation par la suite. « Son attitude l’a beaucoup desservi. A la barre, il s’est enfermé dans le déni le plus total de ce qu’il avait fait. Il a affirmé qu’il avait premièrement reconnu les faits sous la pression des gendarmes » explique Me Rose-Marie Capitaine. La théorie du complot entre les gendarmes et les parties civiles, prônée par l’accusé, a également été rejetée en bloc. « Cela ne tenait pas debout, quels intérêts auraient eu ces deux gosses à raconter ça ? Cribelier a parlé de complot entre des gens qui ne se connaissaient pas », poursuit Me Capitaine.

Les deux jeunes filles qui s’étaient constituées parties civiles ont respectivement obtenu 12 000 et 2 500 euros de dommages et intérêts. Me Rose-Marie Capitaine était à leurs côtés au moment du verdict : « Dans ces affaires de mœurs, c’est souvent la parole de l’un contre la parole de l’autre. Les deux enfants ont été soulagées de voir que la cour avait retenu leurs paroles et qu’elles n’étaient pas qualifiées de menteuses, cela a été un réel soulagement. »

Quant à Jean-Marie Cribelier, il a dix jours pour faire appel. Son avocat devrait se rendre à la prison de Rouen où il est incarcéré pour prendre une décision : « La question est de savoir si mon client a plus de chance d’être cru plus tard. A priori, je pense qu’il ne devrait pas faire appel ».

Jérôme Lasselin

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