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Journal du 21 mars 2006

Le chanteur dieppois persiste et signe
Après « Bernadette »,
Romain Dudek égratigne Balkany

Touché par le succès grâce à la « censure » de sa chanson « Bernadette n’aime pas les enfants », le chanteur dieppois Romain Dudek en remet une couche cette semaine. Son site a été rétabli par Wanadoo et sa chanson a déjà fait le tour du web. Du coup, il en propose une autre, « Salauds de pauvres », qui s’inspire d’un discours du député UMP Patrick Balkany…

Son prochain album ne sortira qu’en septembre prochain, mais d’ores et déjà un titre (à coup sûr) et peut-être un autre (Romain Dudek fait tout pour) connaissent le succès avant même d’avoir été pressés. La censure maladroite de Wanadoo d’une chanson satirique sur Bernadette Chirac et son opération « pièces jaunes » (même s’il s’en défend et dit avoir été inspiré au départ par La femme du puisatier de Marcel Pagnol avant de glisser sémantiquement vers l’épouse du Président) a provoqué un souffle de solidarité sur Internet. Sur le web, les liens vers « Bernadette n’aime pas les enfants » en format MP3 se sont multipliés, et journaux et radios ont relayé l’aventure censurée du chanteur dieppois Romain Dudek.

Comme en France terre de liberté on n’aime pas les censeurs, être censuré est en effet la meilleure manière de ne pas rester dans l’anonymat. Pour remercier ceux qui l’ont défendu dans sa liberté d’expression et ont indirectement assuré la promotion de son titre, Romain Dudek leur a offert la semaine dernière une deuxième chanson en format MP3 téléchargeable gratuitement, « Salauds de pauvres ».

Un morceau plus funky que « Bernadette », qui prend cette fois pour point de départ une fausse interview du député des Hauts-de-Seine et maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, à propos de la misère dans certains quartiers. Un enregistrement réalisé pour Canal +, qui n’est pas passé à l’antenne, mais qui s’est envolé là encore sur Internet, incontestable espace des pires dérives (pédophilie, néo-nazisme…), mais aussi de liberté…

« La Belle au bois réveillée… »

« Il était une fois une chanson intitulée « Bernadette n’aime pas les enfants », nous a écrit le chanteur vendredi dernier sur le ton d’un conte de fée façon La Belle au bois dormant. « Elle avait vu le jour sur le « ouaib », pondue par un artiste méconnu et qui connaissait toutes les façons d’accomoder les patates. Dès sa naissance, elle avait été hébergée par une association qui tentait d’aider cet artiste à être moins méconnu et à équilibrer son régime alimentaire. Elle était si gentille et si délicate que beaucoup de gens vinrent la visiter et lui porter des vœux de bonheur. Mais la marâtre s’apercevant de ce manège vint purement et simplement la suspendre et lui jeter le mauvais sort suivant… » (Suit l’explication de Wanadoo sur la suspension provisoire du site http://perso.wanadoo.fr/lacompagniedecidela rétabli depuis, voir Les Infos du 14 mars).

Après sa version à lui (il ne s’agit pas d’un MP3 pirate puisqu’il en est lui-même l’auteur, et le portail du site est en travaux, ce qui explique l’absence de page d’accueil indiquant la nature de la chanson, ce qui était déjà le cas pour d’autres textes moins sulfureux), Romain Dudek conclut en en remettant une bonne couche : « L’histoire finirait ainsi et nous plongerait dans un abîme de tristesse si de preux chevaliers n’étaient intervenus au secours de la malheureuse, l’hébergeant eux-mêmes ou la transmettant à d’autres et chantant partout ses louanges et ses déboires… Du même coup, le chanteur énervé mit à disposition de ses valeureux défenseurs une autre chanson qui ferait ruer dans les brancards, « Salauds d’pauvres », qui comporte des extraits d’un discours d’un politique fameux (…) Histoire d’en remettre une louche, et si vous vous en sentez la vaillance, nous vous invitons à faire circuler ce mail, télécharger « Bernadette » et/ou « Salauds d’pauvres », la copier autant que vous le jugez nécessaire et la mettre en ligne si vous le pouvez » (www.secouez.org, par exemple).

En pleine loi sur le téléchargement illégal, voilà un auteur qui nage à contre-courant en offrant pleinement ses droits sur le titre. Mais ce sera sans doute une bonne façon, pour son avenir professionnel, de manger moins de patates…

O.B.

Tout commence par un discours

Avant les premières notes de « Salauds d’pauvres », voici la fameuse « fausse interview » de Patrick Balkany, député-maire de Levallois-Perret, réalisée en novembre 2005 par des étudiants américains et ayant servi de pilote pour une émission de Karl Zéro sur Canal + jamais diffusée (mais le petit film est visible sur Internet).

A la question en anglais du faux journaliste de télé américaine à qui il croit avoir affaire (« comment avez-vous incité les pauvres à quitter les centres villes pour aller vivre en banlieue »), Patrick Balkany répond, ce qu’on entend au début de la chanson de Romain Dudek : « Ce que vous appelez les pauvres, je suis désolé de vous le dire, ce sont des gens qui gagnent un peu moins d’argent. Et comme ils gagnent moins d’argent, ils ont les mêmes logements que les autres, sauf que eux les paient moins chers, et ils vivent très bien. Nous n’avons pas de misère en France. Il n’y a pas de ce que vous appelez « les pauvres ». Bien sûr, il y a quelques sans domicile fixe qui, eux, ont choisi de vivre en marge de la société. Et même ceux-là, croyez-moi, on s’en occupe, il y a des foyers d’accueil. Parce que en hiver, en France aussi, il fait froid, et il n’est pas question de laisser dehors ces gens dans la misère ».

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