Journal du 4 novembre 2005

Agents de joueurs et fili貥s vendeuses de r궥s
Le r궥 du football africain passe aussi par Dieppe

Les n駲iers modernes sont en costume-cravate. Et le 렣oke u’ils ont 력n stock comme dans Tintin) d颡rque sur le continent europ饮 en chaussures ࠣrampons et maillot de football estampill頤’un num鲯 dans le dos. Qu’ils viennent d’Am鲩que du sud, d’Asie, d’Europe de l’Est et surtout d’Afrique, les footballeurs sont aujourd’hui des marchandises de luxe ࠬa botte d’interm餩aires peu scrupuleux. Dieppe, rest饠jusqu’࠰r鳥nt en dehors du trafic, poss褥 maintenant quelques 렩chantillons e ces talents africains.

Paradis artificiel pour des peuples soumis ࠬa mis貥 du quotidien, l’Europe du football ressemble ࠵n Eldorado. Mais l’apparence est trompeuse. Et la r顬it頳ouvent bien plus cruelle. Dans un sport oe racisme plane sans cesse au-dessus des tribunes, sur la pelouse en revanche on brandit volontiers l’鴥ndard de la mixit頳ociale et culturelle. Mais c’est au nom de cette diversit頱u’une poign饠d’agents, sponsors, dirigeants… s’enrichissent sur le dos des gamins des favelas de Buenos Aires ou des bidonvilles de Bamako ou Kinshasa. Comme un vulgaire trafic de cigarettes de contrebande, le joueur de foot est devenu un produit de luxe. 렉l a de l’or dans les jambes 렪oue comme un dieu mꭥ si on n’a encore jamais vu un Dieu devenir Ballon d’or), les expressions ne manquent pas pour 렶endre on joueur. Ils ont douze, quinze, vingt ans et r궥nt de ballon et d’une vie meilleure. Mais les recrues des clubs europ饮s deviennent ce que leurs agents veulent bien en faire…

Les joueurs arrivent sur le territoire d’un pays ࠬa suite de la d鬩vrance d’un visa touristique de trois mois. Officiellement, ils sont l࠰our un test de d鴥ction et jonglent d’un club ࠬ’autre, bien plus qu’avec le ballon. Puis une fois que les managers ont trouv頬eur 렰erle rare ils renvoient les autres vers leur mis貥 tiers-mondiste. Abandonn鳠ࠬeur sort, les recal鳠auront bien du mal ࠡccepter l’飨ec et refusent un improbable retour au pays. Alors ils finissent dans l’ill駡lit鬠sans permis de travail ni titre de s骯ur. En th鯲ie, les interm餩aires se chargent de rapatrier les jeunes qui ont 飨ou鮠En r顬it鬠une fois les tests pass鳬 ils ne les connaissent mꭥ plus. La gal貥 commence au cœur d’une Europe dont ils ignorent tout.

Du r궥 de gloire ࠬa clandestinit鼯strong>

Les clubs europ饮s ont besoin de ces jeunes joueurs pour gonfler les effectifs, r顬iser des plus-values et alimenter un r鳥au d鶯reur de carri貥s de plus en plus courtes. En France, il existe des circuits en parall謥 ࠬa F餩ration fran硩se de football et ࠬa Ligue. Mais officiellement, 렯n ne veut pas de 硠chez nous Dipls alibis, cursus de formation 飯urt鳬 飯les techniques priv饳, tous les moyens sont bons pour d鴯urner les jeunes vers des plans de carri貥 sans v鲩table lendemain.

Lorsqu’un club essaie dix joueurs, un seul sort du lot. Les neuf autres ne retourneront pas dans leur pays d’origine, persuad鳠de pouvoir r鵳sir leur r궥 europ饮. Les plus chanceux iront vers des clubs de niveau inf鲩eur (National, CFA), les autres finiront clandestins. Le r궥 se transforme alors en cauchemar. Agents originaires des pays de d鰡rt ou interm餩aires europ饮s peu scrupuleux, le ver est bel et bien dans le fruit et depuis longtemps. Et les clubs les plus riches en profitent.

A Dieppe, pas de r鳥au

Au FC Dieppe, les joueurs 鴲angers sont encore assez peu nombreux, mꭥ si quelques-uns ont fait leur apparition depuis deux ans. Jusqu’alors, les 렩trangers u FC Dieppe s’appelaient Hamel (n頠 Rouen), Guyot (n頠 Gournay-en-Bray) ou Parmentier (n頠 Mont-Saint-Aignan). Les autres 鴡ient dieppois (Boudet, Burel, Gonel, Vincent, Affagard, Demouchy, Pigeon). Mais depuis quelques ann饳, le niveau du championnat de France amateur (CFA) s’est 鬥v鮠Pour r鳩ster, le FC Dieppe a d’abord fait appel ࠤu renfort venu de la r駩on parisienne (Natchimie, Za朗, Daoudi). D鳯rmais les renforts viennent de plus loin. Actuellement un milieu de terrain d’origine s鮩galaise est ࠬ’essai et pourrait rejoindre l’autre S鮩galais du groupe arriv頥n 2004, Dominique Mendy. Le jeune Ousman M’Bengu鬠qui a fait l’objet de tests ces derniers jours, serait arriv頥n France en 2003 officiellement pour ses 鴵des. Le voilࠠ la porte du CFA ࠄieppe ou ailleurs… A la r餡ction du journal, nous avons re絠par Internet en deux ans des dizaines de candidatures africaines pour jouer au FCD. Une erreur d’adresse mail esp鲡nt aboutir au FCD, qui traduit tout de mꭥ l’engouement des jeunes Ivoiriens ou S鮩galais pour le football dieppois.

Quant ࠁdama Karamoko, il a d’ores et d骠 sign頡u FCD. Ce jeune Ivoirien ⧩ de 20 ans a pass頵ne saison au FC Tours. Mais bless頥t contraint de jouer avec la r鳥rve, il a pr馩r頱uitter la Touraine pour les bords de la Manche. Arriv頥n France tr賠jeune, Adama Karamoko a franchi tous les 飨elons en r駩on parisienne. A Dieppe, il a bien failli 괲e une nouvelle fois 飡rt頤e son r궥. Deux ou trois prestations ࠬ’entrament lui ont permis de s’extirper du lot. Mais pour combien de temps ? A Dieppe comme ailleurs, il sera jug頳ur son rendement et ses r鳵ltats. Et contrairement aux autres, il ne jouera peut-괲e pas seulement son avenir sportif.

L. H.

Christ-Jaur賠Moukila a quitt鍊 Brazzaville ࠱5 ans
Le footballeur dieppois a suivi un recruteur congolais

Christ-Jaur賠Moukila a quitt頂razzaville ͊ l’⧥ de 15 ans. Le footballeur dieppois qui ne joue plus depuis pr賠d’un an (ࠬa suite d’une blessure) a baroud頵n peu en Allemagne avant de rejoindre ses fr貥s en France. Entre un recruteur congolais qui croyait en lui, une maman rest饠au pays et deux fr貥s qui 鶯luaient d骠 en France, Christ-Jaur賠se devait de marcher sur les traces d’un papa, Ballon d’or africain en 1974.

렌orsque je suis parti du Congo, j’avais d骠 mes fr貥s en France. L’un 鴡it au centre de formation ࠐaris et l’autre ࠐacy-sur-Eure. Eux-mꭥs avaient quitt頬e pays avec papa quelques ann饳 plus te souvient Christ-Jaur賬 qui 鴡it encore trop jeune ࠬ’鰯que. 렌orsqu’ils sont partis jouer en France, j’鴡is encore trop petit et je suis rest頡vec maman Ses origines modestes, Christ-Jaur賠les revendique. 렊’鴡is bien dans ma famille. On ne manquait de rien. Chez moi, tout le monde 鴡it tr賠sportif assure-t-il. D’ailleurs son p貥, Ballon d’or africain en 1974, est 렬e footballeur du si裬e au Congo ’amuse le fils avec une pointe de nostalgie et de fiert鮠렊e n’ai pas pu profiter de mon p貥 parti trop tegrette-t-il.

D賠l’⧥ de 9-10 ans, Christ tripote la balle pieds nus dans les rues de la capitale congolaise. 렌ors d’une s鬥ction dans l’鱵ipe nationale des moins 15 ans face au Togo, j’ai 鴩 rep鲩 par un recruteur congolais r鳩dant en Allemagne. A la sortie du terrain, il m’a dit qu’il me trouvait assez bon et m’a demand頳i j’鴡is int鲥ss頰our jouer en Europe xplique le joueur dieppois. Mais ࠬ’鰯que, le foot est avant tout un jeu pour cet adolescent qui ne pense pas en faire son m鴩er. 렌e recruteur est venu me voir ࠬa maison avec maman. Et je suis finalement arriv頥n Europe en 1998. J’ai jou頵n an chez les 15 ans ͊ Karlsruhe en Allemagne Mais lୢas, Christ-Jaur賠Moukila ne connapersonne. 덊 Ma famille me manquait et je ne parlais mꭥ pas la langue D鲡cin頤ans un pays oa politique de formation est 려iff鲥nte Christ-Jaur賠choisi de rejoindre la France et ses deux fr貥s. 렊’ai alors d飩d頤’arr괥r de jouer durant six ࠨuit mois. Puis un cousin m’a propos頤e jouer ࠖiry (CFA). J’avais un peu plus de 16 ans. L’entraur de l’鱵ipe premi貥 a demand頡u coach de la r鳥rve qui j’鴡is. Le lendemain il a voulu me voir. Le dimanche suivant, j’avais une licence et l’ann饠d’apr賠j’int駲ais le groupe CFA Puis c’est un recruteur de Sedan qui fini par le rep鲥r et lui donne sa chance durant trois saisons.

Titre de s骯ur contre contrat

렐our avoir un titre de s骯ur, il faut avoir un contrat de travail. C’est le r궥 de tous les footballeurs en Afrique ssure-t-il. Un r궥 souvent bris頳ur les falaises de la r顬it頣ulturelle et politique du pays d’accueil. Au Congo, tous les jeunes veulent venir en France. Pourquoi la France ? Sans doute les relents d’une douloureuse histoire coloniale commune. Le Congo belge (ex-Zaﲥ) 鴡it belge, capitale L鯰oldville devenue Kinshasa, mais son voisin le Congo Brazzaville 鴡it fran硩s… 렌es Congolais, S鮩galais, Ivoiriens pr馨rent la France pour des raisons de langue. Les Ghan饮s et Nig鲩ans sont plut tourn鳠vers les pays anglophones xplique Christ-Jaur賠Moukila. Et d’ajouter : 렉l faut avoir du courage et croire en soi pour quitter son pays pour vivre du football Mais le jeune homme sait aussi que ce milieu draine des vendeurs de r궥s. 덊 C’est comme partout ailleurs, il y a des bons et des mauvais recruteurs ou agents. En Afrique comme en Europe, il y a beaucoup de gens qui font des promesses aux jeunes. Et quand ils arrivent ici, ils se retrouvent abandonn鳮 Il y en a mꭥ qui sont oblig鳍 de repartir r鶩ent-il.

L. H.


Archives 1998   Archives 1999   Archives 2000  Archives 2001  Archives 2002 
Archives 2003  Archives 2004  Archives 2005
Recherche   Accueil