Journal du 25 octobre 2005

Entre sentiment d'injustice et intime conviction
Accus饠de vol, l'aide ࠤomicile clame son innocence,
mais finit en garde ࠶ue

Accus饠par une personne ⧩e de lui avoir vol頤e l’argent il y a presque neuf mois, une aide ࠤomicile s’est retrouv饠24 heures en garde ࠶ue au commissariat de Dieppe mardi 11 octobre. Qu’elle soit coupable ou non, l’exp鲩ence de cette Dieppoise interroge sur les effets d’une telle proc餵re. Entre l’intime conviction des uns et le sentiment d’injustice des autres, la garde ࠶ue est vraiment un moment cl頤ans les rouages de la justice.

L’histoire v飵e par une aide ࠤomicile de la Ville de Dieppe peut arriver ࠮’importe lequel d’entre nous. A condition de se retrouver suspect鬠࠴ort ou ࠲aison, d’avoir commis un d鬩t. Pour comprendre cette affaire il faut revenir neuf mois en arri貥. A la fin du mois de janvier 2005, l’aide ࠤomicile assure son service chez une octog鮡ire. Cela fait quelques semaines qu’elle travaille ici et tout le monde semble satisfait. Mais lundi 31 janvier, la personne ⧩e porte plainte au commissariat pour le vol de 120 euros en liquide. Elle accuse son aide ࠤomicile de lui avoir subtilis頬a somme tandis qu’elle faisait le m鮡ge dans sa chambre. Entendue sur cette affaire dans la foul饬 l’employ饠municipale nie les faits au cours d’une audition classique. Sans preuve formelle ni perquisition, le dossier semble ࠳es yeux rapidement class饮 렄u moins c’est ce que j’ai cru ࠣe moment-l࠻ explique la jeune femme. D’ailleurs au cours des neuf mois qui suivent, elle continue d’exercer son activit頥n prenant soin bien sd’鶩ter tous contacts avec celle qui l’accuse. Plusieurs lettres de soutien d’autres personnes ⧩es viennent la r飯nforter.

Mardi 11 octobre : la garde ͊ vue

Mais mardi 11 octobre, tout a bascul鮠En rentrant chez elle, l’aide m鮡g貥 en CDD depuis deux ans ࠬa Ville d飯uvre sur sa porte une convocation pour une audition au commissariat. 렁u d鰡rt je n’ai pas compris de quoi il s’agissait. Je m’y suis rendue. Mais ࠱7 h 45 j’鴡is plac饠en garde ࠶ue sans pouvoir r飵p鲥r mon enfant de cinq ans xplique-t-elle, avec dans la voix un profond sentiment d’injustice.

Pourtant la proc餵re est assez classique, mais elle choque l’aide ͊ domicile peu habitu饠aux rouages de la machine judiciaire. Aujourd’hui elle clame son innocence et ne comprend pas pourquoi, neuf mois apr賠la premi貥 audition, elle se retrouve en garde ࠶ue. Toutefois le lieutenant en charge de l’enqu괥 lui r鶨le un 렩l魥nt nouveau Une sacoche aurait 駡lement disparu. 렌e policier et ses deux coll觵es m’ont dit que tous les faits les ramenaient ࠭oi. Mais je ne suis pas la seule ࠪtre all饠chez cette dame ce jour-lࠥt les jours suivants. D鳯rmais je sais que l’on est pr鳵m頣oupable tant que l’on n’a pas prouv頳on innocence ssure-t-elle. Choqu饬 l’employ饠de la Ville va passer une nuit en cellule (voir par ailleurs). Le lendemain, la perquisition ࠳on domicile ne permettra pas de faire la lumi貥 sur cette sacoche. Entre-temps, l’employ饍 municipale fera un malaise au commissariat et c’est depuis l’htal que sa garde ࠶ue sera finalement lev饠24 heures apr賠son commencement au commissariat.

A la Ville de Dieppe, on a bien du mal ࠳aisir ce qui a pu se passer. 덊 C’est une affaire qui rel趥 de la justice. Mais je sais que cet agent donne satisfaction et fait bien son travail. Je suis surpris par cette histoire. Quoi qu’il en soit, il s’agit de faits priv鳠qui ne regardent pas l’employeur xplique Claude Martin, directeur g鮩ral des services ࠬa Ville. Et d’ajouter : 렌a collectivit頮’est pas responsable, et nous n’allons pas nous substituer au pouvoir de la justice. S’il s’av貥 qu’il s’agit d’une calomnie, l’aide m鮡g貥 pourra toujours porter plainte pour diffamation. Dans le cas contraire, si elle est condamn饬 il y aura une proc餵re disciplinaire /small>

Enqu괥 r顬is饠par Laurent Hellier

Une nuit en garde ࠶ue
렕ne vraie descente aux enfers font>

Lorsque vous 괥s entendu dans une affaire, je vous conseille de prendre toujours un long manteau. Cela peut vous servir de couverture si vous 괥s plac頥n garde ࠶ue L’aide m鮡g貥 entendue la semaine derni貥 pour le vol de 120 euros chez une personne ⧩e il y a neuf mois a encore du mal ͊ r顬iser. D’ailleurs ࠬ’issue de son arr괠de travail, elle ne sait pas encore si elle reprendra son service.

La Dieppoise raconte son r飩t pour 鶡cuer ce qu’elle appelle son stress : 렃’est traumatisant ce genre d’aventure Et d’ajouter : 렁u d鰡rt, je croyais que la garde ࠶ue consistait ࠡttendre dans un bureau avec un caf鮠Mai j’ai vite compris que cela n’avait rien ࠶oir. Deux femmes avec des gants noirs m’ont fouill頡u corps. J’ai mꭥ detirer mon alliance et mes chaussures xplique-t-elle. Bref une proc餵re classique destin饠ࠩviter les accidents et les tentatives de suicide. Mais ce sont les conditions d’hygi讥 qui choquent le plus l’aide m鮡g貥. 렌es toilettes sont crasseuses, on entend des gros verrous qui claquent et il y a une cam鲡 point饠sur vous. Une paillasse et une planche de bois servent de lit. Mais vous ne savez pas qui 鴡it lࠡvant vous Bref la jeune femme a d飯uvert que la garde ࠶ue n’est pas un hl. Mais 硬 on le savait d骠.

Puis vient le temps des 련allucinations 렊e regardais les graffitis sur les murs, puis d’un seul coup ils se sont mis ࠢouger. Lࠪ’ai compris que j’avais un probl譥. Je me suis allong饠pour dormir. J’avais les oreilles qui bourdonnaient. J’ai v飵 une vraie descente aux enfers. C’est humiliant de croiser des gens dans le commissariat que vous connaissez et qui vous voient dans cette situation /small>

Que dit la loi ?

L’article 63 du code de proc餵re p鮡le d馩nit pr飩s魥nt les conditions d’une garde ࠶ue. 렌’officier de police judiciaire peut, pour les n飥ssit鳠de l’enqu괥, placer en garde ࠶ue toute personne ࠬ’encontre de laquelle il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soup篮ner qu’elle a commis ou tent頤e commettre une infraction. Il en informe d賠le d颵t de la garde ࠶ue le procureur de la R鰵blique. La personne gard饠͊ vue ne peut 괲e retenue plus de vingt-quatre heures. Toutefois, la garde ࠶ue peut 괲e prolong饠pour un nouveau d鬡i de vingt-quatre heures au plus, sur autorisation 飲ite du procureur de la R鰵blique. Elle est de 48 heures renouvelables une fois pour les affaires de stup馩ants /small>

L’avis du procureur de la R鰵blique
La garde ࠶ue est obligatoire

L’aide m鮡g貥 a 鴩 plac饠en garde ࠶ue et rel⣨饠au b鮩fice du doute xplique un policier. Et d’ajouter : 렎ous n’avons pas de preuve ࠣharge, mais des suspicions. La perquisition n’a rien donn鮠La femme a d魩nag頥ntre temps. L’affaire est d鳯rmais entre les mains du parquet /small>

Et justement le procureur de la R鰵blique, Jean-Daniel Regnauld, reconna que si la personne est innocente, elle a des raisons d’괲e choqu饮 Mais il brandit imm餩atement le code de proc餵re p鮡le pour justifier la d鴥ntion. Dans cette affaire, le procureur estime avoir 렵ne ou plusieurs raisons plausibles our placer la personne en garde ࠶ue. Et d’ajouter : 렓i elle est innocente, il est normal qu’elle soit choqu饮 La garde ࠶ue permet un contr. Il faut bien que les policiers puissent travailler. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, nous sommes oblig鳠de placer les gens en garde ࠶ue. Si une personne est arr괩e par un vigile ou n’importe quel citoyen dans un grand magasin, le policier ne peut pas faire autrement pour ouvrir des droits au pr鶥nu C’est ce que le procureur appelle 덊 l’effet paradoxal u nouveau r駩me. Avant les policiers pouvaient aller chercher le suspect dans le magasin pour l’entendre et le rel⣨er imm餩atement. D鳯rmais, d賠qu’une personne est priv饠de libert頭ꭥ durant dix minutes, elle doit 괲e remise ࠵n officier de police judiciaire et plac饠en garde ࠶ue mꭥ si elle ressort une heure apr賮

La justice relativise par ailleurs les conditions d’une garde ࠶ue. 렁 Dieppe, les cellules du commissariat sont chauff饳. Ce qui n’est pas le cas partout. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle aucune couverture n’est admise en cellule, afin d’鶩ter les tentatives de suicide onclut le procureur de la R鰵blique.

Le commissaire Skyba 鶯que la proc餵re
D骠 485 gardes ࠶ue ࠄieppe en 2005

Avec plus de 485 gardes ࠶ue depuis le 1er janvier 2005 (contre seulement 348 en 2004), le commissariat de police de Dieppe ne prend jamais cette d飩sion ࠬa l駨re. Mais cette ann饬 le nombre devrait tout de mꭥ avoisiner la barre des 600.

Une heure de paperasserie, beaucoup d’鮥rgie d鰥ns饠et du personnel mobilis頡illeurs que sur le terrain : autant de raisons de ne pas placer en garde ࠶ue n’importe qui n’importe comment. Il existe trois cadres possibles d’interpellation : le flagrant d鬩t (personne interpell饠entre 2 ࠸ jours apr賠les faits), l’enqu괥 pr鬩minaire (soit 80 ࠹0 % des cas) et la commission rogatoire (avec saisie d’un juge d’instruction). 렓elon le cadre, nous avons des moyens juridiques diff鲥nts mais toujours sous le contr du parquet. Si l’infraction devient d鬩t, il y a alors garde ࠶ue. On peut aussi placer quelqu’un en garde ࠶ue ࠰artir du moment ol est suspect頥t qu’il existe un faisceau d’indices xplique le commissaire Nathalie Skyba qui peut compter sur une dizaine d’officiers de police judiciaire (OPJ), les seuls habilit鳍 ࠰rendre ce type de d飩sion. 렁utant vous dire que nous ne prenons pas la garde ͊ vue ࠬa l駨re. C’est un acte grave qui restreint la libert頻.

Concernant les conditions de d鴥ntion, la patronne de la police dieppoise relativise. 렂ien s la d鴥ntion est une restriction de libert鬠mais ࠄieppe, les cellules sont en bon 鴡t ssure-t-elle. Nous n’avons pas eu l’autorisation de la direction d鰡rtementale de la police de le v鲩fier par nous-mꭥs. Et d’ajouter : 렌es gens plac鳠en garde ࠶ue ont droit ࠵n coup de t鬩phone, un avocat, un petit-d骥uner (biscuit et jus d’orange). ǡ pourrait 괲e pire /small>


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