| L’annonce de trente-trois
licenciements parmi les quarante-sept dockers du port de Dieppe a fait l’effet
d’une bombe d賠jeudi. Mais ࠬ’issue d’un week-end de n駯ciations, les
salari鳠de Dieppe Manutention ont obtenu un sursis. Mais un sursis seulement… Deux
mois. C’est le d鬡i de gr⣥ accord頣e week-end par la direction de L鯮
Vincent aux dockers dont l’avenir est toujours tr賠incertain. En fin de semaine
derni貥, les dockers 鴡ient en col貥 (voir Les
Informations Dieppoises du 21 octobre). Une col貥 ࠰eine apais饠lundi matin au
moment de reprendre le travail. Le sursis de deux mois accord頰ar la direction ne r觬e
pas le fond du probl譥.
Depuis l’annonce de trente-trois licenciements chez les dockers du port de
Dieppe jeudi soir au lieu de vingt jeudi matin, le temps semblait s’괲e arr괩
sur ce qui reste de l’activit頰ortuaire. Samedi matin ࠸ heures, une assembl饍
g鮩rale a tout de mꭥ permis d’y voir un peu plus clair. 렎ous n’avions
pas l’intention de d飨arger le bateau amarr頠 quai. On avait d飩d頤e ne pas
reprendre le boulot tant qu’il n’y avait pas de retrait du plan de
licenciements. On voulait des explications de la part du patron. Le directeur g鮩ral de
L鯮 Vincent, M. Lemonnier, est finalement venu nous voir explique Sylvain Varnier,
secr鴡ire du comit頤’entreprise. Une discussion qui aura permis de lever le
barrage filtrant install頤eux jours plus tࠬ’entr饠du terminal fruitier.
Chronique d’un plan de
licenciements
Chez les dockers, la solidarit頮’est pas un mot, mais
un mode de vie. 렌a premi貥 proposition qui nous avait 鴩 faite concernait des
d鰡rts volontaires pour les gens de 52 ans. Dix-sept dockers dont seize avec la carte G
(issus de la loi de 1947 sur le statut de docker professionnel) 鴡ient concern鳮 Il
s’agissait de verser des primes ࠬa valise sur le mod謥 de ce qui s’est fait
ࠂoulogne xplique Marcel Abraham, secr鴡ire adjoint du syndicat CGT. Et
d’ajouter: 렃ela aurait permis de d駲aisser les effectifs sans licenciement brut.
Mais le projet a capot鬠car il n’y avait pas d’argent Puis, rapidement,
l’id饠de licencier du personnel effleure la direction qui confirme son projet en
r鵮ion de comit頤’entreprise. On ne parle plus alors de d鰡rts volontaires,
mais de quinze ࠶ingt licenciements, d賠l’⧥ de 54 ans. Seulement voilଠils
ne sont qu’une dizaine ࠲鰯ndre aux nouveaux crit貥s. Il manque environ dix
noms. 렌a direction a alors d飩d頤e 렴aper ur les plus jeunes dockers qui
n’ont pas la carte G. Ils sont quatorze dans ce cas r飩se le d鬩gu鍊 syndical. Lorsque jeudi apr賭midi, les dockers ont appris par lettre recommand饠que
trente-trois personnes seraient purement et simplement licenci饳, c’en 鴡it trop.
Trente-trois licenciements, voil࠱ui a de quoi allumer la m裨e de la
col貥. Avec le sentiment d’avoir 鴩 manipul鳬 les dockers estiment surtout que
leur travail a 鴩 pris par d’autres. 렓elon la loi, la manutention des remorques
non accompagn饳 au Transmanche Ferries 鴡it l’une de nos pr鲯gatives. Or la
Chambre de commerce et d’industrie fait faire le travail par le personnel de son
service outillage afin de renflouer ses caisses xplique Marcel Abraham.
Lundi matin ࠬ’issue d’un week-end de n駯ciations, le calme est
revenu ࠬ’entr饠du terminal fruitier. Samedi, d骠 le Peruvian Reefer avait pu
괲e d飨arg鮠En obtenant un d鬡i de deux mois, les dockers esp貥nt bien trouver
des solutions acceptables par tous. 렌e patron a suspendu les licenciements
jusqu’au 31 d飥mbre 2005. Cela nous laisse deux mois pour chercher une meilleure
solution ssure Sylvain Varnier. Et d’ajouter: 렉l faudrait un plan social pour
que les gens de 52 ࠵9 ans puissent partir dans de bonnes conditions et sauvegarder les
emplois des plus jeunes Reste que cette solution ne concerne que dix-sept dockers. Et
le repr鳥ntant syndical de conclure: 렎ous voulons aussi qu’il n’y ait ni
chge partiel ni perte de salaire jusqu'ࠬa fin de l’ann饮 Nous avons fait
mettre tout cela par 飲it Bien d飩d鳠࠲ester vigilants, les dockers ne sont
pas dupes et restent mobilis鳮 Ils voudraient bien savoir ce que compte faire la R駩on
probable futur propri贡ire du port, d’ici un an et demi.
L. H.
Marcel et Jean-Claude se
souviennent
Ils sont dockers depuis 44 ans sur le port
Ils ont 118 ans ࠥux deux, dont 88 pass鳠sur les docks
de Dieppe. Marcel Plaisant et Jean-Claude Chr鴩en ont le mꭥ ⧥ ࠱uatre jours
pr賮 Ils ont dans le regard, la nostalgie de leurs belles ann饳. Et mꭥ si le
m鴩er 鴡it dur, ils ne l’auraient 飨ang頰our rien au monde. 렏n est docker
de p貥 en fils. Aujourd’hui encore, la majorit頤es gars voudraient que leurs
enfants fassent ce m鴩er malgr頬es difficult鳮 Le docker aime sa libert鬠et ͊ l’鰯que, nous n’avions pas de patron, ࠰art l’ing鮩eur du port (le
룡inagod ssure Marcel. A 59 ans, il sait que sa carri貥 se terminera bient
mais ne regrette rien.
렁u d鰡rt, nous faisions du travail en vrac, colis par colis. R駩mes de
bananes, tomates, sacs de pommes de terre de 25 ࠵0 kg. Le tout 鴡it port頠
l’鰡ule. Il y avait aussi le trafic de charbon, bois, graines… e
souvient-il. Puis il y a eu la conteneurisation de la banane. 렎ous avons alors accus鍊 le coup de la disparition du trafic avec les Antilles qui s’est dirig頶ers Le Havre
et Dunkerque. Pour compenser, nous avons travaill頡vec l’Am鲩que latine, le Costa
Rica, le Honduras, la Colombie xplique-t-il.
Au cours des ann饳 60-70, plus de 550 dockers occupaient les quais aux cs
des 500 occasionnels qui venaient r駵li貥ment en renfort. 렎ous avons mꭥ eu des
pointes ࠱500 personnes. On faisait appel ࠬa main d’œuvre ext鲩eure, les
churs et les gens d’usine pr飩se Marcel Plaisant. Mais les ann饳
quatre-vingt ont marqu頤urablement le d飬in de la profession. En 1992, les dockers
n’鴡ient plus que 157 professionnels. Le d駲aissage a continu頰our atteindre un
effectif de 65. Puis plusieurs d鰡rts ࠬa retraite n’ont pas 鴩 remplac鳮
Ils sont aujourd’hui 47.
렍ais n'oublions jamais que ce sont nos amis socialistes sans les communistes,
qui ont vot頬a suppression de nos statuts de 47, une nuit de 1992 appelle-t-il au
passage. Marcel, comme tous ses coll觵es, n’est pas dupe. Il sait que le m鴩er
est en sursis depuis plusieurs ann饳. Un sursis prolong頤e deux mois.
L.H. |