Journal du mardi 18 octobre 2005

La famille Lallinec-Legros d'Arques-la-Bataille
a une fille naturelle, deux enfants adoptifs et un filleul

Adopt鳬 Yohann et Demnyce n鳠sous X

Florence et Pascal Lallinec-Legros vivent ࠁrques-la-Bataille. Ils ont trois enfants et en parraine un quatri譥 : Marie est arriv饠apr賠une grossesse inesp鲩e en 1990, Yohann et Demnyce sont n鳠sous X (sans parents d飬ar鳩 et ont 鴩 adopt鳠en 1996 et 2002, et Emmanuel, 19 ans, est leur filleul depuis douze ans par le biais de l’association la Parent謥. A force d’amour, de compr騥nsion et de patience, tout ce petit monde forme une vraie famille.

Il est des chemins de vie pav鳠d’amour, de compr騥nsion et de patience. Dans la famille Lallinec-Legros, ces mots ont une r鳯nance particuli貥, tant il a fallu des trois qualit鳠pour se construire.

D賠qu’ils ont d飩d頤’un projet de vie commun, Florence et Pascal ont toujours parl頤’enfants : 렎ous n’avons jamais imagin頶ivre seuls ͊ la maison. Notre seule chamaillerie 鴡it de savoir si nous en aurions un nombre pair ou impair ???me Florence, qui ajoute  렮ous savions que nous aurions des enfants biologiques et que nous adopterions ?small>

Alors, lorsque le couple apprend qu’il fait partie du pourcentage de personnes qui ont des chances tr賠limit饳 d’avoir un enfant, le monde s’飲oule mais se reconstruit sur sa volont頤’adopter. En 1989, alors qu’il habite dans l’Eure, le couple fait sa premi貥 demande d’adoption : 렐our une adoption d’enfant 鴲anger, il y avait des conditions que nous ne remplissions pas : aucun de nous n’avait trente ans et nous n’avions pas cinq ans de mariage. Et il y avait des crit貥s d’argent qui nous gꮡient beaucoup. Nous n’鴩ons pas pr괳 ࠡcheter un enfant ?surent Florence et Pascal.

Alors, quitte ࠰atienter, le couple se tourne vers les enfants d鰥ndant des affaires sanitaires et sociales qui sont majoritairement des enfants n鳠sous X , c’est-୤ire sans parents d飬ar鳺 렃’鴡it possible, mais tr賠long. Nous savions qu’il faudrait alors attendre cinq ou six ans ?small>

Grossesses… d’鬩phant

Pourtant en 1990, une petite Marie d飩de que les m餥cins ont tort  d’鶯quer une possible st鲩lit頺 렅lle a eu le culot de prouver ࠬa m餥cine que c’鴡it possible. Ce fut un grand bonheur qui ne s’est produit qu’une fois ?e souvient Florence qui a appris le r鳵ltat de la prise de sang par t鬩phone, sur son lieu de travail. Marie est n饠le 14 d飥mbre 1990.

De son c? le dossier d’adoption suit pourtant son cours. Depuis le premier jour de la demande, il se sera pass頳ept ans. Sept ann饳 de dossiers, de papiers, de rencontres avec des psychologues, assistantes sociales… 렆inalement, une adoption, c’est une grossesse d’鬩phant ?aisante Florence qui assure : 렃e petit qu’on attendait a toujours 鴩 une ombre qui vivait avec nous. D賍 la maternit鬠nous avions annonc頠 Marie qu’elle ne serait pas seule ?small>

La jeune famille change alors de d鰡rtement, 렣e qui a certainement allong鍊 les       d鬡is ?t chaque fois que Florence et Pascal mettent en route un projet, ils comptent plusieurs enfants.

La patience leur donnera raison. En 1995, Florence re篩t un coup de fil sur son lieu de travail : 렊e d鰡nnais l’ordinateur d’une coll觵e. On m’a pass頵n appel et lଠon m’a dit qu’un petit Yohann m’attendait au Havre. Alors je me suis assise ? souvient Florence. Aussit?elle rejoint Pascal 력t nous avons beaucoup pleur鬠comme lorsque j’ai appris que j’鴡is enceinte ?small>

Apr賠tant d’ann饳 de patience, tout s’encha tr賠vite. Le couple et leur petite fille qui n’a alors que cinq ans vont voir le b颩 ࠬa pouponni貥 du Havre. Yohann passera d’abord une demi-journ饬 une journ饬 puis une nuit pour s’habituer ࠣe nouvel environnement et ࠳a nouvelle famille : 렅n quinze jours, il 鴡it ࠬa maison ? souvient Florence.

Mais ce fut la premi貥 rencontre qui fut la plus belle : 렓es yeux 鴡ient deux grandes billes comme ceux de notre fille ae ? souvient Florence qui pr飩se : 렌es personnes qui s’occupaient de Yohann lui ont annonc頬e matin qu’il allait avoir un papa et une maman. Il parait que, d賠ce moment, il a chang鍊 d’attitude. Pourtant, il n’avait que quatre mois et demi ?small>

Minimiser les ruptures

A aucun moment de sa petite vie, Yohann n’a 鴩 seul : 렌e jour o? nous a 鴩 confi鬠on nous a donn頵n livre plein de photos depuis le jour o? est arriv頠 la pouponni貥, ainsi qu’une cassette vid鯮 Le travail de tous ces gens de la pouponni貥 est de minimiser les ruptures pour ces enfants qui passent d’une m貥 biologique ࠵ne pouponni貥, puis ࠤes parents adoptifs. Il n’y a aucune p鲩ode de vide ?small>

Il faudra encore attendre un an pour ajouter officiellement Yohann sur le livret de famille : 렉l y a un jugement d’adoption pl鮩貥 au tribunal et la maman biologique a trois mois pour faire appel ?uligne Pascal.

Fin ao?996, en revenant du tribunal o???adoption pl鮩貥 de Yohann a 鴩 annonc饬 le couple fait un d鴯ur par Montivilliers : 렃’est ce jour-l͊ que nous avons mis en route un deuxi譥 dossier d’adoption ?small>

Demnyce est n饠le 5 septembre 2000, mais sa vie ne tient alors qu’࠵n fil : elle ne p賥 que 900 grammes apr賠une naissance par c鳡rienne. Suivant le mꭥ processus que son nouveau fr貥 Yohann, la petite fille dont les parents biologiques n’ont pas reconnu la naissance, arrivera ࠱0 mois et demi dans sa nouvelle famille. L’adoption pl鮩貥 est officialis饠en 2002. Une d魡rche qui a 鴩 faite en famille. Marie et Yohann faisant partie du processus.

렑uand on a appris que nous allions avoir une petite sœur. On s’est mis au milieu de la place ࠁrques et on le criait ࠴out le monde ?ncluent Marie et Yohann.

Sandra Beaufils

Yohann recherchera sa maman biologique

N頬e 25 octobre 1994, Yohann aura onze ans dans quelques jours. Et mꭥ s’il se sent parfaitement bien dans sa famille entre ses parents et ses sœurs, il souhaite rechercher sa maman biologique. Il aura acc賠࠳on dossier ࠳eize ans, avec ses parents qui lui ont promis de l’accompagner dans sa d魡rche : 렉l y a plein de soirs o???y pense et o? me rend triste. J’ai envie de la connae, de la voir r駵li貥ment et de parler avec elle ?plique le jeune gar篮. Mais il ne se placera pas en juge : 렅lle m’expliquera pourquoi elle a fait ce choix de la naissance sous X si elle le veut, mais je ne lui poserai pas de questions ?omet Yohann : 렔out 硬 ce sont des affaires d’adultes ?small>

Il faut dire qu’ࠬ’飯le, les enfants sont particuli貥ment durs entre eux : 렌orsque je me dispute, on me dit : 렏h toi, l’enfant adoptif ?e prends un peu 硠comme une insulte, mꭥ si j’ai expliqu頣e que c’鴡it ͊ l’飯le quand Demnyce est arriv饠?plique le jeune gar篮.

Aussit?sa sœur ae reprend : 렍oi, quand je dis que j’ai un fr貥 et une sœur adopt鳬 on me r鰯nd souvent que ce ne sont pas mes vrais fr貥 et sœur. C’est ridicule ?sure Marie qui sert encore un peu plus fort sa petite sœur blottie contre elle.

S. B.

Une journ饠d’informations aujourd’hui

Le conseil g鮩ral organise aujourd’hui une journ饍 d’informations ࠬ’h? du D鰡rtement sur le th譥 de l’accueil et de la prise en charge des b颩s n鳠sous le secret. A destination des personnels des maternit鳬 assistantes maternelles concern鳠par l’accueil des b颩s, psychologues et assistants socio-餵catifs de l’aide sociale ࠬ’enfance, cette r鵮ion a pour but d’expliquer les r飥ntes 鶯lutions l駩slatives sur le sujet et d’鴡blir un 飨ange entre les services de l’aide sociale ͊ l’enfance, des maternit鳠et des pouponni貥s. Cette rencontre pourrait aussi permettre la mise en place des groupes de travail pluridisciplinaires, afin de mener une r馬exion harmonis饠autour de l’accueil de ces b颩s. Cadre juridique, pr鳥ntation du conseil national pour l’acc賠aux origines personnelles, 飨anges sur les diff鲥ntes pratiques d’accueil et propositions et perspectives de travail, sont au programme de la r鵮ion qui d颵te ࠹ h 30.

Une seconde r鵮ion, celle-l࠰lus particuli貥ment destin饠aux personnels des pouponni貥s, assistants socio-餵catifs, psychologues et responsables de l’aide sociale ࠬ’enfance, est pr鶵e le jeudi 3 novembre ࠰artir de 9 h 30. Le cadre juridique de l’admission d’un enfant comme pupille provisoire, les champs de comp鴥nce et les articulations entre les diff鲥nts intervenants, les processus d’adoption et la constitution d’un groupe de travail pluridisciplinaire et inter-institutionnel sont au programme.

Le dire ou pas ?

D賠le d鰡rt, on nous a demand鳠si nous dirions ࠮os enfants qu’ils ont 鴩 adopt鳠ou pas. Pour nous, 硠n’a fait aucun doute ? indiquent Florence et Pascal Lallinec-Legros.  렎ous avons choisi de ne pas en faire un secret, d’abord parce que c’est leur histoire, et ensuite parce que nous aurions trouv頧a d鰬ac頱ue tout le monde soit au courant sauf eux ?small>

Sans se donner d’objectif ou d’⧥ limite pour les r鵮ir autour d’une table, le couple n’a jamais rien cach頤e leurs origines ࠙ohann et Demnyce : 렉l y a quelques semaines, par exemple, Demnyce m’a demand頳i elle avait 鴩 dans mon ventre comme le b颩 de la maman d’une de ces camarades. Je lui ai expliqu頱ue ce n’鴡it pas le cas et que nous avions 鴩 la chercher ͊ la pouponni貥 ?dique Florence.

Responsabilit頶is ࠶is de la m貥 biologique

Et quand les enfants parlent de leur maman biologique, c’est toujours avec beaucoup d’amour et de compr騥nsion : 렊’ai toujours pens頱u’une naissance sous X 鴡it tr賠diff鲥nte d’un abandon, parce que la maman n’a pas laiss頳on enfant seul dans la rue bien au contraire ? indique Florence qui voit la naissance dans le secret comme une porte qu’on ouvre ͊ un enfant : 렃e peut 괲e aussi un geste d’amour parce que la maman ne se sent pas capable d’鬥ver cet enfant. En faisant ce geste, elle veut donner toutes ses chances ࠳on enfant ?ass頬a naissance, la m貥 biologique a trois mois pour revenir sur sa d飩sion. 렃’est une d魡rche tr賠difficile ?omprend Florence qui se sent responsable vis-୶is des deux femmes qui ont port頳es enfants : 렊’ai un devoir de r鳵ltat ?sure la maman.

S. B.


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