Journal du 31 août 2004

Le personnel s'inquiète des travaux proposés fin 2005
Quatre mois d'arrêt
pour mettre Neslé aux normes

Pour lyophiliser le Nescafé, l’usine Nestlé de Dieppe utilise une tour au fréon. Mais ce gaz à effet de serre est prohibé depuis le protocole de Kyoto, et l’usine doit changer ses installations pour passer à l’ammoniac. Quatre mois de travaux sont nécessaires, et le personnel s’inquiète d’un arrêt proposé fin 2005, début 2006.

Qui veut prendre ses congés entre novembre et février? ». A moins de se voir proposer un séjour aux tropiques payé par la direction, peu de salariés apprécieraient de travailler en juillet et août et de se mettre au vert sous la bruine et les frimas de l’hiver. Pourtant, le sujet est à l’ordre du jour à l’usine Nestlé de Dieppe, qui doit stopper la production lyophilisée de Nescafé pour effectuer d’importants travaux de mise aux normes internationales de ses installations.

Deux techniques sont en effet utilisées dans l’usine de Dieppe - l’une des plus modernes et performantes de Nestlé-France - pour fabriquer les cafés solubles: une tour à atomisation (séchage à air chaud) pour la fabrication du Nescafé Sélection et de l’ami Ricoré, et une unité de lyophilisation pour l’élaboration des granulés des autres Nescafé. Le café préparé est en effet congelé avant d’être porté à très haute température. Le choc thermique qui produit une phase gazeuse permet l’évaporation de l’eau sans altération du granulé de café condensé.

Mais l’unité de congélation fonctionne actuellement au fréon, un gaz rare à effet de serre mis à l’index par les nations qui ont signé le protocole de Kyoto pour lutter contre le réchauffement climatique. Du coup, Nestlé doit modifier ses installations dans le monde entier, et donc à Dieppe. A la place du fréon, une installation à l’ammoniac refroidira un gaz carbonique qui lui-même congèlera le café. Mais pour effectuer ces importants investissements, il faut compter au minimum quatre mois de travaux.

Vacances en novembre, soleil en…

« Il ne s’agit pour l’instant que d’une proposition aux représentants du personnel, mais pour étaler l’arrêt technique sur deux années et ainsi répartir la perte de production sans la concentrer sur une seule année comptable, la direction nous propose un arrêt en novembre-décembre 2005 et janvier-février 2006 » explique Claude Dos Santos (CGC), secrétaire-adjoint du comité d’entreprise. D’ordinaire, les arrêts techniques chez Nestlé sont effectués pendant que le personnel est en vacances, en août. Cette année, la production était d’ailleurs arrêtée jusqu’à lundi.

La quarantaine de salariés de l’unité de lyophilisation (sur un total de 340 CDI et CDD pour l’ensemble de l’usine dieppoise) seraient concernés par cet arrêt de quatre mois, tandis que les autres, ceux de l’unité d’atomisation et des autres services, verraient le mois d’arrêt annuel déplacé d’août vers novembre 2005. « La direction propose de mettre certains des 40 salariés en formation, d’en déplacer d’autres vers l’unité d’atomisation ou d’utiliser leur « banque d’heures » (congés et RTT) à ce moment » explique Denis Bézirard (CGT) secrétaire du CE. Et d’ajouter, guère réjoui par la proposition, que « en 2005, notre mois d’été sera le mois de novembre… ».

Cela étant, les représentants du personnel espèrent bien obtenir de la direction quelques plages de congés en été, « sinon, avec l’arrêt complet de l’usine en novembre 2005, et les trois mois supplémentaires pour la lyophilisation de décembre à février, cela signifiera pour le personnel pas de congés d’été ni en 2005, ni en 2006 ».

Les Marseillais
parlent de « menaces » à Dieppe

Enfin, d’autres salariés du groupe Nestlé - en particulier ceux de l’usine de Saint-Menet près de Marseille menacée de fermeture (voir encadré), avivent les inquiétudes de leurs collègues dieppois. Un sénateur communiste des Bouches-du-Rhône, Robert Bret, affirmait devant le Sénat le 8 juin dernier que « le site de Dieppe est lui aussi menacé »

« La crainte que nous pouvons avoir, c’est que pendant les quatre mois d’arrêt, la production qui aura été délocalisée sur d’autres usines du groupe ne revienne pas en totalité sur Dieppe » expliquent Denis Bézirard et Claude Dos Santos. « Car au sein du groupe Nestlé, si Dieppe est en tête au niveau de la productivité, il y a une terrible concurrence interne avec les Suisses, les Anglais, les Allemands, les Espagnols…

Pour récupérer les marchés à la relance au printemps 2006, il faudra repartir sur des bases de productivité excellentes ». Ce sera peut-être dur, mais même si en la matière tout est possible, on n’ose imaginer le groupe Nestlé investir des millions dans ses installations pour ensuite arrêter la production…

O.B.

La fermeture de Marseille reportée

Deux usines Nestlé en France fabriquent du Nescafé: Saint-Menet, dans les Bouches-du-Rhône à côté de Marseille, et Dieppe. Mais le groupe suisse a déposé un plan social pour la fermeture du site de Saint-Menet, la production étant dès lors rapatriée sur Dieppe. Si c’est plutôt une bonne chose pour l’usine de Dieppe, ça ne l’est évidemment pas pour les Marseillais, qui se battent pour conserver leur usine en évoquant leurs craintes de devoir venir travailler au nord de la Loire.

Un important comité central d’entreprise se tenait au siège de Nestlé-France à Noisiel, mardi et mercredi derniers. Mais le sujet a finalement été repoussé, les tribunaux de Marseille et de Meaux ayant refusé le projet de cessation d’activité proposé par Nestlé. Le groupe concurrent Legal propose en effet le rachat du site de Saint-Menet et la reprise du personnel. Du coup il ne s’agirait plus pour le tribunal de cessation, mais de cession. Une cession que ne souhaite pas Nestlé, qui ne voudrait pas qu’une de ses anciennes unités vienne concurrencer directement son site de Dieppe.

L’affaire en est donc là, et toute la procédure de plan social (ou plan de cession?) doit être reprise par Nestlé. En attendant, les élus des Bouches-du-Rhône multiplient les interventions pour préserver leur usine. « Nous avons obtenu qu’une proposition serait faite pour les salariés et leurs conjoints » évoquait au Sénat le 8 juin dernier Gérard Larcher, le ministre délégué au Travail et à l’Emploi, ajoutant : « Il est vrai qu’on ne quitte pas volontiers Marseille pour Dieppe ou Dijon… » (NDLR: et pourquoi donc?). Ce à quoi le sénateur Robert Bret (PCF) ajoutait… « surtout quand le site de Dieppe est lui aussi menacé ». Mais sans en dire plus…


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