| Pour lyophiliser le Nescafé,
lusine Nestlé de Dieppe utilise une tour au fréon. Mais ce gaz à effet de serre
est prohibé depuis le protocole de Kyoto, et lusine doit changer ses installations
pour passer à lammoniac. Quatre mois de travaux sont nécessaires, et le personnel
sinquiète dun arrêt proposé fin 2005, début 2006. Qui
veut prendre ses congés entre novembre et février? ». A moins de se voir proposer un
séjour aux tropiques payé par la direction, peu de salariés apprécieraient de
travailler en juillet et août et de se mettre au vert sous la bruine et les frimas de
lhiver. Pourtant, le sujet est à lordre du jour à lusine Nestlé de
Dieppe, qui doit stopper la production lyophilisée de Nescafé pour effectuer
dimportants travaux de mise aux normes internationales de ses installations.
Deux techniques sont en effet utilisées dans lusine de Dieppe -
lune des plus modernes et performantes de Nestlé-France - pour fabriquer les cafés
solubles: une tour à atomisation (séchage à air chaud) pour la fabrication du Nescafé
Sélection et de lami Ricoré, et une unité de lyophilisation pour
lélaboration des granulés des autres Nescafé. Le café préparé est en effet
congelé avant dêtre porté à très haute température. Le choc thermique qui
produit une phase gazeuse permet lévaporation de leau sans altération du
granulé de café condensé.
Mais lunité de congélation fonctionne actuellement au fréon, un gaz
rare à effet de serre mis à lindex par les nations qui ont signé le protocole de
Kyoto pour lutter contre le réchauffement climatique. Du coup, Nestlé doit modifier ses
installations dans le monde entier, et donc à Dieppe. A la place du fréon, une
installation à lammoniac refroidira un gaz carbonique qui lui-même congèlera le
café. Mais pour effectuer ces importants investissements, il faut compter au minimum
quatre mois de travaux.
Vacances en novembre, soleil
en
« Il ne sagit pour linstant que dune
proposition aux représentants du personnel, mais pour étaler larrêt technique sur
deux années et ainsi répartir la perte de production sans la concentrer sur une seule
année comptable, la direction nous propose un arrêt en novembre-décembre 2005 et
janvier-février 2006 » explique Claude Dos Santos (CGC), secrétaire-adjoint du comité
dentreprise. Dordinaire, les arrêts techniques chez Nestlé sont effectués
pendant que le personnel est en vacances, en août. Cette année, la production était
dailleurs arrêtée jusquà lundi.
La quarantaine de salariés de lunité de lyophilisation (sur un total de
340 CDI et CDD pour lensemble de lusine dieppoise) seraient concernés par cet
arrêt de quatre mois, tandis que les autres, ceux de lunité datomisation et
des autres services, verraient le mois darrêt annuel déplacé daoût vers
novembre 2005. « La direction propose de mettre certains des 40 salariés en formation,
den déplacer dautres vers lunité datomisation ou dutiliser
leur « banque dheures » (congés et RTT) à ce moment » explique Denis Bézirard
(CGT) secrétaire du CE. Et dajouter, guère réjoui par la proposition, que « en
2005, notre mois dété sera le mois de novembre
».
Cela étant, les représentants du personnel espèrent bien obtenir de la
direction quelques plages de congés en été, « sinon, avec larrêt complet de
lusine en novembre 2005, et les trois mois supplémentaires pour la lyophilisation
de décembre à février, cela signifiera pour le personnel pas de congés dété ni
en 2005, ni en 2006 ».
Les Marseillais
parlent de « menaces » à Dieppe
Enfin, dautres salariés du groupe Nestlé - en
particulier ceux de lusine de Saint-Menet près de Marseille menacée de fermeture
(voir encadré), avivent les inquiétudes de leurs collègues dieppois. Un sénateur
communiste des Bouches-du-Rhône, Robert Bret, affirmait devant le Sénat le 8 juin
dernier que « le site de Dieppe est lui aussi menacé »
« La crainte que nous pouvons avoir, cest que pendant les quatre mois
darrêt, la production qui aura été délocalisée sur dautres usines du
groupe ne revienne pas en totalité sur Dieppe » expliquent Denis Bézirard et Claude Dos
Santos. « Car au sein du groupe Nestlé, si Dieppe est en tête au niveau de la
productivité, il y a une terrible concurrence interne avec les Suisses, les Anglais, les
Allemands, les Espagnols
Pour récupérer les marchés à la relance au printemps 2006, il faudra
repartir sur des bases de productivité excellentes ». Ce sera peut-être dur, mais même
si en la matière tout est possible, on nose imaginer le groupe Nestlé investir des
millions dans ses installations pour ensuite arrêter la production
O.B.
La fermeture de
Marseille reportée
Deux usines Nestlé en France fabriquent du Nescafé:
Saint-Menet, dans les Bouches-du-Rhône à côté de Marseille, et Dieppe. Mais le groupe
suisse a déposé un plan social pour la fermeture du site de Saint-Menet, la production
étant dès lors rapatriée sur Dieppe. Si cest plutôt une bonne chose pour
lusine de Dieppe, ça ne lest évidemment pas pour les Marseillais, qui se
battent pour conserver leur usine en évoquant leurs craintes de devoir venir travailler
au nord de la Loire.
Un important comité central dentreprise se tenait au siège de
Nestlé-France à Noisiel, mardi et mercredi derniers. Mais le sujet a finalement été
repoussé, les tribunaux de Marseille et de Meaux ayant refusé le projet de cessation
dactivité proposé par Nestlé. Le groupe concurrent Legal propose en effet le
rachat du site de Saint-Menet et la reprise du personnel. Du coup il ne sagirait
plus pour le tribunal de cessation, mais de cession. Une cession que ne souhaite pas
Nestlé, qui ne voudrait pas quune de ses anciennes unités vienne concurrencer
directement son site de Dieppe.
Laffaire en est donc là, et toute la procédure de plan social (ou plan
de cession?) doit être reprise par Nestlé. En attendant, les élus des Bouches-du-Rhône
multiplient les interventions pour préserver leur usine. « Nous avons obtenu quune
proposition serait faite pour les salariés et leurs conjoints » évoquait au Sénat le 8
juin dernier Gérard Larcher, le ministre délégué au Travail et à lEmploi,
ajoutant : « Il est vrai quon ne quitte pas volontiers Marseille pour Dieppe ou
Dijon
» (NDLR: et pourquoi donc?). Ce à quoi le sénateur Robert Bret (PCF)
ajoutait
« surtout quand le site de Dieppe est lui aussi menacé ». Mais sans en
dire plus
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