| Vendredi après-midi, près de 900
personnes sont venues saluer la mémoire du sergent Laurent Derambure, l'enfant de
Friaucourt, dans le Vimeu (80), victime avec huit de ses camarades d'un bombardement en
Côte d'Ivoire. Un silence de plomb s'est abattu vendredi sur la
petite place de l'Eglise. Le tintement lugubre des cloches vient interrompre la torpeur
dans laquelle s'est glissé ce village du Vimeu voisin depuis dimanche, jour où la
nouvelle de la mort de Laurent Derambure s'est répandue dans les rues.
Le jeune homme qui a grandi à Friaucourt (80) a payé de sa vie pour que des
milliers de personnes retrouvent la liberté. Défenseur d'une valeur qui lui était
chère, le militaire n'a pas survécu au bombardement qui a secoué Bouaké, samedi
dernier. C'est l'incompréhension dans la commune du Vimeu. Comment comprendre en effet
qu'il faille mourir pour aider un peuple opprimé ? Comment expliquer à la famille et aux
proches qu'il faut faire le sacrifice de plusieurs vies pour que la paix revienne ? Les
questions restent sans réponse.
L'arrivée du camion des pompes funèbres ramène malheureusement la foule
d'anonymes à la réalité. Une famille pleure un des siens. Des proches, des voisins, des
élus, des anciens combattants, des militaires sont massés devant la petite église et
attendent le regard figé que le cercueil recouvert du drapeau tricolore rejoigne
l'édifice religieux, trop petit pour accueillir tout le monde. A son passage, les aînés
ôtent leurs bérets, les femmes baissent la tête et adressent un signe de croix, les
drapeaux sont en berne pour cet ultime hommage.
Pendant la cérémonie, une douloureuse émotion envahit l'église. Les propos
du prêtre de la paroisse et de l'aumônier de l'armée rappellent à chacun la cruelle
réalité. Les mots ne peuvent à eux seuls soulager la douleur insidieuse qui ronge les
proches du défunt. Tous deux parlent de la vie brisée du jeune homme alors qu'elle
commençait tout juste à s'épanouir tandis que commencent à retentir quelques notes de
musique. Il s'agit d'une chanson de Francis Cabrel : « Je t'aimais, je t'aime et je
t'aimerai ». Des paroles d'amour qui accompagnent Laurent Derambure en sa dernière
demeure.
Mort pour la paix
« Vous êtes tombés le 6 novembre dans l'exercice de votre
mission, une mission difficile et exigeante que vous remplissiez avec ardeur, avec
générosité, avec abnégation. Vous étiez venus en Côte d'Ivoire pour protéger les
populations déchirées de ce pays et les aider à retrouver le chemin de la paix et
l'unité. Déployés sur le terrain depuis un mois, vous vous donniez sans compter et vous
avez été lâchement victimes d'une agression que rien ne pouvait justifier » rappellera
Guy Depoilly, le maire, pendant l'hommage aux huit victimes qu'il adressera au cours des
funérailles. Un discours que l'élu a eu quelques difficultés à prononcer car les
souvenirs de la jeunesse de Laurent Derambure sont toujours présents dans la mémoire de
celui qui fut son instituteur. « Tu resteras dans nos mémoires comme la victime
innocente d'une Humanité encore bien trop éloignée des valeurs de base que sont la
liberté, l'égalité et la fraternité » conclura le maire.
Insoutenable moment que cette fin de cérémonie, puisque chacun sait qu'il faut
désormais se diriger vers le cimetière. Les compagnons d'armes de Laurent Derambure et
leur représentant, le capitaine Franck Bellet du régiment d'infanterie chars marines de
Poitiers, sont là pour l'accompagner et lui remettre la Croix de la valeur militaire avec
palme au nom de l'armée. Une distinction posthume qui ne changera pas le cours des
événements et qui n'allégera pas la peine de tous ceux qui ont connu, apprécié et
aimé le sergent Laurent Derambure.
Cynthia DUCROCQ
et Johann LECOQ
Le maire était son instit
:
« La nouvelle est tombée dimanche ! »
Cest dimanche que leffroyable nouvelle
du décès du sergent Laurent Derambure est tombée. « Cétait à la fois
impensable et traumatisant », commente le maire, ancien instituteur de Laurent.
Le samedi 6 novembre lorsque jai entendu les informations à la télé,
jai tout de suite pensé à Laurent que je savais là-bas, en Côte dIvoire
», raconte Guy Depoilly, maire de Friaucourt et ami de la famille. « Pourvu que Laurent
ne soit pas dans la bagarre ! Cette réflexion, je me la suis faite. Il en a
dailleurs été de même chez sa femme Stéphanie et chez ses parents ».
Hélas, le premier magistrat friaucourtois apprenait la triste nouvelle dans la
matinée de ce dimanche 7 novembre. « Au début, cela savérait plutôt officieux
et je ne voulais surtout pas y croire. Vous imaginez, Laurent, un de mes anciens élèves
et qui plus est copain de mes propres enfants... Et pourtant, cétait bien vrai et
la nouvelle tragique de son décès ma été confirmée dans la soirée, quand je me
suis rendu chez Michel et Annick, ses parents ».
« Je noublierai jamais cette soirée. Laurent nétait plus de ce
monde. Cétait à la fois impensable, traumatisant, vraiment la catastrophe ! »,
poursuit lancien directeur décole qui a vu passer dans sa classe le soldat
Laurent Derambure, dailleurs tout juste promu sergent depuis le 1er novembre
dernier. « Stéphanie et Laurent venaient même de faire construire à Poitiers, et ils
sapprêtaient à prendre possession de leur toute nouvelle maison avec leurs deux
filles Charlotte et Amandine, respectivement âgées de 8 et 4 ans».
Djibouti, Sarajevo, Bouaké
La scolarité de Laurent a débuté sur les bancs de la
communale à Friaucourt, avant le collège de Friville-Escarbotin et le lycée Montaigne
à Amiens. Un bac pro en poche, cétait lengagement dans larmée de
terre alors quil était à peine âgé de 18 ans. Le jeune soldat vimeusien a
effectué ses classes au 3e RIMA de Vannes et déjà à lépoque il a servi sous les
drapeaux en Côte dIvoire, avant dassurer ensuite nombre de missions comme par
exemple à Sarajevo ou encore Djibouti.
Au fil des anecdotes, Guy Depoilly se souvient encore... « A lépoque,
nous étions voisins avec ses parents. Sa maman Annick était factrice et gérante de
lagence postale. Son père Michel et moi sommes tous deux natifs de Bourseville.
Nous sommes allés à lécole ensemble. Laurent, je lai eu dans ma classe et
jamais une seule fois, il ne sest fait remarquer. Lors de ses permissions et aussi
à chaque fois quil le pouvait, il revenait chez ses parents et ne manquait jamais
de venir nous rendre visite... Aujourdhui, Laurent est parti, mort pour la France et
en soldat de la paix. Cest la consternation. Friaucourt est en deuil... ». |