Journal du 19 octobre 2004

Semaine au goût... bio dans les établissements scolaires
Les OGM reculent en Seine-Maritime

Après Bracquetuit et Cressy en 2002, une douzaine de communes de Seine-Maritime se sont déclarées « sans OGM ». Le conseil général passé à gauche a emboîté le pas le 28 mai dernier. Depuis 1999, aucun essai n’a été enregistré dans le département. Vendredi dernier, les cantines du collège Alexandre-Dumas et du lycée de l’Emulation Dieppoise proposaient un menu bio dans le cadre d’une « semaine du goût sans OGM ».

Crudités, bœuf ou porc, gratin ou purée, lait entier, crème et beurre, chèvre, neufchâtel ou yaourt, crème caramel ou pomme et confiture: tout était bio dans ce qu’ont mangé les élèves de six collèges du département (Elbeuf, Buchy, Rouen, Clères, Harfleur et Alexandre-Dumas à Neuville-lès-Dieppe) dans le cadre de la « I » organisée par le conseil général. Même traitement à l’initiative du conseil régional pour les lycéens de Sotteville-les-Rouen, du Neubourg, du Havre, d’Evreux et de l’Emulation Dieppoise (voir ci-contre).

C’est que depuis le 28 mai dernier, la Seine-Maritime est déclarée « territoire non-OGM » (organisme génétiquement modifié) par le nouveau président PS du conseil général, Didier Marie. Une décision qui emboîte le pas à celles prises par de nombreuses collectivités en France, parmi lesquelles les Régions Aquitaine, Centre, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte d’Azur et tout récemment la Bretagne (depuis le 8 octobre), le conseil général de la Creuse, le parc naturel régional du Vexin français (Val-d’Oise/Yvelines) et près de 1000 communes.

Bio et OGM incompatibles

Parmi celles-ci, il y a deux ans, les communes de Bracquetuit et Cressy avaient pris des arrêtés municipaux interdisant les cultures OGM sur leurs territoires. En surveillant en outre de très près la qualité de la nourriture servie à la cantine, Guy Peignon, le maire de Cressy, faisait office de précurseur dans la région. Aujourd’hui, c’est tout le département qui semble vouloir s’y mettre. Au-delà de l’opération de « promo » du bio et de lutte contre les OGM dans six collèges et cinq lycées, reste maintenant à voir si les bonnes intentions seront généralisées à l’ensemble des établissements…

Cela étant, tout le monde ne partage pas le même avis. L’Union syndicale agricole (FNSEA) de Seine-Maritime estime par exemple que « l’obligation d’étiquetage des produits contenant des OGM permet au consommateur d’exercer son libre-choix ». Le syndicat agricole majoritaire (et concurrent de la Confédération paysanne de José Bové) s’appuie sur « la position de nombreux chercheurs et l’application du principe de précaution qui prévaut largement dans le cadre des procédures d’évaluation des risques ».

Se disant « réservée » sur la décision du conseil général de faire de la Seine-Maritime un territoire non-OGM, l’USA-FNSEA joue les équilibristes en affirmant par ailleurs son « attachement aux filières non-OGM et notamment à l’agriculture biologique ». Mais les deux sont-ils vraiment compatibles? Mercredi dernier, dans le Gers, les militants anti-OGM qui se sont illustrés ces dernières semaines dans l’arrachage de champs de maïs transgéniques, ont cette fois arraché les plants d’un champ… d’agriculture biologique. Au motif que celui-ci, voisin d’un essai d’OGM en plein champ, pouvait avoir été contaminé…

Exemple bio à Bacqueville-en-Caux

« C’est sûr que si un jour mon voisin se met à faire des essais de plantes transgéniques, cela me posera un sérieux problème » indique Pascal Héluin, agriculteur biologique à Bacqueville-en-Caux présent vendredi à l’Emulation dieppoise pour expliquer la filière bio aux lycéens. « J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, on arrive à tenir tête et les OGM ne vont pas se développer. Mais si ce n’était pas le cas, et si les OGM se développaient à grande échelle, nous ne pourrions plus travailler. Du fait de la pollinisation et de la propagation d’un champ à l’autre, nous ne pourrions plus garantir nos produits sans OGM. Or pour avoir l’appellation bio, il faut produire une denrée sans engrais ni OGM » conclut le paysan qui exploite 90 hectares, dont un tiers en biologique (betteraves rouges, pommes de terre, blé et céréales pour animaux). Pour l’heure, ses 65 vaches charolaises allaitantes ne produisent pas encore un lait bio, mais il espère y venir à terme. Pour cela, il lui faudra doubler sa surface bio… et accepter que sa production de céréales chute de 90 à 45 quintaux l’hectare…

O.B.

A l’Emulation Dieppoise
Du bio à la cantine

Quel était vendredi dernier le point commun entre le gratin dauphinois, le pain, les pommes caramélisées au four, les yaourts et les betteraves servies au sein de l’Emulation dieppoise? Tous ces aliments étaient exclusivement issus de la culture biologique. Une fois leurs plateaux garnis, les lycéens ont pu discuter du bio, tout en en dégustant les produits.

Dans le cadre de la Semaine du goût, ils ont été sensibilisés chaque jour depuis lundi au plaisir de manger varié, des produits différents que certains n’ont pas l’habitude de trouver dans leur assiette. « Nous avons choisi de mettre en valeur chaque jour soit l’entrée, le plat, ou le dessert », explique l’intendante. Particulièrement gâtés tout au long de cette semaine, ils ont pu lors du repas bio rencontrer directement les producteurs de légumes consommés à cette occasion. Deux agriculteurs de Bacqueville-en-Caux les attendaient pour répondre à toutes leurs questions. Pascal Héluin et Sébastien Boury qui cultivent des betteraves, des pommes et des céréales biologiques leur ont expliqué pourquoi ces produits avaient un coût plus élevé que ceux cultivés avec des engrais et des pesticides.

« Nous avons des charges supplémentaires notamment au niveau de la main d’œuvre. Nous en employons beaucoup plus », expliquent-ils. « Personnellement, il m’est arrivé d’employer jusqu’à 35 personnes par jour. Le désherbage par exemple se fait à la main », poursuit Sébastien Boury.

« Il est intéressant que, dans le cadre de la semaine du goût les élèves goûtent un repas bio afin qu’ils se posent la question du pourquoi de l’ agriculture bio. Et les conséquences pour la santé et l’environnement de celle-ci », concluent les deux hommes.

Pour le lycée, s’associer à cette opération était d’autant plus important « que notre établissement a déjà des liens avec le monde agricole. Nous avons par exemple une chaudière biologique qui fonctionne avec des résidus de lin », conclut le proviseur, Patrick Boulier.

V.G.

Plus d’essais dans le département
depuis 2000

La loi oblige la commission du génie biomoléculaire, qui régit les essais de plantes génétiquement modifiées, à publier chaque année le bilan des autorisations d’essais d’OGM en plein champ (www.ogm.gouv.fr). Un site que les associations écologistes et les opposants aux OGM consultent régulièrement pour choisir leurs actions coup de poing.

Car si les essais d’OGM sous serre ne posent aucun problème, en revanche les anti-OGM estiment que les essais en plein champ présentent un risque pour la nature environnante. Quels seront en effet les conséquences d’une éventuelle contamination d’un champ non-OGM par des pollens de plantes génétiquement modifiées? Les scientifiques ne peuvent aujourd’hui répondre catégoriquement à la question.

De ce fait, le nombre d’essais en plein champ a considérablement baissé depuis la fin des années quatre-vingt-dix. En 1999 et en 2000, il y avait 202 sites d’essai en France métropolitaine (82 de betterave, 53 de maïs, 46 de colza…), dont un en Seine-Maritime (betterave génétiquement modifiée). Mais l’essai haut-normand a été stoppé en 2000. En 2001, la commission du génie biomoléculaire indiquait que si aucun cas de contamination n’était avéré, en revanche elle ne pouvait garantir « aucune preuve absolue de l’innocuité » sur la santé de certains OGM non identifiés (contamination par l’étranger). Depuis, le nombre d’essais a considérablement baissé: 106 en 2001, 60 en 2002, 35 en 2003.

Près de la Seine-Maritime, si un essai a subsisté dans la Somme jusqu’en 2002 (betterave à Vron), les essais les plus proches aujourd’hui sont situés dans la région parisienne (maïs à Guyancourt) et en région Centre (peuplier à Saint-Cyr-en-Val, betterave à Yèvre-la-Ville et à Courcelles). Les OGM reculent, c’est sûr. Mais si c’est vrai dans les champs, l’est-ce pour autant dans les assiettes?


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