| Après Bracquetuit et Cressy en 2002,
une douzaine de communes de Seine-Maritime se sont déclarées « sans OGM ». Le conseil
général passé à gauche a emboîté le pas le 28 mai dernier. Depuis 1999, aucun essai
na été enregistré dans le département. Vendredi dernier, les cantines du
collège Alexandre-Dumas et du lycée de lEmulation Dieppoise proposaient un menu
bio dans le cadre dune « semaine du goût sans OGM ». Crudités,
buf ou porc, gratin ou purée, lait entier, crème et beurre, chèvre, neufchâtel
ou yaourt, crème caramel ou pomme et confiture: tout était bio dans ce quont
mangé les élèves de six collèges du département (Elbeuf, Buchy, Rouen, Clères,
Harfleur et Alexandre-Dumas à Neuville-lès-Dieppe) dans le cadre de la « I »
organisée par le conseil général. Même traitement à linitiative du conseil
régional pour les lycéens de Sotteville-les-Rouen, du Neubourg, du Havre, dEvreux
et de lEmulation Dieppoise (voir ci-contre).
Cest que depuis le 28 mai dernier, la Seine-Maritime est déclarée «
territoire non-OGM » (organisme génétiquement modifié) par le nouveau président PS du
conseil général, Didier Marie. Une décision qui emboîte le pas à celles prises par de
nombreuses collectivités en France, parmi lesquelles les Régions Aquitaine, Centre,
Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte dAzur et tout récemment la Bretagne (depuis
le 8 octobre), le conseil général de la Creuse, le parc naturel régional du Vexin
français (Val-dOise/Yvelines) et près de 1000 communes.
Bio et OGM incompatibles
Parmi celles-ci, il y a deux ans, les communes de
Bracquetuit et Cressy avaient pris des arrêtés municipaux interdisant les cultures OGM
sur leurs territoires. En surveillant en outre de très près la qualité de la nourriture
servie à la cantine, Guy Peignon, le maire de Cressy, faisait office de précurseur dans
la région. Aujourdhui, cest tout le département qui semble vouloir sy
mettre. Au-delà de lopération de « promo » du bio et de lutte contre les OGM
dans six collèges et cinq lycées, reste maintenant à voir si les bonnes intentions
seront généralisées à lensemble des établissements
Cela étant, tout le monde ne partage pas le même avis. LUnion syndicale
agricole (FNSEA) de Seine-Maritime estime par exemple que « lobligation
détiquetage des produits contenant des OGM permet au consommateur dexercer
son libre-choix ». Le syndicat agricole majoritaire (et concurrent de la Confédération
paysanne de José Bové) sappuie sur « la position de nombreux chercheurs et
lapplication du principe de précaution qui prévaut largement dans le cadre des
procédures dévaluation des risques ».
Se disant « réservée » sur la décision du conseil général de faire de la
Seine-Maritime un territoire non-OGM, lUSA-FNSEA joue les équilibristes en
affirmant par ailleurs son « attachement aux filières non-OGM et notamment à
lagriculture biologique ». Mais les deux sont-ils vraiment compatibles? Mercredi
dernier, dans le Gers, les militants anti-OGM qui se sont illustrés ces dernières
semaines dans larrachage de champs de maïs transgéniques, ont cette fois arraché
les plants dun champ
dagriculture biologique. Au motif que celui-ci,
voisin dun essai dOGM en plein champ, pouvait avoir été contaminé
Exemple bio à
Bacqueville-en-Caux
« Cest sûr que si un jour mon voisin se met à faire
des essais de plantes transgéniques, cela me posera un sérieux problème » indique
Pascal Héluin, agriculteur biologique à Bacqueville-en-Caux présent vendredi à
lEmulation dieppoise pour expliquer la filière bio aux lycéens. « Jai le
sentiment quaujourdhui, on arrive à tenir tête et les OGM ne vont pas se
développer. Mais si ce nétait pas le cas, et si les OGM se développaient à
grande échelle, nous ne pourrions plus travailler. Du fait de la pollinisation et de la
propagation dun champ à lautre, nous ne pourrions plus garantir nos produits
sans OGM. Or pour avoir lappellation bio, il faut produire une denrée sans engrais
ni OGM » conclut le paysan qui exploite 90 hectares, dont un tiers en biologique
(betteraves rouges, pommes de terre, blé et céréales pour animaux). Pour lheure,
ses 65 vaches charolaises allaitantes ne produisent pas encore un lait bio, mais il
espère y venir à terme. Pour cela, il lui faudra doubler sa surface bio
et
accepter que sa production de céréales chute de 90 à 45 quintaux lhectare
O.B.
A lEmulation Dieppoise
Du bio à la cantine
Quel était vendredi dernier le point commun entre le gratin
dauphinois, le pain, les pommes caramélisées au four, les yaourts et les betteraves
servies au sein de lEmulation dieppoise? Tous ces aliments étaient exclusivement
issus de la culture biologique. Une fois leurs plateaux garnis, les lycéens ont pu
discuter du bio, tout en en dégustant les produits.
Dans le cadre de la Semaine du goût, ils ont été sensibilisés chaque jour
depuis lundi au plaisir de manger varié, des produits différents que certains nont
pas lhabitude de trouver dans leur assiette. « Nous avons choisi de mettre en
valeur chaque jour soit lentrée, le plat, ou le dessert », explique
lintendante. Particulièrement gâtés tout au long de cette semaine, ils ont pu
lors du repas bio rencontrer directement les producteurs de légumes consommés à cette
occasion. Deux agriculteurs de Bacqueville-en-Caux les attendaient pour répondre à
toutes leurs questions. Pascal Héluin et Sébastien Boury qui cultivent des betteraves,
des pommes et des céréales biologiques leur ont expliqué pourquoi ces produits avaient
un coût plus élevé que ceux cultivés avec des engrais et des pesticides.
« Nous avons des charges supplémentaires notamment au niveau de la main
duvre. Nous en employons beaucoup plus », expliquent-ils. « Personnellement,
il mest arrivé demployer jusquà 35 personnes par jour. Le désherbage
par exemple se fait à la main », poursuit Sébastien Boury.
« Il est intéressant que, dans le cadre de la semaine du goût les élèves
goûtent un repas bio afin quils se posent la question du pourquoi de l
agriculture bio. Et les conséquences pour la santé et lenvironnement de celle-ci
», concluent les deux hommes.
Pour le lycée, sassocier à cette opération était dautant plus
important « que notre établissement a déjà des liens avec le monde agricole. Nous
avons par exemple une chaudière biologique qui fonctionne avec des résidus de lin »,
conclut le proviseur, Patrick Boulier.
V.G.
Plus dessais dans le
département
depuis 2000
La loi oblige la commission du génie biomoléculaire, qui
régit les essais de plantes génétiquement modifiées, à publier chaque année le bilan
des autorisations dessais dOGM en plein champ (www.ogm.gouv.fr). Un site que
les associations écologistes et les opposants aux OGM consultent régulièrement pour
choisir leurs actions coup de poing.
Car si les essais dOGM sous serre ne posent aucun problème, en revanche
les anti-OGM estiment que les essais en plein champ présentent un risque pour la nature
environnante. Quels seront en effet les conséquences dune éventuelle contamination
dun champ non-OGM par des pollens de plantes génétiquement modifiées? Les
scientifiques ne peuvent aujourdhui répondre catégoriquement à la question.
De ce fait, le nombre dessais en plein champ a considérablement baissé
depuis la fin des années quatre-vingt-dix. En 1999 et en 2000, il y avait 202 sites
dessai en France métropolitaine (82 de betterave, 53 de maïs, 46 de colza
),
dont un en Seine-Maritime (betterave génétiquement modifiée). Mais lessai
haut-normand a été stoppé en 2000. En 2001, la commission du génie biomoléculaire
indiquait que si aucun cas de contamination nétait avéré, en revanche elle ne
pouvait garantir « aucune preuve absolue de linnocuité » sur la santé de
certains OGM non identifiés (contamination par létranger). Depuis, le nombre
dessais a considérablement baissé: 106 en 2001, 60 en 2002, 35 en 2003.
Près de la Seine-Maritime, si un essai a subsisté dans la Somme jusquen
2002 (betterave à Vron), les essais les plus proches aujourdhui sont situés dans
la région parisienne (maïs à Guyancourt) et en région Centre (peuplier à
Saint-Cyr-en-Val, betterave à Yèvre-la-Ville et à Courcelles). Les OGM reculent,
cest sûr. Mais si cest vrai dans les champs, lest-ce pour autant dans
les assiettes? |