Journal du 10 décembre 2004

Passion "explosive" à Rieux
Ils collectionnaient des armes et des munitions

Costume sombre et cravate, les cheveux blonds et courts, Oilvier Roussel est apparu tendu à la barre du tribunal de Dieppe. Le collectionneur d’armes de Rieux près de Blangy-sur-Bresle, attendait son procès depuis deux ans. Il comparaissait aux côtés de Camille Bréard, poursuivi comme lui pour détention et transport d’armes de guerre. Le procureur de la République Céline Leclerc a réclamé un an de prison. Le délibéré sera rendu le 1er février.

Il y a sans doute derrière cette affaire une jalousie entre collectionneurs. Mais peu importe » explique en préambule le président du tribunal, Jean-Pierre vergne. Et d’ajouter : « Vous avez une préférence marquée pour les armes allemandes de la Seconde Guerre mondiale. Vous avez stocké du matériel non démilitarisé en quantité importante, dont des obus et munitions diverses. Il s’agit de l’un de vos loisirs favoris ».

Les antécédents de skinhead d’Olivier Roussel ne seront pas retenus. Il n’y aurait pas de « trace particulière d’un arrière-plan idéologique ». Bref, son passé d’adolescent n’est plus qu’un mauvais souvenir. En réalité, ce sont, ses relations avec son père, le maire de Rieux, qui vont contribuer à cerner davantage la personnalité du prévenu. Les experts psychiatres ont évoqué au cours de l’enquête un caractère « rigide et méticuleux » mais sans relevé pour autant d’anomalie psychiatrique. Ils parlent de troubles de la personnalité destinés à combler un vide narcissique. Son avocat maître Lemiegre n’hésite pas non plus à souligner « l’image paternelle forte ». Olivier Roussel, âgé de 30 ans, aurait donc simplement voulu être « plus grand et plus fort que papa » explique la défense. Ancien gendarme auxiliaire à la compagnie de Neufchâtel-en-Bray, Olivier Roussel assure avoir été souvent en contact avec les militaires. « Beaucoup de gendarmes n’hésitaient pas à m’appeler pour déminer des munitions » affirme-t-il. Des gendarmes qui, selon maître Lemiegre, venaient régulièrement chez le père d’Olivier Roussel. « Ce dossier repose sur la délation d’un ex-gendarme qui n’est autre que le mari de la gendarmette à l’origine de l’affaire » explique maître Lemiegre. Et d’ajouter : « Etre collectionneur c’est se rapprocher de l’Histoire. Parmi les pièces saisies, il y de la littérature, des uniformes et des casquettes ainsi qu’une critique de Mein Kampf ».

Concernant la manipulation des munitions, la défense affirme que Roussel et Bréard étaient « presque plus compétents que les enquêteurs qui sont intervenus ». Mais là encore c’est Christian Roussel, le père, qui est montré du bout du doigt : « Olivier est un collectionneur passionné dont la passion aurait dû être canalisée par le père. Quand Olivier trouvait des obus, son père aurait dû alerter les autorités compétentes ». C’est cette absence d’autorité du père qui expliquerait la transgression des lois par le fils. Mais que dire en revanche pour expliquer la présence de Camille Bréard aux côtés d’Olivier Roussel à la barre ?

Chacun sa passion

Cet habitant de Monchaux-Soreng est né à la Libération. Et la région qu’il habite est truffée de munitions. Il entame dès son enfance une collecte de ces découvertes comme une sorte de fascination. Une cueillette qui va devenir une vraie collection anarchique. « A chacun sa passion. Il y en a qui collectionnent les papillons, d’autres les voitures. Vous avez choisi les armes, mais il y a des règles à respecter. Nous sommes ici en dehors des clous de la loi » martèle le président. Grenades, obus de 75 et 88, bombes incendiaires, l’arsenal stocké chez les deux collectionneurs est impressionnant. « Je n’avais que des munitions neutralisées chez moi, mais je ne savais pas que c’était interdit. On ne fait pas vraiment équipe avec M. Roussel » assure M. Bréard dont la collection est tout de même différente de celle de son voisin. Maître Garraud qui défendait Camille Bréard insiste sur cette distinction entre les deux collectionneurs. « Le seul point commun entre M. Roussel et M. Bréard, c’est que le premier est le salarié du père du second ». Et d’ajouter : « M. Bréard a toujours vécu dans la haute forêt d’Eu. Il y a 15 ans, les gendarmes sont venus chez lui. Ils étaient au courant de sa collection et sont repartis sans rien emporter ».

« Il s’agit de deux dépôts constitués de manière différente. M. Bréard a des munitions découvertes en forêt. M. Roussel, lui, en a acheté chez des revendeurs » confirme le substitut du procureur. Mais la détention et l’acquisition d’armes sont interdites. « Le premier devoir d’un collectionneur est de se renseigner sur les lois qui régissent la collection » précise le ministère public. Mais en la matière il faut bien reconnaître que le statut précis du collectionneur est flou, de même que la législation sur les armes. Quoi qu’il en soit, les experts psychiatres estiment que M. Roussel peut être dangereux. Le substitut du procureur réclamera finalement un an de prison avec sursis et une peine de 3 000 euros d’amende. Une sanction à laquelle il faut ajouter la confiscation des armes et munitions et l’interdiction pour 5 ans de détenir toute arme soumise à autorisation.

L.H.


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