| Costume sombre et cravate, les cheveux
blonds et courts, Oilvier Roussel est apparu tendu à la barre du tribunal de Dieppe. Le
collectionneur darmes de Rieux près de Blangy-sur-Bresle, attendait son procès
depuis deux ans. Il comparaissait aux côtés de Camille Bréard, poursuivi comme lui pour
détention et transport darmes de guerre. Le procureur de la République Céline
Leclerc a réclamé un an de prison. Le délibéré sera rendu le 1er février. Il
y a sans doute derrière cette affaire une jalousie entre collectionneurs. Mais peu
importe » explique en préambule le président du tribunal, Jean-Pierre vergne. Et
dajouter : « Vous avez une préférence marquée pour les armes allemandes de la
Seconde Guerre mondiale. Vous avez stocké du matériel non démilitarisé en quantité
importante, dont des obus et munitions diverses. Il sagit de lun de vos
loisirs favoris ».
Les antécédents de skinhead dOlivier Roussel ne seront pas retenus. Il
ny aurait pas de « trace particulière dun arrière-plan idéologique ».
Bref, son passé dadolescent nest plus quun mauvais souvenir. En
réalité, ce sont, ses relations avec son père, le maire de Rieux, qui vont contribuer
à cerner davantage la personnalité du prévenu. Les experts psychiatres ont évoqué au
cours de lenquête un caractère « rigide et méticuleux » mais sans relevé pour
autant danomalie psychiatrique. Ils parlent de troubles de la personnalité
destinés à combler un vide narcissique. Son avocat maître Lemiegre nhésite pas
non plus à souligner « limage paternelle forte ». Olivier Roussel, âgé de 30
ans, aurait donc simplement voulu être « plus grand et plus fort que papa » explique la
défense. Ancien gendarme auxiliaire à la compagnie de Neufchâtel-en-Bray, Olivier
Roussel assure avoir été souvent en contact avec les militaires. « Beaucoup de
gendarmes nhésitaient pas à mappeler pour déminer des munitions »
affirme-t-il. Des gendarmes qui, selon maître Lemiegre, venaient régulièrement chez le
père dOlivier Roussel. « Ce dossier repose sur la délation dun ex-gendarme
qui nest autre que le mari de la gendarmette à lorigine de laffaire »
explique maître Lemiegre. Et dajouter : « Etre collectionneur cest se
rapprocher de lHistoire. Parmi les pièces saisies, il y de la littérature, des
uniformes et des casquettes ainsi quune critique de Mein Kampf ».
Concernant la manipulation des munitions, la défense affirme que Roussel et
Bréard étaient « presque plus compétents que les enquêteurs qui sont intervenus ».
Mais là encore cest Christian Roussel, le père, qui est montré du bout du doigt :
« Olivier est un collectionneur passionné dont la passion aurait dû être canalisée
par le père. Quand Olivier trouvait des obus, son père aurait dû alerter les autorités
compétentes ». Cest cette absence dautorité du père qui expliquerait la
transgression des lois par le fils. Mais que dire en revanche pour expliquer la présence
de Camille Bréard aux côtés dOlivier Roussel à la barre ?
Chacun sa passion
Cet habitant de Monchaux-Soreng est né à la Libération.
Et la région quil habite est truffée de munitions. Il entame dès son enfance une
collecte de ces découvertes comme une sorte de fascination. Une cueillette qui va devenir
une vraie collection anarchique. « A chacun sa passion. Il y en a qui collectionnent les
papillons, dautres les voitures. Vous avez choisi les armes, mais il y a des règles
à respecter. Nous sommes ici en dehors des clous de la loi » martèle le président.
Grenades, obus de 75 et 88, bombes incendiaires, larsenal stocké chez les deux
collectionneurs est impressionnant. « Je navais que des munitions neutralisées
chez moi, mais je ne savais pas que cétait interdit. On ne fait pas vraiment
équipe avec M. Roussel » assure M. Bréard dont la collection est tout de même
différente de celle de son voisin. Maître Garraud qui défendait Camille Bréard insiste
sur cette distinction entre les deux collectionneurs. « Le seul point commun entre M.
Roussel et M. Bréard, cest que le premier est le salarié du père du second ». Et
dajouter : « M. Bréard a toujours vécu dans la haute forêt dEu. Il y a 15
ans, les gendarmes sont venus chez lui. Ils étaient au courant de sa collection et sont
repartis sans rien emporter ».
« Il sagit de deux dépôts constitués de manière différente. M.
Bréard a des munitions découvertes en forêt. M. Roussel, lui, en a acheté chez des
revendeurs » confirme le substitut du procureur. Mais la détention et lacquisition
darmes sont interdites. « Le premier devoir dun collectionneur est de se
renseigner sur les lois qui régissent la collection » précise le ministère public.
Mais en la matière il faut bien reconnaître que le statut précis du collectionneur est
flou, de même que la législation sur les armes. Quoi quil en soit, les experts
psychiatres estiment que M. Roussel peut être dangereux. Le substitut du procureur
réclamera finalement un an de prison avec sursis et une peine de 3 000 euros
damende. Une sanction à laquelle il faut ajouter la confiscation des armes et
munitions et linterdiction pour 5 ans de détenir toute arme soumise à
autorisation.
L.H. |